^

Notre classe

Témoignage d’un ouvrier en colère

Les ouvriers de Seita - Imperial Tobacco de Riom bloquent leur usine vouée à la fermeture

A Riom, à quelques bornes au nord de Clermont-Ferrand, 239 ouvriers font face à la fermeture de l’usine Seita - Imperial Tobacco, annoncée comme un coup de massue en novembre dernier. Ce massacre de l’emploi concerne également 87 salariés du centre de recherche de Fleury-les-Aubrais, situé dans le Loiret.

Alors que l’industrie du tabac se porte à merveille, Imperial Tobacco montre depuis des années qu’elle se soucie plus du sort de ses actionnaires et de ses profits que de celui des salariés. Après avoir fermé en 2014 le site de Carquefou dans la banlieue de Nantes, supprimant 327 emplois, la multinationale britannique du tabac fait encore une fois le choix de la délocalisation vers l’Allemagne et la Pologne, en fermant la dernière usine de production de cigarettes de France. Elle s’ajoute ainsi à la liste de ces entreprises qui ont bénéficié du soutien de l’Etat pour engranger toujours plus de profits sur le dos des travailleurs. Imperial Tobacco a en effet perçu via sa filiale Seita plus de 880.000 euros de crédit d’impôt en 2014, 600.000 euros en 2015, et 500.000 euros pour 2016. De quoi provoquer la colère légitime des travailleurs, qui se mobilisent depuis plusieurs mois et dont le sort devrait être fixé dans les semaines à venir, un « plan social » étant en cours de négociation entre la direction et les syndicats. Au regret de bon nombre de travailleurs, ce sont donc les conditions de licenciement qui sont en train d’être négociées, tandis que la CGT opte pour la relance du site sous forme de SCOP. Mais le projet à l’étude ne concernerait que 180 des 239 salariés, en plus des incertitudes qui planent nécessairement sur l’avenir des 326 familles concernées sur les 2 sites, sans compter tous les emplois induits. Nous avons recueilli le témoignage d’un salarié qui nous fait part de son écœurement et de ses inquiétudes après avoir déjà vécu la fermeture du site de Carquefou.

Tu travailles à l’usine de Riom depuis la fermeture du site nantais, peux-tu nous en parler ?

 
Oui, la PDG Alison Cooper m’a licencié une première fois en avril 2014 avec 329 de mes collègues sur le site de Carquefou. Pourtant, je lui rapportais 40.000€ de dividendes/mois, pour elle et ses actionnaires. Après ce licenciement, j’accepter de muter avec ma femme et mes 2 garçons, et 30 de mes collègues de Carquefou. Je suis arrivé dans Le Puy Dôme en juin 2015 à la Seita de Riom pour un nouveau départ avec ma famille. En c’est en novembre 2016 qu’est tombée la nouvelle annonce de fermeture, pour moi et mes collègues de Riom.

Un an et demi après avoir tout quitté, vendu notre maison, quitté nos amis… Imperial Tobacco délocalise en Pologne pour faire toujours et encore plus de fric pour gaver ses actionnaires. Alors Alison Cooper peut avoir le sourire, car les affaires sont au beau fixe, mais elle a détruit des milliers de familles et ça elle s’en fout, elle n’est jamais rassasiée et préfère nous faire crever ! Comme si nos politiques ne pouvaient rien faire… c’est quand même un comble ! Et avec Macron, ça ne va pas aller en s’arrangeant. Mais dans quel monde vit-on ? Le monde de la finance : aujourd’hui c’est nous, La Seita de Riom, et demain ?

Et aujourd’hui comment vous mobilisez-vous ?

 
Aujourd’hui on bloque les entrées du site. Mais ça fait déjà 3-4 mois qu’on ne produit plus et que l’usine est à l’arrêt. On vient à l’usine mais on n’a pas de travail. On a déjà bloqué un centre de distribution il y a quelques semaines, et on était montés à Paris il y a quelques mois aussi, mais là les négociations sur les indemnités de licenciement touchent à leur fin. Mais ce n’est pas ça qu’on voulait. Moi si je suis venu ici ce n’est pas pour me faire licencier 1 an et demi après.

Pourtant on est un petit paquet à se battre, mais depuis la privatisation c’est devenu compliqué. La direction a tout fait pour diviser pour mieux régner. Je pense qu’ils ont appris de notre lutte de Carquefou. A Nantes on s’était mobilisés fortement et finalement les syndicats ont fini par signer le plan social. Soi-disant ils avaient l’accord des salariés mais personnellement je n’ai jamais été sondé ! C’est comme quand Macron proposait à Whirlpool un bon PSE l’autre jour, nous on s’en fout d’un bon PSE, ce qu’on veut c’est conserver l’emploi ! Sinon il ne va plus y avoir beaucoup de boites en France !

Nous relayons ci-dessous l’interview de Ludovic Gotiaux, délégué CGT, réalisée par le comité NPA Puy de Dôme :




Mots-clés

Grève   /    Licenciement(s)   /    Notre classe