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Genres et Sexualités

Les mauvais jours… de la Russie dirigée par Poutine

Le sexisme ordinaire de Poutine : « Je ne suis pas une femme, donc je n’ai pas de mauvais jours »

Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, n’en est pas à sa première sortie machiste. Ayant l’habitude de débattre avec ses homologues politiciennes ou de s’adresser à ses interlocutrices en rabaissant la femme et ce qu’il juge « féminin », on est finalement peu surpris de sa dernière sortie lors d’une interview relatée dans un documentaire titré L’interview de Poutine. Il y déclare ne pas prendre de congés, ne pas avoir de « mauvais jours », car il n’a pas de cycles menstruels.

"Je ne suis pas une femme, donc je n’ai pas de mauvais jours. Je ne veux insulter personne. C’est juste la nature des choses. Il y a des cycles qui sont naturels".

Le fait que les femmes ne travailleraient pas pendant la période de leurs règles est déjà une énormité en soi. Nous désirons rappeler que, malgré les fines connaissances biologiques de Mr Poutine en matière de corps féminin, oui, les femmes travaillent lorsqu’elles ont leurs règles.

Mais, par ailleurs, cette phrase fait écho à toutes les situations sexistes que vivent les femmes aujourd’hui sur leur lieu de travail sous prétexte « biologique ». Combien de fois on entend parler des cycles menstruels, de grossesses, ou tout ce qui serait « féminin » (comme l’émotivité), pour justifier des différences de traitements économiques au travail (congé, salaire, performativité…) mais aussi pour justifier de nombreux comportements sexistes au quotidien, violences psychologiques ordinaires. On voit là le fossé que le président de la Fédération de Russie, mais aussi beaucoup d’hommes, creusent entre leurs réalités et celle des travailleuses.

Cette petite plaisanterie s’accompagne plus loin d’une autre blague douteuse sur les homosexuels, Poutine plaisantant qu’il ne pourrait prendre une douche seul avec un homosexuel dans un sous-marin, qu’il ne voudrait pas « provoquer », en précisant immédiatement dans un éclair sombre, mais pour lui apparemment terriblement drôle, que « vous savez je suis un judoka confirmé »…

Et ce genre de sortie ne fait pas hausser les sourcils pour rien. Si le sexisme et l’homophobie de ceux qui nous gouvernent ne sont qu’un rappel de la partie émergée du patriarcat qui, en définitive, agresse, viole et tue les femmes et les LGBT chaque jour, ces paroles dans la bouche du président de la Fédération de Russie font écho à de graves réalités, comme la loi de dépénalisation des violences domestiques votée en ce début d’année par son gouvernement sous pression de l’Église orthodoxe et qui a aggravé la condition des femmes en Russie ; ou encore la loi que son gouvernement a voté à l’unanimité l’année dernière contre la « propagande homosexuelle » qui a provoqué une terrible chasse aux sorcières dans tout le pays et fragilisé la communauté LGBT et son tissu associatif déjà vulnérable (aujourd’hui disparu…) tout en renforçant le climat LGBTphobe en Russie.

Mais, plus encore, la situation gravissime de la Tchétchénie (une République constitutive de la Russie) où les homosexuel-les sont chassés, arrêtés, torturés et exécutés.

Bien évidemment, Vladimir Poutine sait rire finement des femmes et des homosexuels au nez des caméras et de la communauté internationale. Mais, de là à faire un geste pour freiner les crimes sexistes et homophobes horribles perpétrés dans les pays qu’il dirige aujourd’hui…

Finalement, on peut se demander qui vit de mauvais jours dans la Russie de Poutine, si ce ne sont les opprimé-es, les femmes et les LGBT. Finalement, peut-être que le règne de Poutine n’est qu’un long « mauvais jour », cycle menstruel, ou pas.

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