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Notre classe

33ème jour de grève perlée

Les cheminots de l’intergare envahissent les sièges Keolis et Transdev pour dénoncer l’ouverture à la concurrence

En ce 33ème jour de grève, les cheminots de l’intergare parisienne avait décidé d’une action coup de poing contre les entreprises qui seront peut être leurs futurs employeurs avec l’ouverture à la concurrence.

Sidération : on ne peut décrire autrement la réaction des dirigeants de Transdev (une entreprise détenue par la caisse des dépôts) lors de l’envahissement d’une réunion de direction de l’entreprise multinationale par des cheminots grévistes. Transdev possède plusieurs lignes de tramway en France ainsi qu’Eurolines, et c’est surtout une des entreprises sur la brèche pour l’ouverture à la concurrence de la SNCF. Dans le siège social envahi, Karim Dabaj, délégué SudRail au Technicentre du Landy rappelle que «  Transdev a été parmi les premiers à se positionner sur le marché en se proposant de racheter les 30 000 mécanos de la SNCF. Ils ont les dents longues ; c’est peut-être notre prochain employeur, qui milite actuellement pour l’ouverture à la concurrence avec transferts de personnels. On est venu expliquer à Transdev, qu’être transférés chez eux ça ne nous intéresse pas, et qu’on veut garder notre statut. » Face aux cheminots en colère, peu de réaction dans la direction de l’entreprise détenue à 70 % par l’État, qui se veut être un des principaux opérateurs du rail français privatisés dans quelques années.

Du siège social de Keolis dans le 9e arrondissement, la centaine de gréviste change rapidement de cible, pour aller envahir un autre opérateur privé du rail, Transkeo, à Issy-les-Moulineaux. Ici aussi, la direction est médusée par ces grévistes qui viennent leur rappeler, comme nous l’explique Anasse Kazib, délégué SudRail au triage du Bourget, « qu’on va leur faire la guerre. La concurrence et le transfert de personnel nous on le refusera, quelque soit le résultat de la bataille contre la réforme ferroviaire. On acceptera jamais les transferts de personnels, la casse des conditions de travail. » Alors que les grévistes prennent la parole devant le bâtiment, les salariés, qui sont sortis ou aux fenêtres, écoutent attentivement le message des grévistes. Certains applaudissent même les cheminots, qui continuent à chanter « on est là ! Même si vous ne le voulez pas, nous on est là ! Pour l’honneur des cheminots et l’avenir de nos marmots, même si vous ne le voulez pas nous on est là ! ».

Ces deux actions conjointes se déroulent alors que la CFDT et l’Unsa ont officiellement quitté l’intersyndicale, Laurent Berger (CFDT) annonçant que sa centrale avait « fait le travail pendant le processus parlementaire pour améliorer [le projet de loi], même s’il ne nous convient pas dans sa philosophie  », tandis que l’Unsa a elle annoncé qu’elle préférait « se concentrer sur la négociation de la convention collective  ». Pour Anasse, la trahison des deux centrales syndicales ne passe pas : « les grèves continueront en été, et même à la rentrée. On était une centaine aujourd’hui à Paris Nord parce qu’on a lancé les AG de services qui ont rassemblé beaucoup plus de monde. On essaye de faire prendre conscience aux cheminots qu’après la trahison de la CFDT et de l’Unsa le manque d’ambition de Laurent Brun, il faut continuer à se battre, alors que l’intergare continue la lutte, sans accepter la non-stratégie des directions syndicales  ».

Pour le syndicaliste de Paris Nord, la logique de négociation de la convention collective est un pis-aller, surtout quand il voit que « (Transdev et Keolis font barrage dans l’UTP [le Medef du transport] dans les négociations sur la convention collective pour avoir un texte au ras des pâquerettes pour ne pas transposer les anciennes conditions à tous les travailleurs du rail  ». Dans tous les cas, les patrons de Transdev et Keolis seront prévenus ; comme le dit un syndicaliste lors de l’action : « le jour où ils chercheront à récupérer une ligne, on sera là pour mettre en grève les cheminots pour les en empêcher ».




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