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Société

Violences policières

Le soir du premier tour, Nnoman, photo-reporter menacé et agressé par la police

Le 23 avril 2017, au soir, après le premier scrutin, le photo-reporter Nnoman suit la mobilisation spontanée contre les élections et se fait menacer et frapper par la police alors qu'il filme le rassemblement.

Crédits photo : lily Manapany

Nnoman est un photographe engagé, il capture des instants de luttes sociales, et présent entre autres durant les manifestations contre la loi travail, l’évacuation de la jungle de Calais, ou même lorsque les manifestations sont interdites. Pour lui c’est un moyen de militer que de montrer par ses photos ce qui se passe dans la pénombre et dans les luttes sociales. Voir ce que personne ne veut nous montrer. Il fait aussi partie du collectif OEIL et du magazine Fumigène.

Dans une interview accordée aux Inrocks, le photographe explique son engagement par la photo « J’assume et je revendique cette position de photographe engagé. […] La frontière est effectivement fine car ce sont des sujets humains. Par exemple à Calais j’ai vu les conditions de vie indignes des réfugiés, les violences policières et je ne peux pas fermer les yeux sur ces choses-là. On m’a reproché de prendre position mais on ne reproche pas à Christophe Barbier de faire des éditos très à droite. Quand je prends une photo d’un CRS avec un cocktail Molotov à la main on me reproche d’esthétiser la violence urbaine ou le black block. Mais j’assume complètement cette position de photographe engagé. […] Mais pour des projets qui me tiennent plus à cœur je veux absolument garder ma liberté. »

Comme à son habitude, il était présent hier pour le rassemblement spontané place de la République à Paris. Durant quelques heures il a photographié les CRS et les manifestants, il a aussi fait des directs avec son téléphone pour montrer la répression en cours pendant le rassemblement et le quadrillage de la police pour faire taire les manifestants. On peut d’ailleurs retrouver une partie de son travail sur sa page Nnoman.

Seulement voilà, durant cette soirée d’élections, le reporter a été agressé à l’abri des regards par des policiers en civil. Ces derniers lui ont confisqué son téléphone ainsi que son travail, en supprimant toutes les données liées au rassemblement spontané. Il a été par ailleurs agressé violemment par ces mêmes policiers : insultes et coups, alors qu’il tentait de leur expliquer qu’il était reporter.

A la dernière minute de la vidéo en direct que prenait Nnoman au moment des faits, on peut voir le début de l’altercation.

Outre la violence de l’évènement, cette agression va à l’encontre de la charte des journalistes de Munich en 1971 qui explique précisément que « la responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. »

Ces faits ne sont pas sans rappeler d’autres agressions policières impliquant une remise en cause évidente de la liberté de la presse, comme le journaliste Gaspard Glantz qui a été menacé de mort par des policiers il y a quelques jours, par cette phrase : « Une balle dans la tête de cet abruti ». Lui-même, par trois fois, avait réussi à débusquer des policiers en civils déguisés en reporters, ce qui est interdit par la Convention de Genève.

Par ailleurs au même moment, le soir du premier tour, certains journalistes ont été refusés à l’entrée de la salle où Marine Le Pen faisait son discours. Il est essentiel face aux réactionnaires et aux policiers que les droits des journalistes et reporters soient rétablis pour permettre la diffusion des informations concernant ce qui se passe réellement sur le terrain des luttes sociales. Il est toujours aussi nécessaire de revendiquer le droit à l’information et la liberté de la presse et de dénoncer les violences policières qui s’abattent sur les militants.

Ils m’emmènent derrière une ligne de CRS, puis à 3 ou 4 personnes ils me menacent, disent qu’on est des ‘Fils de putes et des raclures de journalistes’ et m’obligent à supprimer toutes mes photos.

Dans la vidéo qui suit on peut voir l’enchaînement de la soirée, filmé par le photographe. Durant cette vidéo il nous explique son ras le bol, ses droits de reporter on été bafoués.

« Ce soir ce qui vient de se passer c’est trop grave et c’est inadmissible. Je me suis rendu à Bastille en tant que photo-reporter sur ce qu’il se passe depuis le résultat du 1er tour. Les CRS étaient en train de gazer la foule et c’est là que j’ai commencé le Live. Je tombe sur 5-6 personnes en civil qui tirent des flash-balls dans la foule. Et j’explique que tirer avec un LBD à hauteur de tête c’est interdit, car létal, – ça veut dire que ça peut tuer – . Je filme ça et en me dirigeant vers eux, voyant qu’ils n’ont pas de brassards et pas de cartes de police. Je leur demande alors s’ils ont bien la carte en question et l’un d’eux m’interpelle en me demandant si j’ai une carte de presse, je lui souligne qu’il ne faut pas de carte pour filmer ce qui se passe dans la rue. Je continue à les suivre et ils continuent de tirer dans la foule sans que personne ne puisse les identifier. Ils décident à ce moment-là d’arriver tous sur moi et de me faire une clé en prétextant de faire un contrôle de police. Ils saisissent mon téléphone puis Ils m’emmènent derrière une ligne de CRS, à 3 ou 4 personnes ils me menacent disant qu’on est des ‘Fils de putes et des raclures de journalistes et m’obligent à supprimer toutes mes photos. Ils confisquent mon matériel de protection, ils me cassent ma carte mémoire, puis ils utilisent mon boîtier d’appareil photo et me tartent la gueule avec. J’ai perdu toutes mes photos de différents projets. Aprés ça j’ai les noms de toutes les victimes de violences policières en tête. Je vais pas en rester là, je vais monter un dossier avec un avocat même si je sais que cela n’aboutira à rien, ça en dit long sur le climat en France. Le vrai combat il est auprès de toutes les familles en commençant par la famille d’Adama. »

La vidéo a été vue 130 000 fois depuis hier . Dans un post Facebook en direct de l’hôpital, Nnoman s’exprime : « Tout ce que je peux vous dire, là, à 03h07 aux urgences, c’est qu’on est (au moins) 5 dans la salle d’attente à avoir été frappés par les flics à la Manif de ce soir. Genoux en vrac, pouce, main, crâne , lèvre, épaules ... j’ai mal à ma France (et à ma lèvre) »




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