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Lénine, le marxisme et l’insurrection

Giuliana Martini

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Lénine, le marxisme et l’insurrection

Giuliana Martini

Un art, celui de l’insurrection ? Absolument, répond le camarade Lénine

La Lettre au Comité Central du Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe (POSDR) fut écrite le 15 (28) septembre 1917 et publié pour la première fois dans la « Prolétarskaïa Révolioutsia » en 1921.

Le 14 (27) septembre au Théâtre Alexandra à Petrograd s’ouvre la Conférence démocratique impulsée par les conciliateurs socialistes-révolutionnaires et menchéviks contre le pouvoir de Kérensky et pour essayer de contrebalancer la montée des bolschéviks dans les soviets.

Lénine considère qu’il n’y a plus rien à attendre de la Conférence démocratique ni des conciliateurs. Pendant la Conférence il envoie deux lettres : Le marxisme et l’insurrection ainsi que Les bolchéviks doivent prendre le pouvoir dans lesquelles il défend l’idée que le parti doit lancer une insurrection immédiate et "cerner le théâtre Alexandra".

Dans Le marxisme et l’insurrection Lénine y répond à l’accusation de E. Bernstein pour qui le marxisme serait une forme de blanquisme car considérant "l’insurrection comme un art". Blanquisme, c’est-à-dire une théorie de l’action politique résolue fonde sur l’intervention d’une minorité combative se substituant à la classe.

L’insurrection, explique Lénine, n’est pas un complot ni un coup d’État. Elle n’est jamais un artifice, puisqu’elle ne peut pas s’imposer par volontarisme et détermination. C’est un art, dans la mesure où, lorsque que les conditions historiques se trouvent réunies, le parti se doit de saisir la conjuncture pour mener l’insurrection et mettre fin aux hésitations. "C’est là que nous devons dans des discours ardents, passionnés, expliquer notre programme et poser ainsi la question : ou bien l’acceptation complète de ce programme par la Conférence [démocratique] ou bien l’insurrection. Il n’y a pas de milieu. Impossible d’attendre. La révolution périt", écrit Lénine.

***

Le marxisme et l’insurrection

Parmi les déformations du marxisme, l’une des plus malveillantes et peut‑être des plus répandues par les partis « socialistes » régnants est le mensonge opportuniste qui prétend que la préparation à l’insurrection et, d’une manière générale, la façon de considérer l’insurrection comme un art [1], c’est du « blanquisme [2] ».

Le grand maître de l’opportunisme, Bernstein, s’est déjà acquis une triste célébrité en portant contre le marxisme l’accusation de blanquisme, et, en fait, les opportunistes d’aujourd’hui ne renouvellent ni n’« enrichissent » d’un iota les pauvres « idées » de Bernstein, quand ils crient au blanquisme.

Accuser les marxistes de blanquisme, parce qu’ils considèrent l’insurrection comme un art ! Peut‑il y avoir plus criante déformation de la vérité alors que nul marxiste ne niera que c’est justement Marx qui s’est exprimé sur ce point de la façon la plus précise, la plus nette et la plus péremptoire, en déclarant précisément que l’insurrection est un art, en disant qu’il faut la traiter comme un art, qu’il faut conquérir les premiers succès et avancer de succès en succès, sans interrompre la marche contre l’ennemi, en profitant de son désarroi, etc., etc.

Pour réussir, l’insurrection doit s’appuyer non pas sur un complot, non pas sur un parti, mais sur la classe d’avant-garde. Voilà un premier point. L’insurrection doit s’appuyer sur l’élan révolutionnaire du peuple. Voilà le second point. L’insurrection doit surgir à un tournant de l’histoire de la révolution ascendante où l’activité de l’avant‑garde du peuple est la plus forte, où les hésitations sont les plus fortes (dans les rangs de l’ennemi et dans ceux des amis de la révolution faibles, indécis, pleins de contradictions ; voilàle troisième point. Telles sont les trois conditions qui font que, dans la façon de poser la question de l’insurrection, le marxisme se distingue du blanquisme.

Mais, dès lors que ces conditions se trouvent remplies, refuser de considérer l’insurrection comme un art, c’est trahir le marxisme, c’est trahir la révolution.

Pour prouver qu’en ce moment précisément le parti doit de toute nécessité reconnaître que l’insurrection est mise à l’ordre du jour par le cours objectif des événements, qu’il doit traiter l’insurrection comme un art, pour prouver cela, le mieux sera peut‑être d’employer la méthode de comparaison et de mettre en parallèle les journées des 3 et 4 juillet [4] et les journées de septembre.

Les 3 et 4 juillet, on pouvait sans pécher contre la vérité poser ainsi le problème : il serait préférable de prendre le pouvoir sinon nos ennemis nous accuseront de toute façon de sédition et nous traiteront comme des factieux. Mais on ne pouvait en conclure à l’utilité de prendre alors le pouvoir, car les conditions objectives pour la victoire de l’insurrection n’étaient pas réalisées.

Nous n’avions pas encore derrière nous la classe qui est l’avant‑garde de la révolution.

Nous n’avions pas encore la majorité parmi les ouvriers et les soldats des deux capitales [5]. Aujourd’hui, nous l’avons dans les deux Soviets. Elle a été créée uniquement par les événements des mois de juillet et d’août, par l’expérience des « répressions » contre les bolchéviks et par l’expérience de la rébellion de Kornilov [6].
L’enthousiasme révolutionnaire n’avait pas encore gagné la grande masse du peuple. Il l’a gagnée aujourd’hui, après la rébellion de Kornilov. C’est ce que prouvent les événements en province et la prise du pouvoir par les Soviets en maints endroits.
Il n’y avait pas alors d’hésitations d’une amplitude politique sérieuse parmi nos ennemis et parmi la petite bourgeoisie incertaine. Aujourd’hui, ces hésitations ont une grande ampleur : notre principal ennemi, l’impérialisme allié, l’impérialisme mondial ‑ car les « Alliés » sont à la tête de l’impérialisme mondial ‑ a balancé entre la guerre jusqu’à la victoire et la paix séparée contre la Russie. Nos démocrates petits‑bourgeois, qui ont manifestement perdu la majorité dans le peuple, ont eu de profondes hésitations, quand ils ont refusé de faire bloc, c’est‑à‑dire de se coaliser avec les cadets [7].

C’est pourquoi, les 3 et 4 juillet, l’insurrection aurait été une faute : nous n’aurions pu conserver le pouvoir ni physiquement ni politiquement. Physiquement, bien que Pétrograd fût par instants entre nos mains, car nos ouvriers et nos soldats n’auraient pas alors accepté de se battre, de mourir pour la possession de Pétrograd il n’y avait pas alors cette « exaspération », cette haine implacable à la fois contre les Kérenski et contre les Tsérétéli et les Tchernov ; nos gens n’avaient pas encore été trempés par l’expérience des persécutions contre les bolchéviks avec la participation des socialistes‑révolutionnaires et des menchéviks.

Politiquement nous n’aurions pas gardé le pouvoir les 3 et 4 juillet, car, avant l’aventure Kornilov, l’armée et la province auraient pu marcher et auraient marché contre Pétrograd.

Aujourd’hui la situation est tout autre.

Nous avons avec nous la majorité de la classe qui est l’avant‑garde de la révolution, l’avant‑garde du peuple, capable d’entraîner les masses.

Nous avons avec nous la majorité du peuple, car le départ de Tchernov, s’il est loin d’être le seul signe, est pourtant le signe le plus visible et le plus concret que la paysannerie ne recevra pas la terre du bloc socialiste‑révolutionnaire (ni des socialistes‑révolutionnaires eux‑mêmes). C’est là le point essentiel, celui qui donne à la révolution son caractère national.

Nous avons pour nous l’avantage d’une situation où le parti connaît sûrement son chemin, en face des hésitations inouïes de tout l’impérialisme et de tout le bloc des menchéviks et des socialistes‑révolutionnaires.

Nous avons pour nous une victoire assurée, car le peuple est désormais au bord du désespoir, et nous donnons à tout le peuple une perspective claire en lui montrant l’importance de notre direction « pendant les journées de Kornilov », puis en proposant un compromis aux « hommes du bloc » et en recevant d’eux un refus qui est loin d’avoir mis un terme aux hésitations le leur part.

La plus grave erreur serait de croire que notre offre de compromis n’a pas encore été repoussée, que la Conférence démocratique [8] peut encore l’accepter. Le compromis a été proposé par un parti à des partis : il ne pouvait en être autrement. Les partis l’ont repoussé. La Conférence démocratique n’est qu’une conférence, rien de plus. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’elle ne représente pas la majorité du peuple révolutionnaire, la paysannerie appauvrie et exaspérée. C’est une conférence de la minorité du peuple il ne faut pas oublier cette vérité évidente. La plus grande erreur de notre part, le pire crétinisme parlementaire, serait de traiter la Conférence démocratique comme un parlement, car même si elle se proclamait parlement et parlement souverain et permanent de la révolution, elle ne déciderait malgré, tout de rien : la décision ne lui appartient pas ; elle dépend des quartiers ouvriers de Pétrograd et de Moscou.

Toutes les conditions objectives d’une insurrection couronnée de succès sont réunies. Nous avons l’avantage exceptionnel d’une situation où seule notre victoire dans l’insurrection mettra fin aux hésitations qui ont exaspéré le peuple et qui constituent un véritable supplice ; où seule notre victoire dans l’insurrection donnera immédiatement la terre à la paysannerie ; où seule notre victoire dans l’insurrection fera échouer les manoeuvres do paix séparée contre la révolution, les fera échouer par la proposition ouverte d’une paix plus complète, plus juste et plus proche, d’une paix favorable à la révolution.

Seul enfin notre parti, après, avoir remporté la victoire dans l’insurrection peut sauver Pétrograd, car, si notre offre de paix est repoussée et si nous n’obtenons pas même un armistice, alors c’est nous qui serons les partisans d’aller « jusqu’au bout », c’est nous qui serons à la tête des partis de la guerre c’est nous qui serons le parti « de la guerre » par excellence, nous mènerons la guerre d’une façon vrai­ment révolutionnaire. Nous enlèverons aux capitalistes tout leur pain et toutes leurs bottes. Nous leur laisserons les croûtes, nous les chausserons de lapti. Nous donnerons au front tout le pain et toutes les chaussures.

Alors nous défendrons victorieusement Pétrograd.

Pour une guerre véritablement révolutionnaire, les ressources tant matérielles que morales sont encore immenses en Russie ; il y a 99 chances sur 100 pour que les Allemands nous accordent au moins un armistice. Et obtenir un armistice aujourd’hui, c’est vaincre le monde entier.

Ayant pris conscience que l’insurrection des ouvriers de Pétrograd et de Moscou est absolument nécessaire pour sauver la révolution et pour sauver la Russie du partage « séparé » que veulent les impérialistes des deux coalitions, nous devons, tout d’abord, adapter aux conditions de l’insurrection ascendante notre tactique politique à la Conférence ; nous devons ensuite prouver que ce n’est pas seulement en paroles que nous acceptons la pensée de Marx sur la nécessité de considérer l’insurrection comme un art.

Nous devons sans retard donner une cohésion nouvelle à la fraction des bolchéviks qui siègent à la Conférence sans nous laisser impressionner par le nombre, sans craindre de laisser les hésitants dans le camp des hésitants : ils seront plus utiles à la cause de la révolution là‑bas que dans le camp des combattants résolus et dévoués.

Nous devons rédiger une courte déclaration des bolchéviks soulignant de la façon la plus catégorique l’inopportunité des longs discours, l’inopportunité des « discours » en général, la nécessité d’une action immédiate pour le salut de la révolution, la nécessité absolue d’une rupture complète avec la bourgeoisie de la destitution de tous les membres du gouvernement actuel, d’une rupture complète avec les impérialistes anglo‑français qui préparent un partage « séparé » de la Russie, la nécessité de faire passer immédiatement tout le pouvoir aux mains de la démocratie révolutionnaire guidée par le prolétariat révolutionnaire.

Notre déclaration doit formuler de la façon la plus brève et la plus nette cette conclusion en liaison avec notre projet de programme : la paix aux peuples, la terre aux paysans, la confiscation des profits scandaleux et la répression contre le sabotage éhonté de la production par les capitalistes.

Plus notre déclaration sera brève, plus elle sera tranchante, meilleure elle sera. Il faut seulement y souligner encore deux points très importants : le peuple est exaspéré par les hésitations, le peuple est déchiré par l’indécision des socialistes‑révolutionnaires et des menchéviks ; nous rompons définitivement avec ces partis, car ils ont trahi la révolution.

Autre chose encore : en proposant tout de suite une paix sans annexions, en rompant tout de suite avec les impérialistes alliés et avec tous les impérialistes, nous obtiendrons immédiatement soit un armistice, soit le ralliement de tout le prolétariat révolutionnaire à la défense, et la poursuite par la démocratie révolutionnaire, sous la direction de ce dernier, d’une guerre véritablement juste, véritablement révolutionnaire.

Après avoir lu cette déclaration, après avoir réclamé des décisions et non des paroles, des actes et non des résolutions écrites, nous devons lancer toute notre fraction dans les usines et dans les casernes : c’est là qu’est sa place, c’est là qu’est le nerf vital, c’est de là que viendra le salut de la révolution, c’est là qu’est le moteur de la Conférence démocratique.

C’est là que nous devons dans des discours ardents, passionnés, expliquer notre programme et poser ainsi la question : ou bien l’acceptation complète de ce programme par la Conférence, ou bien l’insurrection. Il n’y a pas de milieu. Impossible d’attendre. La révolution périt.

La question ainsi posée, toute notre fraction étant concentrée dans les usines et dans les casernes, nous serons à même de juger du moment où il faut déclencher l’insurrection.

Et pour considérer l’insurrection en marxistes, c’est‑à‑dire comme un art, nous devrons en même temps, sans perdre une minute, organiser l’état‑major des détachements insurrectionnels, répartir nos forces, lancer les régiments sûrs aux points les plus importants, cerner le théâtre Alexandra [9], occuper la forteresse Pierre‑et‑Paul [10], arrêter l’état‑major général et le gouvernement, envoyer contre les élèves-officiers et la division sauvage [11] des détachements prêts à mourir plutôt que de laisser l’ennemi pénétrer dans les centres vitaux de la ville ; nous devrons mobiliser les ouvriers armés, les appeler à une lutte ultime et acharnée occuper simultanément le télégraphe et le téléphone, installer notre état-major de l’insurrection au Central téléphonique, le relier par téléphone à toutes les usines, à tous les régiments, à tous les centres de la lutte armée, etc.

Tout cela n’est qu’approximatif, certes, et seulement destiné à illustrer le fait que, au moment que nous vivons, on ne peut rester fidèle au marxisme, rester fidèle à la révolution, si on ne considère pas l’insurrection comme un art.

Notes

[1] F. Engels, Révolution et contre‑révolution en Allemagne. Cet ouvrage fut écrit par Engels et publié en 1851‑1852, sous forme d’une série d’articles dans le New York Daily Tribune, signés par Marx.

[2] Blanquisme : courant du mouvement socialiste français dirigé par Louis‑Auguste Blanqui (1805‑1881). Les blanquistes substituaient les actions d’une poignée de conspirateurs à l’activité d’un parti révolutionnaire et négligeaient la liaison avec les masses.

[3] Lénine fait allusion aux manifestations qui se déroulèrent à Pétrograd les 3 et 4 (16 et 17) juillet 1917.

Comme il fallait s’y attendre, l’offensive des troupes russes sur le front échoua. Soldats, marins et ouvriers indignés par les agissements du Gouvernement provisoire qui avait ordonné cette offensive condamnée à l’avance, descendirent dans la rue. Les premiers à agir furent les soldats du I° régiment de mitrailleurs de Pétrograd, dans le quartier Vyborgskaïa Storona, le 3 (16) juillet. La manifestation risquait de se transformer en une insurrection armée. A cette époque, le Parti bolchévik se prononçait contre l’insurrection armée, estimant que la crise révolutionnaire n’était pas encore mûre. A la séance convoquée le 3 (16) juillet à 4 heures de l’après‑midi, le Comité central décida donc de renoncer aux actions et manifestations. La même décision fut prise par la II° conférence des bolcheviks de Pétrograd‑ville qui se tenait au même moment. Ses délégués se rendirent dans les usines et les quartiers pour détourner les masses de manifester. Mais le mouvement avait déjà pris de l’envergure, et il ne fut plus possible de l’arrêter.

Tenant compte cette situation, le Parti résolut, le 3 (16) juillet, de prendre part à l’action, afin de lui conférer un caractère pacifique et organisé.

Lénine était alors absent de Pétrograd. Informé des événements, il revint d’urgence dans la capitale le 4 (17) juillet au matin pour diriger l’action qui prenait de l’ampleur.

Le même jour, plus de 500 000 personnes manifestèrent sur les mots d’ordre bolchéviks : « Tout le pouvoir aux Soviets ! » et autres. Les manifestants exigèrent du Comité exécutif central des Soviets qu’il prenne le pouvoir. Mais les s.‑r. et menchéviks refusèrent.

Avec le consentement du Comité exécutif central où dominaient les s.‑r. et les menchéviks, le Gouvernement provisoire lança contre les manifestants désarmés des détachements d’élèves‑officiers et de cosaques qui ouvrirent le feu. Le Gouvernement provisoire fit rappeler du front des troupes contre-révolutionnaires pour écraser l’action.

A une réunion du Comité central et du Comité de Pétrograd qui se déroula dans la nuit du 4 au 5 juillet, sous la direction de Lénine, la décision fut prise de faire cesser d’une manière organisée les manifestations pour préserver de la débâcle le gros des forces révolutionnaires. Les s.‑r. et les mencheviks se firent pratiquement les complices de la répression. La manifestation réprimée, ils s’attaquèrent, de concert avec la bourgeoisie, au Parti bolchévik. La Pravda, la Soldatskaïa Pravda et les autres journaux bolchéviks furent interdits par le Gouvernement provisoire. L’imprimerie « Troud » fut saccagée. Le Gouvernement provisoire procéda au désarmement des ouvriers ; arrestations en masse, perquisitions et massacres se multiplièrent. Les troupes révolutionnaires furent retirées de la garnison de Pétrograd et envoyées au front.

Après les journées de juillet, le pouvoir passa entièrement entre les mains du Gouvernement provisoire. La dualité des pouvoirs et la période pacifique de la révolution étaient terminés.

[5] Pétrograd et Moscou.

[6] Il s’agit de la rébellion dirigée par le général de l’armée tsariste Kornilov, commandant en chef. Les rebelles comptaient s’emparer de Pétrograd, détruire les organisations ouvrières, dissoudre les Soviets et instaurer dans le pays une dictature militaire pour rétablir ensuite la monarchie.

Le 25 août (7 septembre), Kornilov dirigea le 3° corps de cavalerie sur Pétrograd.

Le Parti bolchévik se prononça pour tout faire pour mettre le putsch en échec, tout en ne cessant pas de dénoncer le Gouvernement provisoire, ses complices socialistes‑révolutionnaires et menchéviks. A l’appel du C.C. du Parti bolchévik, les ouvriers de Pétrograd commencèrent rapidement à former des détachements de la Garde Rouge, des comités révolutionnaires apparurent dans certaines régions, et l’offensive de Kornilov fut stoppée.

[7] Cadets, membres du parti constitutionnel‑démocrate (K.-D.), principal parti de la bourgeoisie monarchiste libérale en Russie. Le parti fut fondé en octobre 1905 ; il comprenait des représentants de la bourgeoisie, des propriétaires fonciers et des intellectuels bourgeois. Milioukov, Mouromtsev, Maklakov, Chingarev, Strouvé étaient parmi leurs chefs de file. Pendant la première guerre mondiale, ils soutinrent acti­vement la politique extérieure annexionniste du gouvernement du tsar. Au cours de la révolution de février, ils essayèrent de sauver la monarchie. Occupant une situation prépondérante dans le Gouvernement provisoire bourgeois, les cadets menèrent une politique antipopulaire, contre‑révolutionnaire.

Après la victoire de la Révolution d’Octobre, les cadets furent des ennemis irréconciliables du pouvoir soviétique.

[8] La Conférence démocratique de Russie fut convoquée par le comité exécutif central des Soviets où prédominaient les menchéviks et les socialistes‑révolutionnaires, sous prétexte de régler la question du pouvoir, le vrai but étant de trouver un dérivatif à la poussée révolutionnaire grandissante. Fixée au 12 (25) septembre, elle fut ajournée et se tint à Pétrograd du 14 au 22 septembre (27 septembre‑5 octobre) 1917 avec plus de 1 500 participants. Les leaders menchéviks et s.‑r. firent tout le possible pour réduire le nombre de représentants ouvriers et paysans au profit des organisations petites‑bourgeoises et bourgeoises, qui s’y trouvèrent ainsi en majorité.

Le C.C. du P.O.S.D.(b.)R., à sa séance du 3 (16) septembre, décida de prendre part à la Conférence, et envoya aux organisations de base du Parti une circulaire indiquant qu’il fallait « réunir tous les efforts afin d’assurer la présence à la Conférence du groupe le plus nombreux et le plus uni possible ». En acceptant de participer à la Conférence, les bolchéviks voulaient en utiliser la tribune pour mettre en accusation les menchéviks et les s.‑r.

Dans sa lettre au Comité central, aux comités de Pétrograd et de Moscou du P.O.S.D.(b.) R., intitulée « les bolcheviks, doivent prendre le pouvoir » et dans la lettre au C.C. « Le marxisme et l’insurrection », Lénine détermina l’attitude des bolchéviks à l’égard de la Conférence démocratique.

La Conférence décida de former un Préparlement (Conseil provisoire de la République), qui devait donner l’impression que le régime parlementaire était instauré en Russie. Or, selonl’arrêté adopté par le Gouvernement provisoire lui‑même, le Préparlement ne devait jouer qu’un rôle consultatif A la réunion des bolchéviks participants à la Conférence démocratique, convoquée par le Comité central du Parti, il fut décidé par 77 voix contre 50 de prendre part au Préparlement.

Dans ses articles « Les champions de la fraude et les erreurs des bolchéviks », « Notes d’un publiciste », « Les erreurs de notre Parti » et « La crise est mûre », Lénine critiqua les erreurs tactiques commises par les bolchéviks vis‑à‑vis de la Conférence démocratique : il exigea que les bolchéviks quittent le Préparlement, en soulignant la nécessité de concentrer tous les efforts sur la préparation de l’insurrection, contra la position défendue par Kaménev et autres qui préconisaient la participation. Le 7 (20) octobre, le jour de l’ouverture du Préparlement, les bolchéviks donnèrent lecture d’une déclaration et quittèrent le Préparlement.

[9] Théâtre Alexandra : théâtre de Pétrograd où siégea la Conférence démocratique.

[10] Forteresse Pierre‑et‑Paul : forteresse située sur la Néva, en face du Palais d’Hiver ; sous le tsarisme servait de lieu de détention des prisonniers politiques ; possédait un énorme arsenal et était un point stratégique important de Pétrograd.

[11] La division sauvage fut formée pendant la guerre de 1914‑1918 à partir de volontaires recrutés parmi les peuples montagnards du Caucase du Nord. Le général Kornilov essaya de les utiliser comme fer de lance de son offensive contre Pétrograd.

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