Notre classe

Vers un dialogue social dans les hôpitaux

AP-HP. Les directions syndicales prêtes à un sauvetage du soldat Hirsch ?

Publié le 18 juin 2015

La direction de l’AP-HP change de tactique et parie sur le « dialogue social » avec les organisations syndicales, pendant que les salariés continuent de réclamer le retrait pur et simple du projet de loi Hirsch et réussissent une nouvelle journée de mobilisation. La manœuvre de la direction marchera-t-elle ou pas ? La balle est dans le camp des directions syndicales…

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Encore une journée de mobilisation dans les hôpitaux ce jeudi. La direction a beau annoncer des chiffres à la baisse, le contexte est que les réquisitions de salariés grévistes rendent très difficile toute comptabilité du nombre réel de grévistes. La réalité est que, quoique un peu plus petit que la dernière fois, le rassemblement devant le siège a exprimé une fois de plus la colère des hospitaliers et leur détermination pour imposer le retrait pur et simple du Plan Hirsch.

Bien loin de « l’apaisement » que la direction de l’AP-HP voudrait afficher depuis la réunion à huis-clos de plus de sept heures avec les syndicats la veille de la journée de mobilisation, l’ambiance était bel et bien à la poursuite du mouvement. « Ni amendable, ni négociable, retrait, retrait du Plan Hirsch ! » Tel était le mot d’ordre scandé par les manifestants. Un mot d’ordre qui se répand bien au-delà des seuls rassemblements devant le siège…

Bretonneau : la direction se moque des salariés et fait monter la température

Le vernissage organisé par la direction à l’Hôpital Bretonneau ce mercredi 17 juin, en plein milieu du mouvement social, a été interprété par le personnel comme une provocation. Les salariés avaient donc prévu de venir « gâcher la fête » de leur hiérarchie et, dans un esprit de solidarité, avaient le projet de se saisir de tous les petits fours servis à l’occasion pour offrir un repas digne à ceux qui en ont le plus besoin en ce moment, les migrants campés pas très loin de l’Hôpital, au Jardin d’Eole.

Ayant été prévenue que le personnel mobilisé préparait une action, la direction n’est pas venue au vernissage. Mais elle a laissé entendre, en profitant de la bonne foi des salariées, que les fameux petits fours avaient été payés non pas par elle mais par les artistes. Cela n’a pas empêché les travailleuses présentes à l’occasion de prendre la parole pour dénoncer le Plan Hirsch et se solidariser des migrants, ni d’organiser une collecte auprès des collègues pour aller leur apporter de la nourriture.

Cependant, lorsque les salariées ont appris que le coup des petits fours achetés par les artistes était un pur mensonge de la direction, elles n’en sont pas revenues et se sont dit que plus jamais elles ne croiraient la direction sur parole, ni celle de Bretonneau, ni celle de l’AP-HP !

Beaujon : une réunion de cadres interrompue par les manifestants

Après le rassemblement, les salariés de l’AP-HP n’avaient visiblement pas envie de rentrer chez eux. La tenue d’une réunion de cadres à l’Hôpital Beaujon à Clichy (Hauts-de-Seine) a été l’occasion d’exprimer leur détermination. La police n’ayant pas été prévenue à temps pour empêcher leur entrée dans l’enceinte de l’hôpital, le personnel mobilisé a pu non seulement perturber mais directement empêcher la poursuite de la réunion des cadres.

Changement de tactique de la direction

La direction de l’AP-HP et le gouvernement se voient obligés de prendre en compte cette combativité. Martin Hirsch propose désormais un « nouveau calendrier de négociations », en partant de la reconnaissance de « l’ampleur du mouvement social sur l’institution ». Le gouvernement parle à son tour « d’erreur tactique » de la part du directeur de l’AP-HP, concernant le fait d’avoir annoncé devant la presse le contenu des mesures qu’il proposait avant toute concertation avec les syndicats.

Le gouvernement et la direction semblent contraints à changer de méthode. Pour paraphraser l’autre, « Je vous ai entendus ! » semble dire Hirsch, qui propose un relevé de conclusions à la suite de la réunion tenue avec les syndicats qui les engage dans « la négociation sociale sur la base d’un nouveau document de travail préparé par la direction ».

Sur le contenu de ce nouveau document on ne sait strictement rien. On sait juste qu’il serait le résultat d’une négociation durant jusqu’à l’automne et qu’il devra être approuvé par des organisations syndicales représentant au moins 50% du personnel lors des dernières élections professionnelles. Une ouverture claire vers le fameux « dialogue social » pour essayer de faire baisser la tension et d’ouvrir des brèches au sein de l’intersyndicale. Les souvenirs de la négociation de l’Accord National Interprofessionnel (ANI) sont toujours frais…

Les directions syndicales prêtes à un sauvetage du soldat Hirsch ?

Cet apparent recul du gouvernement et de la direction de l’AP-HP n’est que le résultat du rapport de forces imposé par le personnel hospitalier en lutte depuis plusieurs semaines. Ce rapport de forces pose les conditions pour le retrait pur et simple du projet de loi sur la réorganisation du travail dans les hôpitaux, et commence même à mettre en danger la position de Hirsch en tant que directeur de l’AP-HP. Ce n’est pas pour rien que Le Parisien parle du changement d’attitude de la direction dans les termes d’« une main tendue pour une tête sauvée ».

Les déclarations des représentants de Sud et de la CGT selon lesquelles Hirsch se serait montré « plus à l’écoute que jamais » lors des négociations de ce mercredi, parlant d’une « avancée », semblent indiquer que les directions sont prêtes à accepter le deal. Il faudra voir si cette décision d’accepter désormais de négocier « gentiment » avec celui qui est vu comme quelqu’un qui s’est moqué de tout le personnel de l’AP-HP rentrera ou non en contradiction avec l’état d’esprit des salariés à la base.

Miser sur l’apaisement pour l’ouverture d’un processus de négociation pendant l’été, sans la pression du mouvement et avec la tête de Hirsch bien sur ses épaules, ou profiter de cet aveu de faiblesse de la direction et renforcer la mobilisation en vue du 25 juin de façon à faire tomber Hirsch et toutes les éventuelles variations de son projet ? Telle est la question qui se pose maintenant aux salariés de l’AP-HP et à leurs organisations.

19/06/15