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Notre classe

Solidarité internationale avec les femmes de chambre en lutte dans l’Etat espagnol

Les KELLYS, femmes de chambre, sur le pied de guerre contre la précarité et la sous-traitance

Las travailleuses du nettoyage de chambre d’hôtels de Barcelone, connues comme les KELLYS, sont actuellement en lutte car elles refusent que la précarité soit actée au sein de leur convention collective. Elles se battent pour l’unité et l’organisation des travailleurs de l’hôtellerie, ainsi que contre la sous-traitance.

Les patrons de l’hôtellerie profitent des reformes du code du travail que les gouvernements du Parti Socialiste (PSOE) et de la droite (Parti Populaire) ont mis en place pour précariser encore plus les conditions des travailleurs et travailleuses de ce secteur. Un exemple frappant de ces réformes est l’utilisation des entreprises multi-services qui s’appuient sur des conventions collectives d’ultra exploitation pour sous-traiter des aspects centraux de l’activité de l’entreprise, comme le nettoyage.

La sous-traitance implique une inégalité au travail énorme qui a des conséquences sur le salaire, mais aussi sur les droits, sur la représentation syndicale, etc. Et ce n’est pas un hasard. C’est précisément le point clé de la sous-traitance : les entreprises multi-services sont compétitives d’un point de vue capitaliste puisqu’elles soumettent les travailleurs à des conditions de travail dégradées, en même temps qu’elles sèment la division, en créant une situation où il y a des travailleurs de première zone et des travailleurs de seconde zone.

Une fois que la sous-traitance est mise en place, les conséquences ne se font pas attendre : augmentation de la charge de travail, non respect et diminution des temps de pauses, salaires réduits à la moitié de ce qu’ils devraient être… De plus, avec la sous-traitance les travailleuses du nettoyage sont payées à la tâche. Cette situation a des conséquences néfastes pour la santé, avec des journées de travail très longues et très denses.

C’est la raison pour laquelle avec leurs revendications Las Kellys défendent le fait qu’il n’y a pas une bonne façon de sous-traiter : « sous-traiter se traduit dans la dérégulation de ce qui était régularisé, et dans l’éclatement des droits du travail. Notre position face à la sous-traitance des femmes de chambre c’est qu’on parle d’une fraude de l’entreprise, étant donné qu’on fait une activité indispensable pour eux. C’est alors une cession illégale des travailleuses avec de gravissimes conséquences pour nous. Et la difficulté à démontrer cette situation de surexploitation retombe sur nous. Ce qui nous laisse sans défense ».

Une double bataille : contre les patrons, mais aussi contre la bureaucratie syndicale… pour l’unité des travailleurs et travailleuses !

L’organisation et la lutte des travailleurs et travailleuses du secteur pour combattre les patrons de l’hôtellerie sont fondamentales. Mais les syndicats majoritaires, CCOO (Commissions Ouvrières) et UGT (Union Générale des Travailleurs), n’ont appelé qu’à des rassemblements ponctuels et routiniers sans chercher à faire véritablement face aux attaques, à la précarité et aux licenciements dont le patron a besoin et qu’il met en place.

Ces directions syndicales bureaucratiques ont l’habitude de négocier avec les patrons sans appeler aux assemblées générales dans les lieux de travail, et en annulant toute possibilité de mobilisation offensive contre les grands patrons. Ils ont refusé la pétition des « Kellys » qui demandait à pouvoir être présents dans les négociations !

Les « Kellys » demandent aux syndicats majoritaires de laisser les travailleurs et travailleuses décider d’un plan d’action pour imposer que la convention collective qui va être bientôt signée, intègre les revendications des différents secteurs de l’hôtellerie.

Elles l’ont exprimé clairement : « la lutte est celle de tout le secteur de l’hôtellerie et elle passe par l’unité, l’organisation et la convergence des différents secteurs ». C’est à ce moment-là qu’a émergé le hashtag #ValemosMasQueEsto (#OnVautMieuxQueÇa), une campagne dans l’ensemble de l’Etat espagnol, impulsée par des jeunes précaires des différents secteurs, les Kellys, mais aussi les travailleurs sous-traitants de Movistar, des travailleuses domestiques, des travailleurs et travailleuses de Telepizza, des travailleurs et travailleuses des services sociaux… Cette initiative a pour objectif de rendre visible les différentes luttes contre la précarité et de créer un espace d’organisation des travailleurs et travailleuses au-delà des étiquettes syndicales, pour construire l’unité contre l’ennemi commun, les patrons qui nous exploitent, quelque soit l’entreprise dans laquelle nous travaillons.

Un rassemblement le 31 mai et une campagne internationale qui se lance !

Parce que la précarité au travail est l’une des violences qui touche le plus les femmes travailleuses, parce qu’elles condamnent aux maladies professionnelles, aux bas salaires et à des conditions de travail très dégradées, les « Kellys » continuent sur le pied de guerre !

Le 31 mai, les syndicats majoritaires vont se réunir avec la direction pour les négociations concernant la convention collective de l’hôtellerie de la Catalogne. Les « Kellys » appellent à un rassemblement devant le siège, où vont se dérouler les négociations et invitent ceux qui travaillent dans le domaine de l’hôtellerie à y participer, car ce sont tous les travailleurs du secteur qui sont concernés !

De nombreux secteurs de travailleurs de l’Etat espagnol ont déjà exprimé leur soutien avec la lutte des « Kellys ». Depuis quelques jours, une campagne internationale de soutien a été lancée. En France, le secteur de l’hôtellerie est également un secteur touché par la précarité et la dégradation des conditions de travail. Actuellement, les femmes de chambre de l’Hôtel Campanile Tour Eiffel, à Paris, sont en grève depuis plus de dix jours pour l’amélioration de leurs conditions de travail et leurs salaires. Elles ont également envoyé un message de soutien aux « Kellys » en faisant une belle démonstration de solidarité par-delà les frontières !

Pour la fin de la précarité et la sous-traitance ! Pour l’unité de tous les travailleurs de l’hôtellerie, pour la défense de leurs droits !




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