Genres et Sexualités

« Sois belle et décente »

Les jupes de filles de 4 ans soulèvent la polémique au centre aéré

Publié le 5 août 2016

Manuela Soler

La semaine dernière à Reims, une jeune mère découvre, stupéfaite, le mot laissé par le centre aéré de sa fille de 4 ans, conseillant aux parents de mettre des shorts sous les jupes des petites filles. Ce mot, écrit par la directrice du centre, demandait à ce que les petites filles portent des pantalons ou des shorts, ou mettent des shorts sous les jupes afin de permettre aux enfants « une meilleure mobilité, plus adaptée aux activités », mais aussi afin d’éviter des « situations complexes à gérer ». En effet le mot expliquait clairement que des jeunes garçons de 10 à 12 ans pouvaient avoir une attitude gênante vis-à-vis des jupes soulevées par le vent. Une manière d’obliger les filles, dès l’âge de 4 ans, à devoir se plier et anticiper les comportements sexistes, que cette société reproduit et cultive – on n’oublie pas l’affaire Sapin, restée impunie.

La jeune femme, scandalisée par la demande du centre, s’est d’abord exprimée sur Facebook : « Ma fille ne doit pas avoir à choisir entre une coquetterie - toute relative - et normale et la tranquillité de faire du toboggan sans avoir à subir les comportements déplacés de mômes à qui on apprend pas le respect de l’autre. ». Son commentaire, vite repris par les réseaux sociaux, a été partagé près de 5000 fois, faisant déferler une vague de haine sur le centre, et laissant la jeune femme un peu dépassée par la situation. La directrice a réagi à la colère des parents, puis aux questions des journalistes, en avouant, sous la pression, « la maladresse » du mot.

S’il est vrai que l’attitude des enfants, parfois cruelle à cet âge-là, intégrant déjà dès le plus jeune âge, par leur éducation ou dans les médias, des comportements sexistes tolérés voire encouragés, la décision de la directrice reflète un comportement plus répandu dans notre société. Une femme portant une jupe devient souvent la cible de remarques sexistes, de harcèlement, ou pire d’agressions. « Elle l’avait bien cherché » souligne le possible caractère provocateur, pour certains, d’une simple robe ou d’un décolleté. La crainte d’un choix vestimentaire qui pourrait provoquer des comportements sexistes pèse ainsi sur les femmes de manière quotidienne. Ce mot ne fait que nous rappeler qu’un short ne suffira pas à établir un respect égalitaire. Demander à des fillettes de s’adapter pour éviter des « comportements déplacés », qu’elles ne sont certainement pas encore en mesure de comprendre, nous éclaire bien sur les choix éducatifs qui sont faits et qui se répercutent à tous les échelons de la société dans notre quotidien d’adultes.

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