Monde

Environnement, guerre en Syrie, terrorisme...

Les États Généraux de la réaction réunis à Paris

Publié le 30 novembre 2015

François Hollande a inauguré lundi matin le sommet COP21 au Bourget. Plus de 150 chefs d’État et de gouvernement s’y retrouvent actuellement afin d’élaborer, officiellement du moins, une solution pour limiter le réchauffement climatique mondial. Mais les couloirs du sommet seront surtout le lieu de nombreuses rencontres officieuses entre différents dirigeants, les uns les plus réactionnaires que les autres, avec Hollande et Valls au premier rang. À l’ordre du jour en off, donc, la guerre en Syrie, la crise migratoire, le « terrorisme ». Dans un Bourget hautement militarisé et sur fond de mise en scène grandiose du régime français, la réaction s’invite ainsi à Paris pendant deux semaines pour gérer ses plus chauds dossiers.

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Ivan Matewan

Paris, centre de décision du monde

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Voilà les chefs d’État et de gouvernement de plus de 150 pays réunis en France pour la 21ème conférence des Nations unies sur le climat. Les principaux dirigeants impérialistes d’Europe et d’Amérique du Nord, ainsi que les représentants des régimes les plus réactionnaires comme le président turc Recep Tayyip Erdogan, la vice-présidente iranienne Masoumeh Ebtekar, le roi d’Arabie saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud ou encore le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, sont alors arrivés entre dimanche et lundi au Parc des expositions de Paris-Le Bourget placé sous très haute surveillance avec environ deux mille gendarmes et militaires sur place.

Les bourreaux de la Syrie, de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Grèce, de l’Ukraine ou du Kurdistan ont alors ouvert la conférence mondiale sur le climat sous le patronage de Hollande, en observant une minute de silence en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis. Hollande a ensuite rappelé dans son discours d’ouverture qu’il ne fallait surtout pas opposer la lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre le terrorisme. « Il s’agit de décider, ici même à Paris, de l’avenir de la planète » a-t-il résumé. Ainsi, Hollande cherche à faire de cette rencontre l’occasion de régler un certain nombre de dossiers internationaux – sur le climat, la guerre en Syrie, le terrorisme, la crise migratoire – et à positionner la France comme fer-de-lance, faisant de Paris l’espace de quinze jours le centre de décision du monde.

Des réponses au réchauffement climatique ?

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Le premier enjeu de la COP21 est de trouver des réponses au réchauffement climatique. Les 195 pays réunis cherchent un accord qui permettrait d’éviter une augmentation de température de plus de 2°C à l’échelle mondiale, au-delà de laquelle on aura dépassé le point de non-retour avec des conséquences catastrophiques pour la vie sur terre. Les données les plus récentes dressent un tableau catastrophique. Selon l’Organisation mondiale de l’environnement, en 2014, on a battu tous les records : les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 143 % par rapport aux émissions de la période pré-industrielle. De tels niveaux d’émissions entraînent des hausses des températures exponentielles, jusqu’à 7°C selon certaines estimations, lesquelles rendraient la terre invivable.

Si la plupart des dirigeants sont d’accord en paroles sur l’urgence que représente le réchauffement climatique qui nous pousse véritablement vers l’abîme, les solutions proposées en acte sont loin d’être suffisantes. En effet, les gouvernants cherchent à tout prix à favoriser les intérêts des grands groupes industriels et énergétiques de leurs pays. C’est ainsi qu’Obama peut reconnaître la part de responsabilité des États-Unis, tout en voulant faire payer les coûts de la « transition énergétique » aux pays périphériques comme l’Inde et le Brésil. Si Hollande adopte un ton plus dur, en annonçant son désir de voir adopter un accord « universel et contraignant », sa position n’est pas sur le fond très différent de celle d’Obama.

En face, les pays communément appelés les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) refusent eux de supporter les frais d’une crise à laquelle ils n’auraient pas contribué à créer et affirment qu’ils devraient être libres de laisser développer leurs économies sans contrainte. Malgré les belles paroles des uns et des autres, il y a peu de chance qu’un quelconque accord réellement capable de résoudre la crise écologique à la hauteur des enjeux soit trouvé, les intérêts économiques primant tout naturellement sur la nécessité de protéger l’environnement dans une société fondée sur la course aux profits.

Poursuite du marathon diplomatique de Hollande

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Hollande compte également poursuivre le marathon diplomatique qu’il a entamé la semaine dernière en s’entretenant avec bon nombre de chefs d’État, notamment en ce qui concerne la lutte contre Daech. Malgré l’adoption triomphante d’une résolution légitimant « toutes les mesures » dans la guerre contre Daech en Syrie et en Irak à l’ONU, les résultats de sa tournée diplomatique sont mitigés et le président français a dû revoir ses ambitions légèrement à la baisse.

Si le Premier ministre britannique David Cameron se dit favorable à une plus étroite collaboration en Syrie et a demandé lundi que le Parlement de Westminster approuve des frappes en Syrie, la grande coalition que Hollande espérait réunir autour de lui ne semble pas prendre forme. En effet, les partenaires de cette « coalition unique » ne parviennent pas à un consensus sur les objectifs politiques de leur intervention, tant et si bien que Hollande se voit obligé de parler désormais de simple « coordination » des frappes. Obama, quant à lui, continue à maintenir sa stratégie de guerre principalement aérienne, alors qu’Angela Merkel a annoncé que l’Allemagne ne participerait pas aux bombardements en Syrie. Les prochains jours seront donc parsemés, pour Hollande, de rencontres en tête à tête avec les différents dirigeants présents à Paris pour poursuivre ses efforts de rapprochement, avec l’espoir de faire pencher la balance en faveur de sa politique guerrière.

Néanmoins, cela est loin d’être gagné d’avance. Les tensions sont grandissantes entre la Russie et la Turquie, qui a récemment abattu un avion militaire russe, entre l’Union européenne et l’État d’Israël, qui vient de suspendre le rôle de l’UE dans le soi-disant « processus de paix » avec la Palestine, ou encore entre la Russie et les États-Unis, qui ne souhaitent pas d’un rapprochement avec cette dernière dans le cadre des opérations militaires en Syrie. Mais alors que Hollande et Poutine sont en train de se rapprocher en ce qui concerne le dossier syrien, l’Union européenne, elle, est en train de se rapprocher de la Turquie, avec qui elle vient de retrouver un accord pour tenter de freiner les migrations sur le continent européen. En échange de trois milliards d’euros, la Turquie devrait sécuriser ses frontières et voir les négociations concernant son adhésion à l’Union européenne facilitées. Un plan d’action qui a déjà payé dès le lendemain de la signature de l’accord : 1300 migrants s’apprêtant à traverser la mer Égée pour rejoindre les îles grecques ont été arrêtés lundi. Un exercice d’équilibriste diplomatique pour le moins délicat pour Hollande, donc…

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