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Notre classe

Selon Bruno Lemaire,

Les grèves commencent à avoir un impact sur l’économie, raison de plus pour enfoncer le clou de la reconductible !

Les grèves commencent à avoir un impact sur l'économie, a déclaré ce lundi sur Europe 1 le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour le mouvement de grève des cheminots, signe qu’il commence à porter ses fruits et à inquiéter l’Elysée. Raison de plus pour enfoncer le clou en passant, comme en 1995, à généraliser la grève reconductible, déjà enclenchée par certains secteurs à l’avant-garde du mouvement des cheminots comme Paris-Nord, « première gare d’Europe ».

À la mi-mars, Macron expliquait avec assurance qu’il n’entendait pas les colères. Un mois plus tard, force est de constater qu’il a changé de discours. Jupiter est revenu sur terre pour remercier les retraités au 13h de TF1 pour ensuite affirmer ce dimanche que finalement il « entend les colères » mais réfute leur « coagulation ». En un certain sens, celui qui « ira jusqu’au bout » a bien été obligé de prendre en compte le rapport de force imposé par le mouvement de grève massif des cheminots ce 3 avril. De sorte que le discours des cheminots « privilégiés » a été rangé au placard pour expliquer désormais que leur colère est « légitime » mais qu’ils doivent eux aussi prendre leur « part des efforts » que les usagers ont fait. Commode pour diviser usager et cheminot mais gros comme une maison.

Le discours est éculé. En effet, ce qui importe pour Macron c’est de créer des contre-feux pour faire « passer la grève SNCF au second plan ». Dans son article, ce lundi, le journal L’Opinion affirme : « Onze jours après le début d’un mouvement social annoncé pour durer trois mois, la grève à la SNCF n’est arrivée qu’en troisième position, samedi soir, dans le journal télévisé de France 2… Loin derrière les frappes en Syrie et l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes. » Le conseiller d’un ministre affirme alors que « moins les cheminots feront les gros titres, moins le mouvement aura de chances de prospérer ». Une façon pour le moins équivoque d’illustrer que ce qui préoccupe l’exécutif au plus haut point, c’est le mouvement de grève des cheminots.

Cette mobilisation, qui « reste à un haut niveau » comme l’explique Le Monde, commence même à porter ses fruits, à savoir commencer à poser problème au grand patronat. « Oui les mouvements sociaux ont un impact sur la croissance », a déclaré Bruno Lemaire sur Europe 1. « C’est un impact qui est limité, qu’on ne peut pas mesurer aujourd’hui, mais on voit déjà dans certains secteurs d’activité, dans les réservations d’hôtellerie, dans les transports, dans la présence de touristes que ça commence à avoir un impact », a-t-il continué. Evidemment, le discours du gouvernement vise à tirer « le signal d’alarme » pour affirmer ensuite que « c’est pour cela que le plus tôt nous pourrons en sortir, le mieux ce sera ». Pour terminer, il réaffirme que Bercy veut tenir « le cap », réaffirmant sa détermination.

Pourtant, pour défaire Macron, il va bien falloir passer à la vitesse supérieure. Ce, d’autant plus que, les modalités de la lutte, la grève « perlée » commence à montrer ses limites. D’abord, car elle a laissé nombre des brèches à la direction de la SNCF pour s’organiser, manœuvrer, moyennant notamment l’augmentation des retenues sur salaires pour intimider les cheminots. Mais aussi parce que les impacts de la grève, même s’ils sont importants en terme financier pour la SNCF, 20 millions d’euros par journée, le trafic même s’il est très perturbé n’est pas encore paralysé, comme il aurait pu l’être au travers de la grève reconductible. Précurseurs, certains secteurs ont voté majoritairement l’entrée en reconductible comme la Gare du Nord ou Paris Saint-Lazare.

Et en quelques sortes, le mouvement de 2010 avait déjà illustré la capacité de la grève reconductible à réellement bloquer l’économie et à commencer à faire vaciller le gouvernement. Comme l’écrivait Daniela Cobet : « en 2010, lors du mouvement contre la réforme des retraites, le moment où Sarkozy et le Medef ont été le plus mis en difficulté a été celui où cheminots et raffineurs se sont mis simultanément en grève reconductible et où dans plusieurs secteurs se manifestaient des tendances à la généralisation de la grève. » Pour commencer à faire peur à Macron, qui avec la filialisation du Fret démontre de manière claire, comme la SNCF sera en réalité privatisée, l’une des tâches essentielles est de commencer à généraliser et à massifier la grève reconductible.

Comme l’appel du 14 avril, un communiqué écrit par les syndicats Sud-Rail, Chambery, PACA, Paris-Est, Paris-Nord, Paris Rive Gauche, Paris-Saint-Lazare, Tours, « demain dans les Assemblées Générales », il s’agit de « réaffirmer, porter la nécessité de démarrer la grève reconductible, sous contrôle des Assemblées Générales. A partir de demain, c’est une nouvelle séquence qui commence mais elle ne s’arrêtera que lorsque nous aurons gagné. Le 17 nous serons dans la rue ! Le 18 massivement en grève ! Le 19 massivement en grève et dans la rue ! Le 20 on continuera … Les syndicats SUD-Rail de Chambéry, PACA, Paris-Est, Paris Nord, Paris Rive Gauche, Paris-Saint-Lazare […] appelleront à la reconduction du mouvement lors des prochaines Assemblées Générales ».




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