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Notre classe

« On lâche rien ! »

Les grévistes de l’hôtel Campanile Tour Eiffel fêtent un mois de grève !

Les 17 salariés de l’hôtel Campanile Tour Eiffel sont en grève depuis le 16 mai. Ils fêtent donc cette semaine un mois de grève illimitée. Où en est leur grève ?

Une grève exemplaire qui fait parler d’elle
 
Ce jeudi 15 juin, ils organisaient leur quatrième rassemblement en marge d’un comité central d’entreprise (CCE) devant l’un des hôtels du groupe à La Défense. Toujours avec les mêmes revendications, décidés à ne rien lâcher, les 17 salariés ont réaffirmé à l’entrée du siège leur détermination face à une direction qui aimerait bien mettre un terme à cette grève.
 
En soutien aux grévistes, une cinquantaine de personnes est venue au rendez-vous. Femmes de ménage et gouvernantes syndiquées à la CGT de l’hôtel Hilton Saint-Lazare, associations, Femmes-égalité, une délégation du Front Social, des partis politiques, ainsi que Claude Lévy, secrétaire de la CGT hôtels de prestige et économiques (HPE), étaient présents.
 

Claude Lévy est revenu sur la grève de 2016 qui fut victorieuse et historique et sur « l’air de revanche » qui anime la direction depuis. Une lutte historique grâce à l’internalisation des femmes de ménage et à la fin de la sous-traitance. Une victoire pour le Campanile Tour Eiffel localement mais également pour l’ensemble du groupe : lors des dernières négociations nationales la direction a accédé aux revendications d’extension du 13ème mois dans toutes les filiales de Novotel sur quatre ans avec 30% dès cette année, et le 13ème mois intégral en 2020.
 
Momo, gréviste du Campanile Tour Eiffel et délégué syndical de la CGT, en a profité pour adresser un message à leur direction qui a refusé de les recevoir sous prétexte qu’il aurait fallu « prendre rendez-vous » : « Monsieur le Président, malgré vos entraves à nos droits, vos intimidations, votre refus de toute négociation, notre détermination n’a jamais été aussi forte, vous pouvez toujours essayer de nous écraser, cela ne marchera pas ! ».
 

 
A la fin du rassemblement, les grévistes du Campanile et leurs soutiens sont allés à la rencontre d’autres grévistes de l’entreprise Safran Engineering Services rassemblés un peu plus loin. Mobilisés contre un projet de vente du bureau d’études du groupe aéronautique, des salariés du groupe étaient venus manifester à la Défense cet après-midi où se tenait l’assemblée générale des actionnaires du groupe Safran.
 

Ce quatrième rassemblement arrivait au lendemain d’un « apéro » organisé sur le piquet de grève avec des militants du « Front Social » et qui avait réuni mardi soir une quinzaine de personnes. Un moment convivial et d’échange qui a permis d’apporter du soutien aux grévistes ainsi que de commencer à discuter et organiser différents secteurs. La direction ayant pris connaissance de l’événement sur Facebook a d’ailleurs jugé opportun de faire venir deux policiers.
 
Un mois de grève : où en est la lutte ?

 
 
Depuis la fin de la grève de 2016, l’objectif de la direction a été de chercher à pénaliser les grévistes et à les diviser. La direction ne voit pas d’un bon œil que l’ensemble de ces salariés soient syndiqués à la CGT et exerce sans retenue des pressions qui ne sont autres que de la répression syndicale.
 
Elle s’agace de la solidarité qui s’est créée – et qui les rend plus forts – entre le réceptionniste, la sous-directrice, la gouvernante, les femmes de ménage… Monia, la sous-directrice de l’hôtel, raconte comment la direction lui a proposé, il y a quelques mois, une formation pour devenir cadre afin de la changer d’hôtel. En échange elle devait rendre sa carte à la CGT. Ainsi, elle aurait été exposée aux sanctions sans avoir la protection de son mandat.
 
Monia malgré son statut différent se sent plus proche et convaincue de partager les mêmes intérêts que les autres salariés (plutôt que les intérêts de sa direction !). La direction essaye également de briser la grève en cherchant à s’adresser aux grévistes femmes de ménage - pour la grande majorité syndiquées depuis l’année dernière suite à leur première lutte - : si elles reprennent - représentant la moitié des grévistes - la grève serait terminée. La direction en est bien consciente, et les salariés aussi !

Que s’est-il passé ces dernières semaines ? La directrice des ressources humaines est venue leur rendre visite le 1er juin pour tenter d’arrêter la grève en leur faisant quelques propositions. Des propositions écrites sur une feuille datée et non signée : une procédure qui est loin d’être celle du déroulé réglementaire d’un protocole d’accord de fin de conflit. Ce que veulent les salariés ? De réelles négociations et faire plier la direction sur l’ensemble de leurs revendications. Dans ce cadre, les propositions étaient partielles et cherchaient avant tout à jouer sur la fatigue supposée des grévistes. Les salariés conviés à la « discussion » devaient donc « cocher » les propositions censées leur convenir. Une situation vécue comme une farce – cynique - par les salariés. En effet, la direction a avant tout cherché à répondre aux revendications concernant les deux syndiqués CGT, Monia et Brahim, proposant à Monia, sous-directrice, d’ouvrir un « dialogue » avec elle et à Brahim de l’embaucher en tant que veilleur de jour dans un Campanile. La dernière proposition ? Celle d’augmenter les femmes de ménage avant 7h du matin… Enfin, pour une offre valable pour une seule d’entre elles ! Pour le reste, la direction a renvoyé les discussions sur les primes d’ancienneté, le 13ème mois… aux prochaines négociations annuelles en 2018 !

Sachant que la signature d’un tel papier n’engageait en rien la direction, qu’elle ne répondait qu’en partie à leurs revendications, et sans compter le cynisme et le mépris tant dans la méthode que dans la teneur des propositions, les salariés ont refusé net.

Le 13 juin, les salariés ont ensuite reçu une seconde visite du directeur responsable des filiales et du responsable juridique. Ils sont revenus avec la même feuille. Le directeur a signé la feuille voulant ainsi mettre un terme à la grève. Les salariés présents ont alors réaffirmé leur volonté de poursuivre la grève et que d’ailleurs ils ne leur seraient pas venus à l’idée de valider une telle décision sans avoir au préalable discuté avec l’ensemble des salariés : « c’est ça la démocratie » !

Face aux manœuvres de la direction que cette grève ennuie – leur faisant perdre 10 000 à 15 000 euros par jour -, les salariés forts de leur solidarité, de leur expérience et de leur conscience, ont refusé de plier et continuent aujourd’hui la grève illimitée. La suite ? Les salariés ont pour objectif d’imposer et de contraindre la direction à ouvrir des négociations sérieuses. Sans cela, les grévistes ne sont pas prêts de lâcher.




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