Société

Petite histoire d’équation

Les États-Unis en pleine paranoïa : comment faire des maths peut vous confondre avec un terroriste.

Publié le 10 mai 2016

Un avion de la compagnie aérienne American Airlines a décollé avec plus de 2 heures de retard jeudi dernier de l’aéroport de Pennsylvanie aux États-Unis. Une passagère a fait stopper le vol pour avoir confondu un économiste italien en train de résoudre des équations différentielles, avec un terroriste qui écrivait un « code secret ».

Un économiste italien de renom a été soupçonné de terrorisme par sa voisine de siège, lors d’un vol rapide entre Philadelphie et Syracuse aux États-Unis. Le vol, qui en théorie ne devait prendre que 41 minutes seulement, a pris, grâce aux soupçons, plus de deux heures de retard. En effet, le vol 3950 s’apprêtait à décoller et roulait vers la piste de décollage quand une passagère l’a fait arrêter, se disant être malade et ne pouvant pas réaliser le vol. L’avion est pourtant resté sur le tarmac pendant près de trente minutes et s’est dirigé vers la porte d’embarquement.

Une fois au sol, la passagère a fait part de ses suspicions aux membres de l’équipage. Cet homme brun, ayant la quarantaine, cheveux frisés, avec un accent étranger et qui griffonne des signes incompréhensibles sur un carnet de notes, est probablement un terroriste et serait en train d’écrire un code secret !

Il s’agissait en fait de Guido Menzio, un économiste d’origine Italienne de renom, professeur de l’Université de Pennsylvanie, et qui travaille sur une équation différentielle sur laquelle repose un modèle mathématique sur l’établissement des prix. Guido Menzio a été décoré de la médaille Carlo Alberto qui récompense le meilleur économiste italien de moins de 40 ans. Après avoir clarifié la situation, l’économiste est retourné à sa place pour terminer son voyage. Sa voisine en revanche n’a pas eu cette chance-là. La compagnie a préféré lui rembourser son billet.

Des incidents qui tendent à se banaliser

Un passager de 26 ans a été débarqué d’un vol interne de SouthWest Ailines au départ de Los Angeles et à destination d’Oakland car une passagère l’avait entendu parler en arabe. L’individu en question, Khairuldeen Makhzoomi, est un réfugié d’origine irakienne arrivé aux États-Unis en 2010, étudiant à l’université de Californie. Il a été interpellé lorsqu’il passait un coup de téléphone à son oncle et il a fini son appel par « inchallah ». Quelques jours auparavant, l’étudiant avait assisté à un discours de Ban Ki-moon (secrétaire général des nations unies) et il a même eu le courage de lui poser une question devant toute l’assistance sur l’État islamique. Fier de son intervention, l’étudiant a décidé d’appeler son oncle pour lui raconter son expérience… Erreur, Khairuldeen a été interrogé d’abord par les membres de l’équipage après avoir été « dénoncé » par une passagère, mais son histoire ne s’arrête pas là. Il a ensuite été fouillé en public puis mise à l’écart et interrogé par trois agents du FBI. Malheureusement, l’étudient n’était pas un renommé économiste et il a dû prendre un autre avion après remboursement de son billet, cette fois-ci chez delta Airlines, mais avec huit heures de retard.

Zahra Biloo, est responsable du bureau de San Francisco du conseil sur les relations américano-islamiques, elle est en mesure d’affirmer qu’il il y aurait au moins six autres cas de musulmans débarqués de leur vol depuis le début de l’année. C’est notamment le cas de la compagnie Southwest Airlines qui a fait descendre la semaine précédente, un autre passager de l’un de ses vols au départ de Chicago.

« Nous craignons que les musulmans soient confrontés à de plus en plus de contrôle et de harcèlement sans fondement quand ils tentent de voyager » à ajouter Zahara Billo.

Le phénomène Trump un bouillon de culture pour les idées réactionnaires

Depuis la banalisation faite par Donald Trump du discours et des idées xénophobes, misogynes et réactionnaires pour obtenir le vote de la droite la plus conservatrice (WASP) et des ouvriers blancs américains, on remarque une augmentation des cas de « paranoïa » dans la population notamment, dans les aéroports (ajoutés aux souvenirs du 11 septembre). Les attentats de Paris n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu d’une société qui est confronté à un malaise lié aux conséquences de la crise économique et à celles que posent la perte de l’hégémonie américaine à l’échelle mondiale. Cela se traduit par une polarisation sociale, avec d’une part la montée en puissance de Trump chez les républicains et d’autre part la candidature de Sanders, l’outsider du parti démocrate, qui se qualifie comme étant socialiste avec un énorme succès auprès de la jeunesse.

Les immigrés, les mères isolés et surtout les afro-américains qui peinent à trouver un emploi sont les premières victimes de ce discours politique qui vise à attiser les peurs d’une Amérique profonde énormément touchée par la désindustrialisation et le manque de perspectives. En revanche, la démagogie nationaliste et protectionniste de Trump a justement pour objectif de contenir et de canaliser ces peurs. Il multiplie ainsi les promesses de retour des emplois « partis » en Chine et au Mexique et propose de déporter les 10 millions d’immigrants illégaux qui peuplent les États-Unis. Trump incarne cette volonté de conserver coûte que coûte les bases de la domination et de l’empire américain. Cependant, l’entêtement de la bourgeoisie américaine à sauvegarder ses intérêts économiques ne peut que dégrader la situation des classes laborieuses à l’intérieur du pays. Si cette Amérique profonde veut changer son sort, elle doit prendre conscience que leurs meilleurs alliés ce ne sont pas ni les Sanders, ni les Clinton et encore moins les Trumps. Leurs meilleurs alliés se sont les immigrés, les mères isolées, les afro-américains victimes des diatribes de Trump et tous les travailleurs qui habitent sur le sol des États-Unis.

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