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Politique

Difficultés à l'Elysée

Les flics contre Macron. Turbulences sur tous les fronts pour l’Elysée

En visite à Lyon mercredi pour rencontrer les forces de police, le président a eu la désagréable nouvelle qu’Alliance boycottait sa venue. Après cette déconvenue, le président a annulé une rencontre prévue le lendemain, ce qui montre le tension entre le gouvernement et les forces de répression, dans un contexte où le gouvernement est en faiblesse sur de nombreux fronts.

Crédits photos : LAURENT CIPRIANI / POOL

Le président voulait resserrer les liens avec les policiers et les gendarmes mercredi 27 septembre en les brossant dans le sens du poil ; c’est une nouvelle déconvenue pour le président, qui a dû subir l’affront du boycott de sa visite par Alliance, le syndicat d’extrême droite de la police, qui est majoritaire dans la profession. A l’origine, après une rencontre avec les syndicats de police mercredi soir, le président devait prononcer un discours à l’hôtel de police de Montluc (3e arrondissement de Lyon), où il était censé décrire les « grandes lignes » de sa politique sécuritaire. Cependant, le boycott d’Alliance a amené le président à revoir son agenda, même s’il assure que c’est pour d’autres raisons, annulant son discours et se contentant d’une petite balade le long du Rhône et d’un déjeuner à la cantine du commissariat de Montluc.

Les tensions sont de plus en plus importantes entre le gouvernement et ses forces de répression, qui tentent de faire pression sur la droite du gouvernement pour obtenir plus de moyens et de meilleures rémunérations. De fait, la situation sociale, très tendue, a amené les forces de répression – police, CRS, BAC, gendarmerie – à être particulièrement mobilisées depuis 2015, pour réprimer un nombre de mouvements sociaux importants, de la COP21 aux manifestations contre la loi travail en passant par la répression des ZAD de Bure, Sivens et Notre-Dame-des-Landes.

On avait vu cette colère s’exprimer publiquement à l’automne dernier, quand des centaines de policiers avaient manifesté cagoulés armes à la ceinture pour protester contre la « haine anti-flics ». Le 12 septembre, des syndicats de policiers ont appelé à manifester dans le « cortège de tête » contre la loi travail XXL, mais aussi pour faire régner l’ordre sans être en service, loin des consignes de la préfecture. Le 21 septembre, près de 2500 CRS s’étaient mis en arrêt maladie pour protester contre la fiscalisation de leur prime d’éloignement. Un mouvement de grogne qui montre les pressions qui pèsent sur l’exécutif à sa droite, avec un appareil répressif qui prend de plus en plus d’importance dans les rapports de forces internes à l’État.

Cette tension est loin d’être nouvelle : mi-juillet, la démission de Pierre de Villiers, chef d’état major des armées avait déjà révélé les difficultés du président à incarner un arbitre entre les différentes franges de la bourgeoisie en compétition et leurs relais dans « l’État profond » français. Si à l’époque le président avait tenté de refermer la crise en promettant une hausse de 1,5 milliards d’euros (finalement d’1,7 milliards), la crise avec les forces est un nouveau signe de la faiblesse structurelle du gouvernement. En effet, cet automne, les syndicats de police, y compris ceux qui sont le plus à droite, comme Alliance, avaient été incapables de juguler le mouvement d’opposition, et avaient même été renvoyés dans les cordes par beaucoup d’agents qui leur reprochaient leur rôle de cogestion des institutions de répression (à raison).

A tous ces éléments qui affaiblissent le gouvernement sur la droite s’ajoute la récente défaite du gouvernement aux sénatoriales, qui montre encore la faible assise de la République en Marche dans les relais locaux du pouvoir. Au delà d’une défaite qui montre les relais encore importants des vieilles organisations des Républicains et du PS au niveau local, c’est aussi un désaveu pour En Marche : le président n’a pas réussi à convaincre les grands électeurs, relais d’influence de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes au sein du pouvoir. L’annonce de la suppression de 300 millions de dotations aux collectivités territoriales début août, qui avait particulièrement agacé les maires de France, n’a pas pu être contre-balancée par les promesses fiscales envers les patrons des petites entreprises et les importantes contre-réformes des ordonnances concernant la négociation dans les TPE-PME.

Le faiblesse du gouvernement, ce que nous caractérisions au début de l’été comme un « bonapartisme faible » est aujourd’hui particulièrement saillante, à un moment où les grèves de routiers commencent à se faire ressentir et que les nombreux appels à convergence semblent préparer une journée de mobilisation importante le 10 octobre dans la fonction publique et au-delà. Le récent sondage selon lequel 69 % des français pensent que « la politique du gouvernement est injuste » vient renforcer le constat d’un gouvernement perçu comme « le gouvernement des riches », dont le meilleur ami reste Pierre Gattaz.

Malgré toutes ces faiblesses, le gouvernement reste pour l’instant celui qui a la main sur l’agenda politique et qui presse pour faire passer toutes ses contre-réformes le plus rapidement. Évidemment, ce constat n’est en rien une fatalité, et il s’agit maintenant pour les salariés et salariées de faire plus pression que jamais sur les directions syndicales pour les forcer à se mettre d’accord autour d’une date et commencer à faire un bras de fer avec le gouvernement pour le retrait de la loi travail XXL.




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