Politique

Marine Le Pen en rêvait, François Hollande l’a fait...

Les musulmans invités à se rendre à la messe dimanche : à quand la fin des amalgames ?

Publié le 29 juillet 2016

Yano Lesage

A la suite de l’attentat à l’église de Saint-Etienne du Rouvray et de l’assassinat du prête Hamel, et après la rencontre entre François Hollande et la Conférence des représentants des cultes en France, le Conseil Français du culte musulman a décidé d’inviter ses fidèles à se rendre à la messe dominicale dans les églises les plus proches pour exprimer leur « compassion et leur solidarité » envers la communauté catholique. Après l’injonction au « je suis Charlie », voilà celle de se rendre à l’église pour les personnes de confessions ou assimilées musulmanes... et à qui refuserait cette démarche le soupçon de complaisance avec le terrorisme. Encore une manière de faire le tri entre « bons et mauvais musulman », les « assimilés » ou « assimilables » et les autres, et de véhiculer les amalgames entre les personnes de confessions ou assimilées comme musulmanes et les terroristes, amalgames que ce même gouvernement prétend combattre mais qu’il ne fait que renforcer en poussant les représentants du culte musulman de France à ce genre de déclaration.

Marine Le Pen en rêvait, François Hollande l’a fait... Tout juste revenu de la célébration à Notre-Dame-de-Paris célébrée le 26 juillet en hommage au prêtre assassiné et à l’attentat perpétré dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, Hollande a tenu à rencontrer les représentants des cultes français. Si sa présence à cette célébration, aux côtés de Sarkozy et de plusieurs membres du gouvernement en dit long de l’état des lieux de la soit-disant séparation entre l’Eglise catholique et l’Etat français, ce qui est ressorti de la rencontre entre Hollande et les représentants des cultes est encore plus frappant. Le Conseil français du culte musulman, dont il faut rappeler que le fondateur n’est autre que l’ex-président Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et qui demeure sous l’égide de ce ministère, a appelé jeudi 28 juillet les responsables des mosquées, imams et fidèles, à se rendre dimanche à une messe dans une église proche de chez eux.

Une nouvelle injonction, similaire à celle du « Je suis Charlie » consistant à exiger des personnes musulmanes le fait de rentrer dans une église – comme si cette démarche était la seule manière de se solidariser des victimes de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray – ou à être soupçonnées de complaisance avec Daesh. Une imposition à l’assimilation à ce qui reste pour Hollande, son gouvernement et l’Etat français cette France judéo-chrétienne, culture à laquelle il faudrait nécessairement se soumettre au risque d’être assimilé à un « ennemi intérieur ».

Alors même que le premier évêque de France a lui-même rappelé que les musulmans étaient les premières victimes des atrocités commises par Daesh – que ce soit à Nice où près d’un tiers des victimes étaient de confessions ou d’origine musulmane, mais surtout sur les territoires dominés par l’Etat Islamique en Irak ou en Syrie – on imagine assez mal les autorités françaises rendre la pareille en appelant les catholiques ou chrétiens français à se rendre dans les mosquées le vendredi pour rendre un hommage similaire.

Injonction à l’assimilation judéo-chrétienne, distinction entre les « bons » et les « mauvais » musulmans, culture de l’amalgame... décidement, ce gouvernement n’a plus reprend les mêmes recettes que Marine Le Pen.

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