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Culture et Sport

La grève émancipatrice

Les grévistes d’ONET invités par Audrey Vernon à son spectacle

Le Jeudi 18 Janvier Audrey Vernon invitait les grévistes victorieux d'H. Reinier Onet à venir voir son spectacle à l'occasion de la 500ème et dernière représentation au théâtre Antoine à Paris. Cette superbe soirée, qui pour beaucoup d'entre les grévistes était une première, démontre, en plus de la victoire historique sur le grand patronat, comment la lutte à changé la vie de ces travailleurs et travailleuses précaires, ces « petites mains invisibles » qui ne le sont plus désormais.

C’est au théâtre Antoine en plein cœur de Paris que les grévistes victorieux d’H. Reinier Onet ainsi que des personnes du comité de soutien étaient invités par Audrey Vernon à assister à la 500ème représentation de son spectacle « Comment épouser un milliardaire ». Ils étaient une vingtaine à avoir ainsi pu découvrir ce spectacle drôle et acéré, dénonçant avec ironie le système capitaliste, impérialiste et post-colonial et les immenses inégalités sociales qui en sont le socle. Pour beaucoup d’entre-eux c’était une première fois, comme le confiait Oumou Gueye - une des figures de la grève – à Audrey Vernon après le spectacle : « Cela fait plus de 30 ans que je vis en France et je n’avais jamais mis les pieds dans un théâtre ! ». Au milieu des dorures et balcons de cette magnifique salle datant de la fin XIXème, on prend en effet la mesure de la ségrégation sociale que subissent les travailleurs précaires des banlieues de toutes les grandes villes de France. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment des travailleurs qui gagnent parfois 600 euros par mois en faisant un travail dur et contraignant physiquement, ont souvent des temps de trajet très longs entre leur lieu de travail et leur domicile, des horaires décalés et galèrent pour joindre les deux bouts, comment pourraient-ils trouver trouver le temps, la force et le budget pour venir voir un spectacle dans la capitale ? En les invitant, Audrey Vernon rend hommage à la lutte courageuse et victorieuse des grévistes, mais montre aussi que les acquis de leur lutte vont bien au delà de la victoire contre la SNCF et Onet.

La grève qui émancipe

Car oui, en tant que membre actif du comité de soutien je peux en témoigner, les grévistes d’H. Reinier ONET sont sortis profondément et durablement transformés de cette lutte magnifique. Ces « petites mains invisibles » du nettoyage des gares, précaires parmi les précaires et qui au début du conflit ne voulaient pas êtres prises en photo ni s’exprimer directement aux médias, pensant ne pas assez bien parler le Français, se sont découvert un visage fier et une voix portant l’exigence de la dignité : « L’esclavage, c’est fini ! ». Par leur courage, la justesse de leur lutte contre des pratiques patronales ignobles, leur organisation et leur détermination, ils et elles ont attiré le soutien des usagers, des associations comme Femmes en lutte et le Comité pour Adama, des politiques comme Philippe Poutou et Éric Coquerel, d’artistes comme ici Audrey Vernon ou la dessinatrice et féministe Emma. Les grévistes se sont ainsi rendu compte de l’ampleur de leur combat, dépassant largement la défense de leurs droits de salariés en faisant le pont avec les luttes pour les droits des femmes, contre les violences policières, la répression patronale et portant en lui la lutte plus globale contre la précarisation du travail à travers la sous-traitance.

La lutte pour la conscience de classe

Une autre transformation notable des grévistes apparaît dans les liens qui se sont créés entre eux. Avant le conflit ils ne se connaissaient pas pour la plupart. Travaillant dans 75 gares dans tout le secteur Paris-Nord, le contact entre eux se faisait par les délégués syndicaux. Mais grâce aux Assemblées Générales de grévistes, aux rassemblements, aux repas de soutiens et diverses actions, grâce à leur combat coude à coude des liens se sont tissés. Aujourd’hui ils se connaissent, sont un peu devenu une famille, à minima se reconnaissent comme des compagnons de lutte, avec tout le respect qui vient avec. Et les liens créés ne s’arrêtent pas là : Avant cette lutte, les syndiqués Sud Rail cheminots et syndiqués Sud Rail nettoyage ne se connaissaient pas, en militant pourtant dans le même syndicat ! Désormais, les deux secteurs pourront compter l’un sur l’autre dans les luttes à venir, n’en déplaise à Onet, à la SNCF, et au patronat en général.

Comédienne engagée

Audrey Vernon avait déjà manifesté son soutien aux grévistes d’Onet en leur envoyant une vidéo filmée sur scène au cours d’une représentation du même spectacle. Mais ce n’est pas la première fois qu’Audrey Vernon apporte son soutien à des travailleurs en lutte, elle en a même l’habitude. Dernièrement, elle est allée voir les grévistes d’Holiday Inn, encore en lutte pour les mêmes raisons que les Onets, la sous-traitance et ses abus. On peut aussi citer son émouvante chronique sur France Inter suite au suicide du cheminot Edouard Postal sur son lieu de travail, la gare Saint Lazare à Paris – Vidéo qui avait été censurée sur France Inter, suite à quoi les cheminots avaient appelé à aller voir le spectacle d’Audrey Vernon. On voit ici tous les liens qu’il peut y avoir entre les artistes, qui ont de par la nature de leur travail une certaine visibilité, et les travailleurs en lutte pour les droits de toutes et tous à de meilleures conditions de travail, au respect et à la dignité.

Grévistes d’Onet, un exemple pour tous les travailleurs

L’émotion était forte à la fin du spectacle quand Audrey Vernon est venue retrouver les grévistes pour une séance de photos et une discussion chaleureuse pleine de remerciements et de reconnaissance, dans les deux sens. Car ces grévistes qui il y a deux mois étaient des petites mains invisibles nettoyant nos gares imaginent maintenant la suite, et pensent à comment faire vivre les acquis de leur lutte en aidant celles et ceux qui subissent l’esclavagisme salarial qu’est la sous-traitance. On voit bien ainsi comment cette lutte les à transformé en profondeur. En relevant la tête face au tout puissant grand patronat et en lui mettant un genou à terre ils ont découvert que celui-ci n’est pas invincible. « Plus jamais je ne baisserai les yeux devant le patron » nous disait Amy, une des grévistes. Ils sont un exemple pour toute notre classe et c’est ce qu’Audrey Vernon a célébré et démontré en les invitant à son spectacle.




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