Société

Armés jusqu’aux dents

Les policiers pourront être armés hors service au-delà de l’état d’urgence

Publié le 15 juin 2016

A la suite du meurtre des deux policiers lundi 13 juin, Bernard Cazeneuve a annoncé que les agents de la police nationale pourront porter leur arme hors service après l’état d’urgence, qui est censé prendre fin le 26 juillet. C’est en effet dans le cadre de l’état d’urgence qu’en novembre dernier, le Ministère de l’Intérieur a accordé le droit du port d’arme hors service à la police. Le ministre est sollicité par les syndicats de police comme Alliance depuis maintenant trois semaines pour « le port d’arme au-delà de la période d’état d’urgence ».

Manon Véret-Gay

Normalisation du port d’arme sur simple demande

Depuis de nombreuses semaines, les syndicats de la police dénoncent l« haine anti-flic », encouragée selon eux par les manifestations en cours contre la loi travail, à travers plusieurs communiqués et notamment un rassemblement place de la République le 19 mai. Cela fait trois semaines que ces syndicats demandent le droit de porter leurs armes après la fin de l’état d’urgence.

L’assassinat des deux policiers qui a eu lieu dans les Yvelines a convaincu le Ministère de l’Intérieur de répondre à leur demande. Le secrétaire général de SGP police-FO Yves Lefebvre explique aux Echos : « Au vu des dramatiques événements de lundi soir, on a renouvelé notre demande de pérennisation du port d’arme en dehors des heures de service pour les policiers en faisant la demande ». C’est ainsi que Cazeneuve déclare que la mesure « va être pérennisée » : les policiers vont pouvoir être armés en permanence bien au-delà du 26 juillet, c’est-à-dire hors service et sur la base du volontariat.

Les policiers doivent simplement demander cette arme : jusqu’à aujourd’hui, 70% en ont fait la demande et "davantage dans certains secteurs, notamment en région parisienne ou dans les mégalopoles régionales" selon Yves Lefebvre. C’est "une première mesure de protection dont on se félicite", dit-il. Ou plutôt, une première mesure qui facilite l’accès et l’usage d’une arme par les policiers.

Les syndicats de police partent à l’offensive
 
 
Le soir même de la déclaration de B.Cazeneuve, le syndicat Alliance a publié un communiqué concernant le port d’arme. Pour Alliance, « si cette mesure va dans le bon sens, elle n’est pas suffisante ». Le syndicat porte en effet trois autres revendications : une « réforme des règles de légitime défense » (autrement dit, présomption d’innocence et plus de moyens, notamment matériels pour se défendre), la « ré-instauration des peines planchers » et il réaffirme la préservation de l’anonymat des policiers (via "procédures, réseaux sociaux comme cop watch, correspondance..."). Alors que l’État a toujours fait largement pencher les procès des manifestants en faveur des policiers, ce processus d’anonymisation permet de renforcer la défense de ces derniers. La justice pourra ainsi « moins repérer le policier en dehors de sa vie professionnelle », selon Yves Lefebvre. Dans le même sens, les syndicats ont demandé à Bernard Cazeneuve que les policiers patrouillent à trois et non plus à deux, ce qui renforcerait les effectifs de police dans les rues déjà très présente en raison de l’état d’urgence, des manifestations contre la loi travail et de l’Euro de football.

Ce communiqué veut porter la défense des policiers, alors qu’eux-mêmes sont déjà largement protégés, aussi bien physiquement que juridiquement. Physiquement, par le port d’arme qui vient donc de devenir permanent, et lors des manifestations, par leur casque, masque, protections sur tout le corps face à des manifestants peu protégés. Juridiquement, par l’appui quasiment systématique de la justice lors des procès, permettant à l’Etat de renvoyer l’image du policier qui fait régner l’ordre et celle du manifestant violent. Par conséquent, Alliance, qui est apparemment un syndicat écouté, semble soutenir la politique ultra-sécuritaire du gouvernement, avec des policiers armés jusqu’aux dents.
 
Pour aller plus loin, notons que c’est la première mesure due à l’état d’urgence qui est rendue pérenne. Déjà par la reconduction à deux reprises, le gouvernement semble bien attaché à cet état d’urgence qui lui permet de justifier toute forme de violence depuis sa déclaration. Si le gouvernement commence à rendre pérennes les mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence, peut-on encore croire à sa levée, à un « après » ? Même si son nom disparaît, cet exemple renforce l’idée d’un état d’urgence permanent, et ce de manière concrète.