Politique

Les vrais effets de la loi Macron

Les cars Macron vont droit dans le mur, leur créateur vers les présidentielles

Publié le 18 novembre 2016

C’était une des mesures phares de la loi Macron, adoptée à l’été 2015 à grands renforts de 49.3 (la loi travail n’a rien inauguré en ce sens) : libéraliser le secteur des cars pour les liaisons en France métropolitaine. Un an après, alors que le fondateur d’En Marche ait annoncé sa candidature, les lignes d’autobus se sont effondrées et ont montré un bien piètre bilan : peu de créations d’emplois, concurrence délétère avec le rail et une concentration énorme du secteur, qui promet une envolée prochaine des prix.

A. Bronstein

Le transport national de voyageurs par autocar avait été libéralisé par la loi Macron, passée en force en juillet 2015. Si la pilule avait eu du mal à passer à l’époque, ladite loi étant considérée – à juste titre – comme un fourre-tout comprenant tout un ensemble d’attaques faites aux droits des travailleurs, ses premiers effets sont tout aussi douloureux. Les « cars Macron », vendus alors comme une issue au chômage de masse, sont une illustration des effets de cette loi, qui a grandement déblayé le terrain à la loi travail par la suite dans la logique d’attaque systématique des acquis des travailleurs.

Le nouveau candidat à la présidentielle avait alors annoncé que la libéralisation du transport en autocar allait permettre la création de 22000 emplois et de desservir les régions les plus enclavées, mais la réalité est bien moins reluisante. Sur les cinq opérateurs initiaux, ils ne sont plus que trois à se partager les quelques lignes les plus rentables (dont Isilines et Ouibus qui sont rattachés à des groupes publics, la Caisse des Dépôts et la SNCF). L’autocariste Mégabus, sous-traitant de l’entreprise Flixbus, est quant à lui aujourd’hui en faillite, car le groupe allemand a mis fin au contrat. 175 travailleurs vont donc perdre leur emploi. Cette concentration du secteur, loin de « favoriser les entrepreneurs » comme le voulait l’ancien ministre, s’est faite notamment grâce à des prix particulièrement bas, autour de 4 centimes le kilomètre. Maintenant que quelques entreprises sont en train de constituer un monopole, on peut s’attendre à ce que les prix s’envolent à nouveau, une fois les lignes les plus rentables dans les mains de deux ou trois compagnies. Loin de rendre les transports plus accessibles au public, cette logique cherche avant tout à concentrer les profits dans les mains de quelques actionnaires.

De surcroit, l’introduction de ces lignes a servi de prétexte à la SNCF pour supprimer de nombreuses petites lignes, déclarées « non rentables » après que la même SNCF ait lancé des lignes de car sur le même trajet, lignes qui seront sûrement supprimées dans peu de temps, quand elles ne seront « plus rentables ». Ces résultats accablants nous montrent une fois encore que la logique de rentabilité détruit les services qui devraient être accessibles à tous, tels que les transports, mais aussi et surtout que ce sont les travailleurs qui en font les frais !

L’énarque, ex-banquier chez Rothschild, mais qui tente malgré tout de se présenter à la présidentielle comme un candidat antisystème, aura du mal à nous faire croire qu’il n’est pas, à l’inverse, un candidat ultra-libéral, ennemi de notre classe, lorsqu’on voit les effets de sa loi, 15 mois après qu’elle ait été promulguée.