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Les conditions de travail déplorables des salariés de Ryanair exposées après une série de témoignages

Cascade de démissions, pilotes sous pression constante, hôtesses et stewards mis en compétition les uns contre les autres, mépris de la part des supérieurs, congés maladie interdits, syndicats inexistants, contestation muselée : à la suite d'une série de témoignages d'ex-salariés de la firme aérienne low-cost Ryanair, les conditions de travail déplorables des salariés de la firme sont mises au jour.

Crédits photo : DDM archives

1000 euros par mois, c’est le revenu net des employés de cabine de Ryanair, qui travaillent 40 heures par semaine. Et cette situation n’est qu’un exemple des multiples témoignages qui sont récemment remontés, de la part des salariés de Ryanair, à propos de leurs conditions de travail.

On y apprend par exemple, que le temps de préparation des vols pour les pilotes y est moitié moins long que la norme, et que les cadences sont extrêmement soutenues. Les vols s’enchaînent les uns après les autres avec peu, ou pas, de répit entre eux pour les pilotes, à tel point que certains d’entre eux n’ont même pas le temps de dormir. Dans un témoignage en particulier, on apprend qu’il est déjà arrivé à de multiples reprises que pilote et co-pilote s’endorment tous deux en même temps, en plein vol. Vienent noircir encore un peu plus le tableau les remontrances constantes de la part des supérieurs envers les salariés de la firme, dans laquelle la moindre minute de retard ou la moindre erreur peut entrainer des conséquences disproportionnées, jusqu’à l’entretien disciplinaire. Dans un autre témoignage, on apprend que les ventes en vol de chaque hôtesse et steward sont rendues publiques sur un tableau dans les locaux. Une pratique qui, en plus d’être humiliante pour les salariés, s’ajoute à des sanctions pour les moins performants, qui peuvent aller jusqu’au licenciement.

Les employés hors pilotes, qui pour la plupart sont intérimaires, reçoivent des salaires de misère, et n’ont pas droit aux congés maladie : si un salarié est malade, alors il n’est pas payé. Une pratique illégale dans de nombreux de pays européens où Ryanair opère, mais bien légale en Irlande, où le siège principal de la firme est enregistré. Même si plusieurs salariés ont déjà demandés à ce que la firme respecte la loi des pays dans lesquels elle opère, opposer une véritable contestation à la direction s’avère difficile, et pour cause : les salariés jugés trop bruyants sont bien souvent licenciés ou même poursuivis en justice, et la direction ne reconnaît aucun syndicat. Dans ces conditions, difficile de faire entendre des revendications.
La direction de Ryanair se trouve aujourd’hui confrontée aux conséquence de sa politique : plus de 20 000 vols ont été annulés pour l’année prochaine, notamment à la suite de la démission de nombreux pilotes.

Le groupe, qui a officiellement déclaré que les faits évoqués à travers ces témoignages étaient faux, a cependant proposé des augmentations de salaire à ses pilotes. De là à penser que la direction de la firme sait pertinemment qu’elle a quelque chose à se reprocher, il n’y a qu’un pas. L’offre a été refusée par les pilotes de la firme, qui exigent à la place de meilleures conditions de travail et réfléchissent à la création d’un syndicat. Des mesures concrètes qui, si elles sont effectivement mises en place, pourront enfin permettre aux salariés de faire entendre leur voix face à une direction qui semble décidée à les écraser.