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Politique

Saga Le Pen : la revanche de Jean-Marie

Législatives. Marine Le Pen sera face à une candidate soutenue par son père

Pour les législatives, Jean-Marie Le Pen soutiendra une candidate de l’Union des patriotes à Hénin-Beaumont, face à sa fille.

Jean-Marie le Pen, cofondateur du FN et toujours président d’honneur par décision de justice, a fait annoncer, mardi 16 mai, qu’il apportait son soutien officiel à chacun des 150 à 200 candidats présentés par l’Union des patriotes.
Ce nouveau cartel d’extrême droite, né dans les turbulences provoquées par l’échec de Marine Le Pen dans la dernière longueur de la présidentielle, entre en concurrence avec le FN. Il présentera à Hénin-Beaumont, face à la fille, une candidate soutenue par le père.

Si tout ce beau monde n’était pas aussi débecquetant, on friserait la tragédie grecque…

La débandade post-présidentielle

Le Canard enchaîné sous-titre, cette semaine, un article sur « Le Paquebot FN  » avec ce constat lapidaire : « Malgré ses 10 600 000 voix, la patronne est KO debout et le parti déchiré, prêt à la baston ».
Son duel mémorable avec Macron a été politiquement fatal à la présidente du FN. Même si elle a pu croire, sur l’instant, avoir été géniale, la presse et son entourage n’ont pas tardé à lui faire savoir qu’elle avait été nulle. Et les résultats, même s’ils ne sont pas négligeables, sont loin d’être à la hauteur des espérances qu’avaient pu faire naître toute la dernière période et même le premier tour de la présidentielle. Dans la foulée, Marion Maréchal-Le Pen a claqué la porte, sous prétexte de motifs personnels, mais n’a pas tardé à tendre une main à LR en la personne de Laurent Wauquiez avec qui elle pense « avoir des choses à se dire et à faire », comme elle l’a déclaré à Valeurs Actuelles.
Après la spirale ascendante, la crainte d’une spirale descendante se profile à l’horizon. L’entourage de celle qui est redevenue présidente du FN, après une très brève éclipse, redoute désormais un règlement de comptes en cas de mauvais résultats aux législatives, en sachant qu’il ne sera pas possible de se refaire électoralement avant trois ans.
Alors que Marine est au tapis et voit son image sur le terrain sérieusement écornée, une concurrence non négligeable se met en place sous la houlette du père. Il semblait pourtant avoir enterré la hache de guerre lorsqu’il avait adoubé la candidature de sa fille à la présidentielle en lui souhaitant de gagner et en allant même jusqu’à déclarer avec sa grandiloquence habituelle qu’elle « acceptait la même mission que celle de Jeanne d’Arc ».
C’est fait, il a repris la bagarre avec la hargne qu’on lui connaît.

Le flanc le plus extrémiste se regroupe

Jean-Marie Le Pen, Carl Lang et Alain Escada, présidents respectifs des Comités Jeanne, du Parti de la France (PDF) et du mouvement d’extrême droite catholique Civitas, ont décidé de créer une alliance qualifiée de cartel pour présenter ensemble, aux législatives, entre 150 et 200 candidats. 60 des Comités Jeanne, 60 du PDF et environ 25 de Civitas. Des candidats royalistes pourraient également s’ajouter à l’accord.
Sous le vocable d’Union des patriotes, ils se rattacheront tous à une même structure administrative dont le président, Patrick Hays des Comités Jeanne, et le trésorier, Christian Baekeroot, sont tous deux d’anciens frontistes. L’affiche de campagne de tous ces candidats portera le soutien explicite de Jean-Marie Le Pen. Si les premières raisons de ce rapprochement sont sans doute techniques, notamment l’atteinte potentielle des 1 % dans 50 circonscriptions permettant d’obtenir des subsides de l’État, elles ont aussi un contenu idéologique.
Les mots d’ordre que chacune des structures met en avant en disent long sur les intentions de ces « patriotes » qui accusent Marine Le Pen de s’être déportée sur la gauche. Pour les Comités Jeanne ce sera « Immigration, assez ! », « Pas d’islamisation chez nous », pour les PDF, « Défendons nos familles, nos traditions, nos libertés  », pour les Civitas, « La droite des valeurs et des convictions  ».
Certains personnages peu reluisants donnent une idée du personnel politique qui se regroupe sous ces slogans. Parmi eux, Alexandre Gabriac, ancien leader du mouvement pétainiste Jeunesses nationalistes, exclu du FN en 2011 sur révélation d’une photo le montrant en train de faire le salut nazi. Il sera candidat pour Civitas en Isère.

Un duel Le Pen contre Le Pen à Hénin-Beaumont ?

Le Pen père sera donc en bagarre à Hénin-Beaumont par candidate du PDF interposée. Il s’agit de Monique Delevallet, qui a été pour lui une alliée de premier plan lors de son exclusion du FN par sa fille en 2015.
C’est un coup particulièrement dur pour Marine Le Pen que de devoir affronter cette candidate. D’autant plus que c’est dans cette 11ème circonscription du Pas-de-Calais qu’elle était parvenue, en 2007, à se qualifier pour le second tour des législatives alors que son père n’avait fait qu’un faible score à la présidentielle et qu’aucun autre candidat frontiste n’avait franchi le seuil du premier tour.
La candidate du PDF a d’ailleurs déjà fait ses preuves en affrontant, aux cantonales, un candidat frontiste à qui elle a réussi à piquer 3,3 % des voix et auquel elle a refusé de se rallier au second tour.
On comprendrait dans ces conditions que Marine Le Pen ait quelques hésitations à confirmer sa candidature à Hénin-Beaumont, ne serait-ce que pour ne pas insulter son passé et ne pas essuyer une deuxième défaite.
Mais au-delà du sort personnel de Marine le Pen et du feuilleton familial, c’est tout le FN qui est en remue-ménage politique. Les barons révisent leurs pronostics à la baisse. Alors qu’entre les deux tours le FN jouait les fiers-à-bras en annonçant d’avance 50, et même 100 députés, ses membres se demandent aujourd’hui s’ils parviendront à obtenir 15 députés, minimum requis pour constituer un groupe parlementaire.




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