Société

Validisme au travail

Les personnes en situation de handicap ont deux fois moins de chance de trouver un emploi

Publié le 14 novembre 2016

A l’occasion de la 20ème semaine de l’emploi des personnes handicapées, de nombreux rapports et déclarations mettent en lumière les discriminations subies par les personnes en situation de handicap, en particulier lorsqu’il s’agit de trouver du travail.

Léonie Piscator

Tout au long de leur vie, les personnes en situation de handicap sont confrontées à des situations qui les ramènent à leur mobilité réduite, sont discriminées, dévalorisées. Nous avions par exemple publié le témoignage de Dominique Miñana, appelée à siéger comme jurée au tribunal d’assises, et dont la journée s’était transformée en parcours du combattant. « Un exemple parmi d’autre […] de ce que les personnes en fauteuil traversent au quotidien pour vivre comme tout le monde » avait-elle écrit. Il y a quelques semaines, une jeune fille atteinte de la maladie de Lyme s’était vue poussée à la porte de l’établissement où elle étudiait par son proviseur, nous rappelant avec brutalité les discriminations qui subsistent toujours autant envers les personnes handicapées, véhiculées en premier lieu par les institutions étatiques. En septembre, l’État n’avait d’ailleurs pas hésité à inciter les universités à piocher dans le budget alloué à l’insertion des personnes handicapées pour financer l’embauche de vigiles ! Les personnes en situation de handicap ne sont, en définitif, qu’une variable d’ajustement pour les gouvernements successifs.

Et ce constat amer transparaît dans les rapports qui voient le jour en cette 20ème semaine de l’emploi des personnes handicapées. Le taux de chômage chez les personnes en situation de handicap (18%) augmente bien plus rapidement que chez les valides. Il est presque deux fois plus important.

Mais les oppressions que subissent les personnes en situation de handicap ne se traduisent pas de la même manière lorsqu’il s’agit de femmes ou d’hommes. Le Défenseur des droits dénonce notamment le manque d’études genrées sur la question. Un élément, partiel mais révélateur, est néanmoins la proportion de femmes et d’hommes handicapées exerçant une fonction de cadre, et donc de la question du plafond de verre auquel se heurtent les femmes au cours de leur carrière. 10% des hommes reconnus handicapés sont cadres, contre 21% des hommes en général tandis que ce n’est le cas que de 1% de femmes cadres (14% de l’ensemble des femmes en emploi exerçant cette fonction). Les inégalités qui existent chez les personnes valides sont donc encore plus marquées chez les personnes en situation de handicap.

Mais dans une société basée sur la division et les inégalités, cet état de fait n’est pas prêt de changer et malheureusement, ce n’est pas en décrétant une semaine par an consacrée à cette question prioritaire que la situation des personnes en situation de handicap va s’améliorer. Il faut lutter et dénoncer l’hypocrisie gouvernementale sur ces questions, à l’heure où les moyens dont nous disposons (techniques et technologiques), les avancées de la science, permettraient de grandement faciliter la vie des personnes à mobilité réduite, mais où les solutions ne sont jamais appliquées massivement.

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