Société

OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français)

Leïla, Megi, « Non à l’expulsion, oui à l’éducation ! »

Publié le 29 juin 2016

Depuis plusieurs semaines, dans le Gers, deux élèves d’établissements scolaires gersois, Leïla et Megi, ont reçu l’ordre de quitter le territoire français, alors qu’elles sont scolarisées et en voie de régularisation ! C’est ce qu’on appelle dans le jargon administratif une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Cependant, derrière les sigles de l’État, ce sont des vies bien réelles qui se jouent.

Boris Lefebvre

La circulaire du 20 mars 2002 est claire et sans appel : « tout enfant a droit à une formation scolaire » (y compris les étrangers) et « tout élève admis dans un cycle de formation doit pouvoir parcourir la totalité de ce cycle dans l’établissement scolaire ». Comment expliquer alors que Leïla, élève en première L au lycée Alain Fournier de Mirande, et Megi, en seconde professionnelle au lycée du Garros à Auch, aient reçu respectivement depuis janvier et juin une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) ? Serait-ce parce qu’un gouvernement xénophobe voudrait se débarrasser sans bruit d’une burkinabé et d’une albanaise ?

Le cas de Leïla est exemplaire de l’acharnement avec lequel l’État, dans une véritable « chasse à l’enfant » comme le souligne RESF (Réseau éducation sans frontières), traque les immigrés. Arrivée en France pour rendre visite à sa tante, Leïla ne peut retourner au Burkina Faso en raison du coup d’État contre Blaise Compaoré. Elle se trouve obligée de rester dans le Gers car son pays d’origine, souvent malmené par l’impérialisme français, est en proie à une trop grande instabilité politique. Par ailleurs, son père réside en France et a la nationalité française. Parce qu’elle a tout juste un peu plus de 18 ans et qu’elle n’est pas ressortissante de l’Union européenne, elle est aujourd’hui obligée d’abandonner sa vie ici, sa scolarité, ses ami-e-s.

En opposition à cette clause absurde, plusieurs organisations se sont mobilisées afin de dénoncer la violence de ces expulsions à peine voilées. De pétitions en manifestations de soutien, de cercles de silence en rencontres avec les autorités, on ne peut que saluer l’initiative et la combativité de la CGT-Éduc’action, Sud Éducation, l’UNEF, la FCPE et surtout RESF. Les parents d’élèves, les enseignants et les élèves soutiennent également les jeunes filles. Le 10 juin dernier, ce sont pas moins de 150 élèves qui ont manifesté à Auch pour obtenir la régularisation de leurs camarades sans papiers. Leur mot d’ordre : « Non à l’expulsion, oui à l’éducation !  ».

Comme le souligne particulièrement RESF, dans cette affaire, la préfecture, chargée d’exécuter les expulsions, tente de se décharger de cette tâche sur l’Éducation nationale. En effet, afin de légaliser l’exclusion du territoire, il faut que les élèves ne soient plus scolarisées. Pour ce faire, l’Inspection académique refuse catégoriquement de réinscrire les élèves sans papiers alors que, toujours selon la même circulaire du 20 mars 2002 : « l’inscription, dans un établissement scolaire, d’un élève de nationalité étrangère, quel que soit son âge, ne peut être subordonnée à la présentation d’un titre de séjour » (nous soulignons). En voulant volontairement déscolariser Leïla et Megi, l’administration cherche à créer les conditions de l’exclusion.

Signes d’une xénophobie et d’un racisme d’État, les mésaventures de Leïla et Megi ne sont que la triste illustration du sort qui attend une trentaine d’autres enfants partout en France. Contre ces expulsions, ce qu’il faut opposer c’est bien la scolarisation dans de bonnes conditions pour toutes et tous, mais aussi la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous !