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Politique

Trêve d’hypocrisie

Le sénat supprime l’ISF en intégralité

Samedi, les sénateurs, lors de l’examen du projet de budget pour 2018, ont pris la décision de tout bonnement supprimer l’ISF. Ce dernier avait déjà été considérablement entamé par le gouvernement, qui avait fait une bonne part du chemin vers la suppression en ne gardant qu’un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Trêve d’hypocrisie, le rapporteur du sénat assume : « Vous aviez fait les trois-quarts du chemin, nous allons vous aider à aller au bout de la route ».

Aujourd’hui, suite à cette décision, les médias se plaisent tous à rappeler que cette mesure n’est que le fait du Sénat, majoritairement « à droite », et que l’assemblée nationale, où La République en Marche est majoritaire, ne manquera pas de rétablir avec mansuétude l’impôt sur la fortune immobilière. Taxer les milliardaires tiendrait donc au cœur de Macron.

À ce sujet, le Sénat a les idées claires : « La majorité sénatoriale soutient la volonté du gouvernement de supprimer l’ISF qui est un mauvais impôt, mais en lui reprochant de ne pas aller au bout et de vouloir instaurer cette usine à gaz qu’est l’IFI », a déclaré le rapporteur général. « Le seul message qui restera de la création de cet impôt, c’est ’n’investissez pas dans la pierre !‘ », a affirmé Jean-François Rapin (LR). Avec cette analyse nous ne pouvons que converger. Il n’avait en effet échappé à personne que la réforme de l’ISF n’était qu’un cadeau de plus pour les riches. Comme nous le titrions il y a quelques semaines, avec cette réforme pour ne plus payer l’ISF les milliardaires n’ont qu’à s’acheter des yachts…

L’ISF, s’il a été maintes fois raboté depuis sa création en 1982 et ne touche que très marginalement les grandes fortunes et le grand capital, préserve l’image d’un Etat redistribuant les richesses. Macron avait bien conscience qu’y mettre fin frontalement lui coûterait cher en termes d’image publique. Comme le pointe un sénateur LR, Philippe Dallier, Macron ne l’a tout simplement pas supprimé « pour des raisons politiques et de popularité dans les sondages ». C’est pourquoi le gouvernement a essayé d’y mettre fin de façon déguisée, par l’instauration de l’IFI, qui représente une ristourne directe de 3 milliards d’euros aux plus riches, et favorise d’autant plus les plus riches d’entre eux : ceux dont le patrimoine est majoritairement constitué de valeurs mobilières (en particulier d’actions). Avec l’IFI c’est déjà 100% de ceux qui y étaient assujettis qui ont vu leur impôt diminuer. Aujourd’hui, Macron peut dire merci au Sénat qui lui permet de satisfaire le patronat en allant jusqu’au bout de sa réforme, et de passer pour celui qui veut conserver l’ISF.




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