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Monde

Quelques leçons du Levant

Les étranges fréquentations de Marine Le Pen au Liban

Le voyage de Marine Le Pen au Liban, lundi et mardi, est à lui seul extrêmement représentatif de la situation dans laquelle se trouve le parti d’extrême droite à la veille de la présidentielle : velléités de normalisation, vieux démons fascistes et casseroles à gogo, le pays du Cèdre a été un joli prisme de ce qu’est le FN. Ciro Tappeste

Elle avait erré des heures durant dans la Trump Tower, à New York, sans pouvoir rencontrer le nouveau président américain. Cette fois-ci et pour la première fois depuis son entrée en politique Marine Le Pen a été reçue par les plus hautes autorités d’un Etat étranger. Cela peut sembler dérisoire mais il s’agit d’une pièce clef de la stratégie de dédiabolisation du FN en quête de respectabilité.
A l’envi, Le Pen a insisté sur le fait qu’elle serait reçue au Palais de Baabda, la résidence du président, et au Grand Sérail, l’équivalent libanais de Matignon. Peu importe, au final, qu’elle n’ait pas été raccompagnée jusqu’à la porte par Saad Hariri, dont le père a été tué par les services secrets syriens alors que Le Pen soutient l’option Al Assad de sortie de crise en Syrie, ou que Michel Aoun, le président, ait eu davantage d’égards pour Emmanuel Macron lors de sa précédente visite à Beyrouth : l’essentiel, pour Le Pen, c’était le symbole. Un peu à l’image des enfants qui pensent qu’en singeant telle ou telle situation, ils s’en approchent, Le Pen et ses conseillers estiment que se frotter aux ors du pouvoir, à Beyrouth, rapproche de l’Elysée.
Ses visites politiques ont été tout aussi intéressantes. Quand on chasse le naturel, il est bien connu qu’il revient au galop. C’est donc, de façon plus ou moins planifiée, ce qui est advenu mardi.

Côté religieux, Marine Le Pen a profité de la visite qu’elle était censée réaliser auprès du grand mufti du Liban pour faire parler d’elle et instiller un peu plus de racisme anti-musulman. Entretenant savamment le lien qui existerait entre son discours pseudo-féministe et son discours antimusulman, elle a refusé de porter le voile au moment où elle était censée être reçue, alors que son entourage savait parfaitement qu’il s’agissait d’un prérequis.

Côté politique, la suite de la visite a valu son pesant de cartouches : c’est un hommage aux milices d’extrême droite chrétiennes que Le Pen fille est aussi venue rendre au Liban, sous couvert de discours solidaire des « chrétiens d’Orient ». Une façon également de flatter le discours fascisant, qui continue à avoir un certain poids chez les vieux cadres frontistes, selon lesquels les milices chrétiennes libanaises représentaient, dans les années 1975-1990, l’un des remparts contre la gauche et contre l’islamisme. Celle dont l’un des membres du staff resserré de campagne a fait le coup de feu aux côté des milices d’extrême droite libanaises a donc été reçue par Samir Geagea, chef de file des Forces Libanaises, et par Samy Gemayel, de Kataëb. Tous deux ont partie liée, de près ou de loin, aux phalangistes à l’origine, entre autres, des massacres anti-palestiniens de Sabra et Chatila de 1982.

Pendant qu’elle faisait du tourisme au Liban, le siège frontiste était perquisitionné à Saint-Cloud dans le cadre des accusations d’emploi fictif et d’emploi dissimulé de cadres et de militants du FN payés par Bruxelles en tant qu’assistants parlementaires. Le Pen, qui autrefois affirmait diriger le seul parti « propre » de l’Hexagone, n’a pas fait de commentaire. On la comprend : à ses côtés, dans le cadre de son voyage libanais, on retrouvait Thierry Légier. Sur le papier, il est censé travailler avec les euro-députés frontistes. En réalité, c’est le garde-du-corps historique de la famille Le Pen qui, à nouveau, accompagnait la fille dans sa tournée un peu paradoxale mais ô combien révélatrice dans le seul pays arabe à peu près fréquentable quand on est au FN.

crédits photo : Dalati Nohra/Handout via REUTERS




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