Monde

Confirmations et erreurs des sondages

Législatives espagnoles : ce qui se jouait ce dimanche

Publié le 27 juin 2016

Pour la seconde fois en six mois, les électeurs de l’Etat espagnol étaient appelés aux urnes. Qu’est-ce qui se jouait ?

Ciro Tappeste

Six mois après les législatives du 20 décembre, Mariano Rajoy continuait à expédier les affaires courantes : aucun gouvernement, en effet, n’avait pu se constituer. Un casse-tête pour le patronat. Après les élections de dimanche, le panorama politique est tout aussi fragmenté. Les sondages prévoyaient qu’aucune majorité n’allait se dessiner, mais tous tablaient sur un dépassement des socialistes par Unidos-Podemos, l’alliance entre la formation de Pablo Iglesias et Izquierda Unida, la gauche radicale espagnole.

Au final, aucun parti ne peut prétendre à gouverner seul, mais Unidos Podemos n’a pas supplanté le PSOE, en dépit du virage modéré entamé par Iglesias au cours de ces dernières semaines.

Au cours de la campagne, le Parti Populaire a réussi à se maintenir à flot, aux dépends de Ciudadanos, la nouvelle formation populiste de centre-droit. Les résultats ont confirmé cette dynamique. Restait la question des indécis et de l’abstention. A la veille du scrutin, deux des trente-six millions d’électeurs et d’électrices de l’Etat espagnol ne savaient toujours pas pour qui voter. Ce qui ne faisait aucun doute, en revanche, c’est la politique qui serait prise par la prochaine coalition au pouvoir. En renonçant au non-paiement de la dette, à remettre en cause la monarchie, Iglesias a voulu se présenter comme un « progressiste de matrice social-démocrate ». Au lieu de mobiliser un électorat plus modéré, nombre d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Toutes les autres formations, elles, assurent que les réformes du marché du travail votées par les socialistes et par la droite depuis vingt-cinq ans seront inchangées, à l’instar des fondements du régime espagnol de 1978, né du franquisme.

Il y a un an, Iglesias attaquait Izquierda Unida, demandant à IU de « garder le draqpeau rouge et de laisser Podemos en paix ». « Mon objectif, rajoutait-il, c’est de gagner ». Iglesias a finalement fait le choix de manger son chapeau, avec beaucoup d’opportunisme, de se présenter avec IU tout en droitisant son programme. Le résultat est tombé dans la soirée : un électeur sur six ayant voté Podemos en décembre n’a pas réitéré l’expérience.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que les anticapitalistes et révolutionnaires de Clase contra Clase, qui animent le quotidien en ligne LaIzquierdaDiario, appelaient à l’abstention, à l’exception des provinces de Malaga, Grenade et Almeria où se présentaient des listes de Izquierda Anticapitalista révolucionaria (IZAR) avec qui les camarades ont lancé la campagne « Il n’y a pas de temps à perdre », dont le programme a été à la base de ces candidatures de la gauche révolutionnaire dans le Sud de l’Etat espagnol. Par-delà les résultats des législatives, qui sont loin de résoudre la question de la gouvernance institutionnelle du pays pour la bourgeoisie, la question continue à être de « faire comme en France », pour affronter l’austérité gouvernementale qui s’annonce.