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Notre classe

Le bras de fer continue

Les GM&S bloquent le site de Renault Villeroy alors que les constructeurs veulent faire capoter la reprise

C’est dans un contexte de fortes tensions que 130 salariés bloquent actuellement le site de Renault Villeroy, dans l’Yonne : PSA comme Renault renâclent à donner les garanties pour que le site puisse avoir un avenir. Cependant, les salariés restent déterminer à obtenir le plus de reprises de postes possible.

Six mois de lutte, de blocages, d’actions coups de poing, de grève et d’occupation de leur usine : voilà ce qu’il aura fallu pour les 277 salariés de GM&S deviennent une des préoccupations centrales du gouvernement, qui ne veut pas laisser un conflit social entacher sa feuille de route de démantèlement du code du travail. Cependant, derrière la volonté des constructeurs PSA et Renault de faire couler un site industriel dont les qualités sont indéniables, il y a aussi les vies des 277 familles des salariés de l’entreprise creusoise d’emboutissement GM&S, qui est le deuxième employeur du département. Si le site a aujourd’hui des atouts que beaucoup d’autres entreprises du secteur automobiles n’ont pas, la volonté des constructeurs est claire : ils veulent faire couler une entreprise car pour l’heure, elle reste un vestige d’une ancienne organisation du travail. Une entreprise sans intérimaires (quand les effectifs atteignent parfois la moitié des salariés dans certains sites du secteurs), intégrée (c’est à dire capable de réparer ses outils, de répondre à des appels d’offre) et où les salariés savent combattre pour leurs droits et leurs acquis, grâce à des syndicats combatifs. De ce genre d’entreprise, qui ne serait pas totalement soumise aux volontés de Carlos Tavares et Carlos Ghosn, les actionnaires du CAC40 n’en veulent plus. Surtout quand ils voient comment les salariés ont réussi à devenir le principal sujet social de ce début de quinquennat.

C’est pourquoi, malgré certains « engagements » qu’ils avaient pu prendre lors de précédentes négociations, PSA et Renault font actuellement tout pour faire capoter le projet de reprise par le leader de l’emboutissage en France, le stéphanois GMD. En effet, dans le plan initial, PSA, Renault et l’Etat devaient investir chacun 5 millions d’euros dans l’usine. Et selon plusieurs sources, PSA renâclerait à lâcher ces 5 millions, poussant GMD à mettre entre parenthèses son offre de reprise. De plus, comme l’explique Franck Cariat, de la CGT-GM&S, « une reprise avec 120-130 salariés ce n’est pas viable avec l’usine de la Souterraine. On coulera dans peu de temps ». C’est pourquoi les salariés se battent encore et toujours pour obtenir plus de reprises de postes. Mais le nombre de postes repris dépendra avant tout du chiffre d’affaire annuel que voudront bien céder PSA et Renault. Pour l’instant, les deux entreprises refusent toute augmentation de leurs commandes, mais s’engagent à les laisser pendant cinq ans à leur niveau actuel, c’est à dire 10 millions pour Renault et 12 millions pour PSA. Pour faire marcher l’usine et lui donner un avenir qui dépasse les cinq prochaines années, il faudrait un chiffre d’affaire annuel de près de 40 millions, ce qui correspondrait à la reprise de 260 salariés.

C’est pour obtenir cette hausse des commandes que les salariés bloquent actuellement le site de logistique de Renault Villeroy (Yonne), qui assure la livraison de pièces détachées partout dans le monde. Dès 8 heures ce mardi 18 juillet au matin, 120 salariés sont descendus de leurs cars pour bloquer toute entrée ou sortie de marchandise du site, soutenus par la CGT Renault Villeroy et la CGT Renault Cléon. A 18 heures, c’était près d’une centaine de camions qui attendaient leurs livraisons. Bloquer une usine et ses revenus : voilà le seul moyen de se faire entendre par Renault, qui ne veut pas entendre parler d’une hausse de ses commandes chez le Creusois, alors qu’il y a moins de cinq ans, celles-ci étaient deux fois supérieures. La question du chiffre d’affaire est, contrairement à ce que tentent d’expliquer la majorité des médias, la principale question pour la reprise. Comme l’explique Jean-Marc Ducourtioux, délégué du personnel CGT : « quand PSA dit qu’il veut investir 4 millions d’euros dans des outillages de presse, ce qu’il faut savoir c’est que [quand on est en affaire] les outillages de presse, les donneurs d’ordre nous les payent déjà. C’est juste de la poudre aux yeux. »

Ce que je demande à l’État, c’est qu’il demande à Carlos Tavares [PDG du groupe PSA] pourquoi il veut faire mourir cette entreprise, a demandé Jean Marc, le délégué CGT CHSCT du site

Dans ce bras de fer entre les salariés et leurs donneurs d’ordre, l’Etat semble vouloir avant tout temporiser et éviter que GM&S ne soit un nouveau PSA Aulnay ou un nouveau Goodyear-Amiens. L’Etat, qui est actionnaire des deux constructeurs automobiles, cherche donc surtout à montrer une façade de dialogue et de négociation, quand derrière il n’y a en réalité aucune avancée sur le dossier. Face à ces géants industriels, pour lesquels un chiffre d’affaire de 40 millions par an ne serait pas grand chose (le chiffre d’affaire de Renault était de 51,2 milliards d’euros en 2016 ; 54 milliards pour PSA), seule la solidarité entre les salariés du même secteur semble pouvoir être un moyen de pression pour les GM&S. En effet, un appel national à une grève de solidarité avait été lancé par la fédération Métallurgie CGT pour le mardi 18 juillet. Cependant, les quelques débrayages n’ont pas permis de donner au mouvement une ampleur suffisante. Si l’appel tardif à la grève, qui n’a pas permis de préparer ces mouvements, et l’approche des vacances se fait ressentir, c’est bien dans cette logique que les salariés de GM&S pourront durcir le rapport de force avec les constructeurs. Et la fédération CGT Métallurgie aura une grande responsabilité dans l’entreprise d’un tel mouvement.




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