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Politique

La droite à l'attaque

Les fantasmes du Figaro sur "Maximilien Ilitch Mélenchon"

Tandis que la dynamique Mélenchon est ascendante, voici que la droite et ses chroniqueurs, convulsés par la troisième place qu’il vient de prendre dans les sondages, agitent l’épouvantail d’un candidat de la France insoumise devenu quasiment « bolchévique ». Le but de la manœuvre, redonner un petit coup de dopage à un Fillon anémique en récupérant les transfuges et les hésitants.


Une troisième place qui change tout

Depuis les primaires, la scène médiatique a été entièrement occupée par les affaires, la cote de Fillon en baisse constante, la résistible ascension du moderniste Macron au coude à coude avec Marine Le Pen et la disparition corps et biens du survivant du PS, Hamon. De Mélenchon, il n’avait été question que lors des tractations avec Hamon, dont on a très vite vu l’impasse.
De meeting en meeting, de tweet en tweet, d’hologramme en présence tribunitienne, de débat en marche, Mélenchon a poursuivi opiniâtrement la stratégie qu’il avait programmée depuis le jour où il a décidé de ne pas se présenter sous la bannière du front de gauche, de créer « La France Insoumise » et de s’adresser au « peuple » dans sa formule algébrique la plus large.
Le débat entre les 11 candidats, avec l’intervention remarquée de Philippe Poutou et la bonne prestation de Mélenchon, a créé une sorte d’électro-choc dans le ronron qui commençait à annoncer pour le deuxième tour un duel Marine Le Pen – Macron. Fillon et Le Pen, particulièrement secoués, ont contre-attaqué avec rage mais sans beaucoup d’efficacité.
Les effets n’ont pas tardé à se faire sentir dans les sondages et le coup de théâtre s’est produit. Mélenchon est passé en troisième position devant Fillon. Il devient désormais urgent pour la droite et l’extrême droite de casser au plus vite cette progression qui pourrait amener le candidat de la France Insoumise au second tour et, en cas de victoire, aux plus hautes fonctions de l’Etat. L’offensive est donc lancée.


La charge médiatique contre Mélenchon « Le rouge »

Le 10 avril sur BFMTV Ruth Elkrief faisait remarquer que « Jean-Luc Mélenchon n’est attaqué par personne, personne ne décrypte son programme ». Aujourd’hui les ténors des médias s’y mettent, Figaro en tête. Ils découvrent Mélenchon et son programme.
Et d’abord qui est-il ? Le 12 avril, le Figaro nous révèle son « vrai visage » et sa filiation en le nommant « Maximilien Ilitch-Mélenchon », allusion au Jacobin Robespierre et au communiste Lénine. Pour faire bon poids, il ajoute dans la galerie des ancêtres les portraits de Fidel Castro et Hugo Chavez. Sans oublier Trotsky qui l’aurait marqué de manière indélébile des suites des dix années qu’il a passées dans sa jeunesse dans une organisation se réclamant du trotskysme (OCI). L’éditorialiste Paul-Henri du Limbert achève de nous effrayer en dressant de Mélenchon un portrait à faire dresser les cheveux sur la tête : « Voilà un homme prêt à vous injurier si vous lui faites observer que les obsessions de Robespierre ont vite tourné à la psychopathie et qu’il n’a jamais vu un seul prisonnier politique à Cuba ». Mélenchon c’est « La Grande Terreur robespierriste, le goulag sous les tropiques et la ruine du Vénézuela » réunis.
Plus nuancés, certains journalistes ménagent ceux qui seraient séduits par l’homme. Bruno Roger dans Challenges dit des électeurs potentiels de Mélenchon qu’ils « se laissent bercer par le sentiment, se persuadent de sa bienveillance, sans comprendre que derrière le constat il n’y a rien ». Bernard Sananès de l’institut de sondage Elabe soutient la même idée en déclarant : « l’adhésion se fait avant tout sur la protestation que Jean-Luc Mélenchon exprime, peut-être pas sur les solutions qu’il propose ». Quant à Paul Henri du Limbert, il lui règle définitivement son compte en ironisant ; « Jean-Luc Mélenchon ne manque certes pas de bagou ni de talent, mais il est assez navrant de constater qu’un homme au programme aussi grossièrement démagogique puisse s’attirer autant de sympathie ».


Que craignent-ils au juste ?

Sur le fond du programme, ce qui les titille le plus ce sont effectivement les propositions de Mélenchon qui peuvent apparaître comme les plus radicales et qui, sans toutefois s’attaquer véritablement au capitalisme et à la propriété privée, constituent des propositions difficilement acceptables par les patrons et les dirigeants, dans une France néolibérale prônant la compétitivité pour les entreprises et l’austérité pour la population.
Catherine Nay d’Europe 1 démolit ainsi son programme : « Mélenchon donne à tout le monde : on augmente les minimas sociaux, c’est la distribution généreuse… Tous les frais médicaux sont remboursés, la cantine est gratuite pour tout le monde. Comment un tel projet peut-il connaître le succès ? ». Autre attaque en règle du Figaro : « une France « mélenchonisée » serait un pays de fonctionnaires surnuméraires payés par un secteur privé à qui on réclamerait toujours davantage d’impôts et par des créanciers à qui on devrait toujours davantage d’argent… ». Autre question, celle de la sortie de l’Euro à laquelle « sa politique mènerait tout droit ». Et l’article du Figaro de terminer cette perspective en déclarant « Il faut craindre que la France ruinée de Monsieur Mélenchon ne se résolve bien vite à devoir importer du fromage et du vin ».
Si on peut avoir des critiques et des craintes par rapport au projet de Mélenchon dans le cadre de sa 6ème république, ce ne sont certainement pas ces dénigrements réactionnaires et franchouillards qu’il faudra mettre en avant.


Pas sûr que ce soit une bonne tactique

Toutes ces attaques qui témoignent d’une hargne certaine, sont pour partie purement fantasmatiques et pour une grande partie tactiques. Les heures sont comptées jusqu’au premier tour qui déterminera pratiquement les résultats du second. Au point que la question du vote utile, habituellement évoquée au second tour, est largement présente dans les débats du premier tour. En attaquant si violemment Mélenchon, la droite et ses éditorialistes pensent remobiliser l’électorat en faveur de Fillon en utilisant le « péril » Mélenchon comme repoussoir. Mais, alors même que le candidat de la France Insoumise tend à faire des clins d’œil à Montebourg et à des fractions du PS, ce faisant, ils donnent à Mélenchon une stature de « grand homme » dont ils reconnaissent de fait la position de leader « à la gauche de la gauche ». De quoi encourager les hésitants prêts à voter tout sauf Marine Le Pen ou Fillon à se décider pour un vote Mélenchon dès le premier tour.

Crédits photo : AFP / Archives, Franck Perry




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