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Voyage présidentiel

Le roi Macron rencontre le roi Mohamed VI

Pour sa première visite à un chef d’État hors de l'Europe, Emmanuel Macron a choisit le Maroc alors même que depuis sept mois le pays est secoué par d'un mouvement social d'une grande ampleur dans le Rif. AFP/ALAIN JOCARD

Le falcon présidentiel qui a servi au président français pour aller voter pour les législative, a atterri à Rabat. Le roi et la princesse Lalla Salma ont accueilli Macron accompagné de son épouse Brigitte ainsi qu’une délégation sans ministre et sans patron. Même si la visite se voulait n’être qu’une visite d’amitié et de travail, le tapis rouge lui a été déroulé. Il a été accueilli par une haie d’honneur de la garde royale marocaine, ce qui a dû émoustiller notre cher président très attaché à sa fonction de chefs des armées. C’est son deuxième déplacement en Afrique. Pour son premier déplacement présidentiel, il a choisi d’aller voir les troupes de l’opération Barkhane au Mali.

Après cet accueil en grande pompe sur le tarmac, Macron a été reçu plus d’une heure par le souverain marocain au Palais royal, en compagnie de son fils de 14 ans, Moulay Hassan, et de son frère Moulay Rachid. Pendant ce temps là, Brigitte Macron est allée voir une exposition Picasso.

Le soir, le couple Macron était convié au repas de rupture du jeûne du Ramadan offert par le roi en leur honneur dans sa résidence personnelle de Dar al Salam. La table était recouverte de nourriture alors même que le mouvement social dans le Rif contre la corruption et la pauvreté s’amplifie. Cette mobilisation est partie de l’écrasement d’un poissonnier dans une benne où il était allé chercher ses poissons que les autorités avaient jeté. La couple présidentiel a été reçu comme s’il été l’égal du couple de monarque marocain. Après avoir fait son discours de victoire au second tour au Louvre et après avoir reçu Poutine, le Tsar de la Russie, à Versailles, Macron continue à se tailler une image de monarque.

Après un tel accueil Macron ne pouvait que flatter Mohamed VI. Il a tenu a « remercier le roi pour son accueil chaleureux, je suis très touché par sa marque d’amitié et le caractère très personnel de la relation qui s’est nouée entre nous », après moins de 24h passées ensemble, les voici les meilleurs amis du monde. Mais ce déplacement, n’en déplaise à Macron, n’était pas purement amical.

En effet, le voyage avait quand même pour but premier de renforcer les liens entre les deux États. Il a été question de la situation au Qatar et en Libye. Les deux chefs de l’État ont réaffirmé leur « volonté » à trouver une issue diplomatique etapaiser les tensions. Ils veulent en « même temps privilégier d’une part la stabilisation de la région et d’autre part la lutte contre le terrorisme et toutes les formes de financement du terrorisme ». Visiblement, l’État français reste sur une position assez attentiste. Il semble attendre de voir l’évolution de la situation notamment en ce qui concerne les décisions de Trump et comment placer ses pions. Le président français va rencontrer prochainement à Paris un haut dirigeant des Émirats arabes unis.

Macron souhaite voir le Maroc jouer un rôle important dans la région. Les deux chefs d’État ont abordé la question de la Libye, de la crise du Golfe, de la politique africaine du Maroc. Macron a tenu à salué la « vigilance »de Rabat sur « les foyers potentiels de déstabilisation de la région ». Pour que ça soit encore plus un appuis Macron veut « trouver les voies et moyens d’une stabilisation de ce pays qui est une préoccupation en terme de sécurité de la région et en terme de route migratoire ». On connaît la position de Macron sur les migrants notamment les comoriens. Pour lui tout cela n’est qu’un sujet de plaisanterie.

En dépit de la forte contestation du Rif et la répression du gouvernement de Mohamed VI, le nouveau président français a fait son choix et bien évidemment il n’a pas pris fait et cause pour les manifestants. Il veut poursuivre la politique néo-coloniale de l’État français, il a « réaffirmé la volonté de la France d’accompagner les réformes menées par le roi, comme la modernisation des institutions, le développement social et territorial, les programmes de lutte contre les inégalités et l’insertion du Maroc dans la mondialisation ». Il a même assuré que Mohammed VI était « préoccupé par la situation dans le Rif ». Les rifains en seront ravis.

La délégation qui a accompagné le président illustre ce néo-colonialisme. Aurélien Lechevallier issus de la même promotion de l’ENA que Macron et plus spécialiste du Maroc que le Monsieur France-Afrique de l’Élysée, Franck Paris. Il avait déclaré dans un journal que « le Maroc a vocation à être un pays pivot de la stratégie » d’Emmanuel Macron en Afrique. Il était également accompagné de son chef d’État major particulier, l’amiral Bernard Rogel. Jean-Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale et ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD), était également du voyage. Il avait eu l’occasion de se rendre au Maroc dans le cadre de ces fonctions. Il préside désormais Investisseurs et Partenaires, un fonds d’investissement destiné aux PME africaines, axé sur la rentabilité sociale et environnementale. On comprend son rôle dans la délégation lorsqu’Emmanuel Macron déclare devant la presse à Rabat : "Je pense que nous pouvons conduire dans la même direction des politiques africaines qui ne sont pas totalement similaires, mais dont l’objectif et les finalités sont largement partagés : la stabilité politique et démocratique, le développement des sociétés civiles et une croissance soutenable sur le plan environnemental », évidemment la France y jouera un rôle central.

Cette visite amicale et professionnelle n’avait pour but que de renforcer les liens entre le nouveau gouvernement français et le pouvoir marocain. Macron essaye de voir sur quel gouvernement arabe il peut s’appuyer pour avoir un poids sur l’échiquier international. Macron, que les médias présentent comme une révolution, compte s’appuyer sur les bonnes vieilles traditions néo-coloniales de l’État français. La question des droits de l’homme, de la pauvreté, de la répression dans le Rif n’ont pas beaucoup d’intérêt aux yeux de l’ancien banquier de chez Rothschild.




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