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Politique

Il l’aura, sa majorité ?

Les législatives et Macron. Quatre scénarios pour une inconnue

« Je ne me laisserai arrêter par aucun obstacle » : voilà l’ambition du président fraîchement élu. Pour cela, néanmoins, indépendamment du degré d’opposition que saura lui opposer notre classe, encore lui faudra-t-il passer sans encombres l’étape des législatives. Et, à ce niveau-là, rien n’est joué.

Le second tour a été gagné dans les conditions que l’on sait, avec une abstention record, un niveau historique de votes blancs et nuls et une partie des bulletins Macron qui exprimaient davantage un vote contre Le Pen que pour le programme d’"En Marche !". Reste, néanmoins, à passer « le troisième et le quatrième tour », à savoir les législatives. Et à ce niveau-là, rien n’est joué, pour Macron, qui fait face à quatre scénarios.

Une majorité En Marche !?

Macron a demandé que ses électeurs lui confèrent une majorité nette aux législatives de juin. Cela voudrait dire que En Marche ! remporte 289 circonscriptions pour être en mesure de disposer d’une majorité propre. Cette hypothèse est peu probable.

Même si, selon certains instituts de sondages, 60% des sondés souhaitent que Macron dispose d’une majorité, 60% de ceux qui ont voté pour lui au second tour déclarent avoir voté pour En Marche ! pour faire barrage au FN plus que par adhésion au programme macroniste. Dans un tel contexte, et alors que, pour l’heure, seuls quatorze candidats sur les 577 que comptent la France métropolitaine et ses colonies ont été investis par En Marche ! : autant dire que la randonnée sera encore longue pour l’équipe macroniste en charge de piloter la campagne. Ce n’est pas par quelques débauchages que Macron va réussir à réunir des noms convaincants pour ses électeurs potentiels.

Cohabitation en vue ?

Le second scénario serait celui, tout aussi improbable, d’une cohabitation, avec l’émergence d’une majorité définie autre qu’En Marche !. C’est ce sur quoi parient Les Républicains de François Baroin ou ce que feignent de croire Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants.

Cambadélis lui, a ravalé depuis longtemps ses ambitions. Il sait que s’il réussit à faire aussi bien que Rocard en 1993, à savoir 53 députés, il pourra s’estimer heureux. Certains, rue de Solferino, estiment que même un résultat aussi catastrophique n’est pas garanti. C’est dire...

Côté LR, donc, c’est Baroin, notamment, qui pense qu’une majorité de droite serait possible. C’est sans compter, d’un côté, l’extrême fragilité du parti, les forces centrifuges à la marge de l’alliance LR-UDI qui lorgnent du côté du macronisme et, surtout, les gaullistes ou post-gaullistes qui sont dans un état lamentable comme l’indique la contre-performance de Fillon, exclu du second tour. Dans ces conditions-là, imaginer que LR puisse rafler la majorité des sièges à l’Assemblée tient quasiment de la politique-fiction.

Mélenchon Premier-ministre ?

Pour ce qui est de Mélenchon, c’est bien la question du scrutin uninominal à deux tours qui pose un réel problème, le même auquel se heurte Le Pen par ailleurs. Y compris après les clarifications musclées auxquelles se sont livrés FI et le PCF par communiqués interposés au sujet de la campagne et des circonscriptions à couvrir, il est possible que Mélenchon réalise un score proche de celui du premier tour et réussisse à capitaliser davantage, cette fois-ci, qu’en 2012, lorsque le Front de gauche avait fait élire trois députés hors-PCF, son chef-de-file ayant raté la marche face à Le Pen à Hénin-Beaumont. Il est très compliqué, en revanche, que FI réussisse à faire élire 289 députés, on le comprendra aisément. C’est pour ces mêmes raisons, d’ailleurs, que Le Pen et ses proches se rêvent en leaders de l’opposition à Macron et ne font pas miroiter une impossible majorité FN à l’Assemblée.

Majorité composite en perspective

Restent deux derniers scénarios, donc, qui se combinent mais feraient ressembler fortement la présidence Macron à la IV° République, avec ses exécutifs dépendants de majorités mouvantes et friables.

Macron pourrait, en effet, regrouper autour d’un groupe En Marche ! qui sera, de toute façon, important sans être majoritaire, d’autres segments de l’hémicycle pour faire voter, au coup par coup ou sur la base d’un accord de législature, les lois et les textes proposés pour « réformer la France ». Fondé sur des majorités composites, un exécutif de ce type se trouverait, en permanence, sur une pente glissante. C’est pour contrer ce genre de tendance que le régime V° républicain, issu du coup d’Etat gaulliste de 1958, a été créé.

Mais avec la crise de régime actuel, on assiste à une combinaison des traits les plus caricaturaux du présidentialisme V° républicain et les pesanteurs législatives de la IV°. C’est une belle partie de plaisir qui s’annonce pour celui qui rêve de faire « turbuler la France ». C’est l’inconnue de la législature à venir.Le macronisme en politique pourrait s’avérer autrement plus compliqué à mettre en œuvre que ce qui a été vendu au cours de la campagne. C’est bien pour cela, justement, qu’en toute indépendance politique de la droite et de la gauche pro-patronale ou réformiste, il faudra que le monde du travail, la jeunesse et les classes populaires puissent s’insérer dans toutes les brèches et les contradictions qui pourraient s’ouvrir de façon à contrer le programme austéritaire et autoritaire qui nous est promis.




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