Débats

Leninisme 2.0

Les articles de « dénonciation », une composante clé du projet Révolution Permanente

Publié le 9 septembre 2016

Suite au succès de l’article relayant la mort tragique de Jordy, mort de faim dans sa tente, ou encore l’article dénonçant l’attitude inqualifiable de la direction de la poste lorsqu’une de ces employées était en train de faire un AVC, nous revenons ici sur l’importance des articles dits de "dénonciation" et sur la démarche entreprise en juin 2015 avec le lancement de revolutionpermanente.fr.

Julian Vadis

Faire entendre la voix des exploités et des opprimés. Un outil pour lutter contre l’idéologie dominante

Avec près de 30 000 visiteurs en moins de 3 jours, l’article relayant l’histoire de Jordy, mort de faim dans sa tente en Belgique, a profondément ému et indigné nos lecteurs, comme en témoignent les centaines de commentaires sous la publication facebook. À l’instar de nombreux articles de dénonciation, l’objectif de faire connaître à large échelle les conséquences tragiques du système économique et politique actuel sur la vie de millions de personnes est en soi fondamental dans la démarche du site internet.

Dans leur article traitant de Révolution Permanente, et qui a donné lieu à l’ouverture d’un débat, les camarades d’Alternative Libertaire nous reprochaient de faire « d’un fait divers un fait politique ». Bien qu’il s’agisse d’un reproche, nous prenons cette affirmation comme des félicitations. En effet, pourquoi la mort d’un ouvrier ne serait-elle qu’un simple « fait divers » - d’autant plus que les morts au travail sont une réalité et non des exceptions - tandis que le décès de n’importe quel grand patron ou figure de l’idéologie bourgeoise serait un événement national, voire mondial ? C’est bel et bien parce que nous refusons ce postulat dicté par l’idéologie dominante selon laquelle la vie des travailleurs, des jeunes précarisés et de l’ensemble des exploités aurait moins de valeur que celles des dominants que nous relayons autrement ce que les médias traditionnels traitent comme des faits divers.

C’est dans la même logique que de nombreux autres articles de dénonciation sont publiés quotidiennement sur Révolution Permanente. Des violences policières dans les quartiers populaires à des articles donnant directement la parole aux protagonistes de luttes ou qui subissent des conditions de travail insupportables.

Le journal comme organisateur collectif de la lutte

« La base de l’information doit être les faits de l’usine, des champs, etc., de l’actualité politique nationale et internationale, clairement expliquée et analysée », affirme-t-on dans un des documents de la fondation de la IVe Internationale. C’est ainsi que les articles de dénonciation ont aussi pour vocation, pour les lecteurs qui le souhaitent, de renvoyer à d’autres articles, afin d’y trouver des analyses de la situation plus approfondies. Ainsi l’article sur Jordy a engendré environ 2 000 visites sur d’autres articles publiés sur Révolution Permanente, dont celui traitant de la rentrée universitaire et ses enjeux.

C’est ainsi que dans la logique du journal ouvrier tel que défini par Lénine, Révolution Permanente se veut avant tout être un organisateur collectif. Durant la mobilisation contre la loi travail, ces objectifs ont été en partie réalisés, en suivant pas à pas et par le biais de correspondants-militants sur le terrain ses débats et ses avancées.

De plus, le relais d’appels de centrales syndicales, comme dans le cas des Goodyear, tout comme la mise en évidence de cas emblématique d’injustice sur les lieux de travail - avec l’exemple d’une caissière licenciée pour une erreur de quelques centimes, sont autant d’articles allant dans ce sens. En effet, dans le cas de la caissière licenciée, la mobilisation et la pression médiatique autour de son cas - et Révolution Permanente y a, à son échelle, contribué – a permis d’obtenir une victoire. C’est dans cette optique que s’inscrit Révolution Permanente pour l’avenir : étendre toujours plus son aura pour être un véritable point d’appui pour les travailleurs et la jeunesse qui lutte, dans la droite ligne de travail militant effectué jusqu’ici et souligné par nos lecteurs eux mêmes.

Dans ses dénonciations ou dans son suivi des luttes et potentiel cadre d’élaboration, le journal se veut être un des porte-paroles de celles et ceux qui subissent la dictature patronale, dans tous ses aspects. L’exemple de la postière victime d’un AVC et dont la direction voulait coûte que coûte qu’elle continue de travailler est frappant. Cette affaire, relayée en fait divers, est en réalité la démonstration de l’exploitation exacerbée qu’instaure le patronat. Et les suites de l’affaire, avec la suspension du collègue qui a sauvé la vie de cette postière, enfonce le clou. Un exemple qui illustre à merveille la nécessité de se doter d’un journal de classe, défendant les intérêts des travailleurs et de jouer un rôle actif dans le soutien des exploités et des opprimés.

Tout comme le refus d’accepter la dénomination « faits divers » pour traiter des drames qui touchent les exploités et les opprimés, il est tout aussi inconcevable d’accepter un cadre de dénonciation et d’analyse cadrée par des frontières. Pour les camarades du Courant Communiste Révolutionnaire, à l’initiative de Révolution Permanente, l’internationalisme doit être une pratique militante permanente. C’est ainsi que la X° conférence de la Fraction Trotskyste Quatrième Internationale a dressé un bilan des 11 quotidiens lancés, en 5 langues différentes. Avec pour objectif, entre autre, de « développer des courants révolutionnaires dans le mouvement ouvrier, le mouvement étudiant, le mouvement féministe, chez les intellectuels, etc. » et porter la voix des exploités et opprimés à échelle internationale. S’inspirer, rapporter les luttes et les « faits divers » devenus des cas politiques est un élément central pour donner à nos luttes locales et nationales une autre coloration et une résonance : le cas de la mort d’Adama, comme avant lui, celles des afro-américains assassinés par la police aux États-Unis, sont traités pour la bourgeoisie dominante américaine ou française, comme de « simples faits divers »… jusqu’à que la dénonciation et la mise en mouvement des voix qui les portent ne leur fassent passer un autre stade : celui de dénoncer la racisme endémique des institutions et les meurtres policiers.

Révolution Permanente, un journal ouvert à tous les exploités et opprimés

L’un des objectifs de Révolution Permanente, à savoir construire un réseau de correspondants alimentant le site, a commencé à se développer. Bien entendu, tout est mis en œuvre pour le systématiser. Après tout, qui mieux que des travailleurs pour relayer la réalité des usines ? Qui mieux que des étudiants pour parler de leurs conditions d’étude de plus en plus précarisées ? Qui mieux que des personnes "racisées" pour décrire le racisme au quotidien et structurel dont ils sont victimes ? Qui d’autre que des femmes et les personnes LGBT pour transmettre la violence du sexisme et l’homophobie ?

En ce sens, nos tribunes sont plus que jamais ouvertes à nos lecteurs. Que cela soit pour des contributions au débat, des témoignages ou des articles de dénonciation, Révolution Permanente se veut être un espace d’expression pour l’ensemble de notre camp social, loin de la conception bourgeoise d’un journalisme soi-disant impartial et nécessairement réservé à une élite. Pour ce faire, toute contribution peut être envoyée à l’équipe de rédaction, via notre page facebook ou bien par mail.