Société

On a tou-te-s raison de se révolter !

Les forces spéciales font plier les mutins de la prison d’Aiton (Savoie)

Publié le 17 octobre 2016

À la prison d’Aiton, une trentaine de mutins ont tenu plusieurs heures dans l’une des salles d’activité qu’ils ont occupées, à l’étage de l’établissement carcéral savoyard. Après l’intervention, dans la soirée de dimanche, des matons spécialisés dans la répression des révoltes en prison, ici l’ERIS de Lyon, l’administration pénitentiaire a fait savoir que « le calme était revenu ». On peut craindre le pire.

Corinne Rozenn

La mutinerie de ce week-end à la prison d’Aiton fait suite à celle du 7 septembre, lorsque des incidents avaient déjà éclaté quand neuf détenus avaient refusé de regagner leurs cellules après la promenade. Le 12 septembre, à Vivonne, dans la Vienne, une mutinerie était conduite également dans le centre de détention. Le 25 septembre, à la prison de Valence, dans la Drôme, des détenus avaient refusé de regagner leur cellule pendant quelques heures.

Systématiquement, le discours est le même : l’administration pénitentiaire rétablit l’ordre, transfère les prisonniers, y compris ceux qui n’ont pas participé aux mouvements, les séparant un peu plus des liens qu’ils ont pu construire, et alourdit les peines de ceux qui sont identifiés comme « les meneurs », après qu’ils sont envoyés une longue période à l’isolement. Systématiquement, également, le garde des Sceaux fait savoir que la prison où a éclaté la mutinerie n’est pas concernée par la surpopulation carcérale.

Pourtant, tous les ans, la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour les conditions indignes de ses prisons. Depuis 1875 et la loi Bérenger, l’encellulement individuel est promis, mais jamais respecté, bien au contraire. Avec 69375 personnes incarcérées pour 58311 places, la surpopulation va bientôt dépasser les 120% d’occupation. Aujourd’hui, ce sont 1648 détenus qui sont contraints de dormir sur des matelas posés à même le sol. La situation est absolument critique, selon Dominique Raimbourg, président PS de la Commission des lois au palais Bourbon, dans 86 établissements pénitentiaires sur les 250 que compte la France. Dans certains, contrevenant y compris à la circulaire de 1988, les détenus s’entassent à 3 voire 4 dans des cellules de 14 m2 prévues pour deux.

Aux prisonniers, donc, il ne reste plus que les matelas à brûler pour attirer l’attention sur leur sort. Au moment où Manuel Valls et Jean-Jacques Urvoas ont annoncé la création de 10000 nouvelles places de prison sur dix ans, promettant une société encore plus carcérale, brandissant l’épouvantail du djihadisme et des mesures de confinement des détenus contraires aux conventions internationales sur les libertés, il nous faut plus que jamais être vigilants et solidaires de toutes les batailles, y compris celles qui sont menées dans les centres de détention contre l’irrespect des droits des prisonniers, les violences et l’impunité des matons.