Société

Port d’arme hors service, légitime défense, réforme pénale…

Les policiers prennent confiance et haussent le ton face au gouvernement

Publié le 21 juin 2016

Les syndicats de police « se félicitent » de l’autorisation du port d’arme hors service, sur la base du volontariat, au-delà de l’état d’urgence. Mais « ce n’est pas suffisant », dit Alliance dans un communiqué. Avec SGP Police-FO, ils revendiquent aussi l’anonymisation des procédures pénales, des patrouilles à trois agents (au lieu de deux), et le renforcement de la protection fonctionnelle de manière plus générale.

Manon Véret-Gay

« On en a ras-le-bol. Des actes ! » s’est exprimé à TF1 le policier qui avait refusé de serrer la main à Hollande lors de la cérémonie en hommage aux deux policiers tués à Magnanville. L’accumulation des violences policières lors desmanifestations contre la loi travail, le dispositif anti-terrorisme mis en place pour l’Euro, et dernièrement la mort des deux policiers à Magnanville, ont mis la police sur le devant de la scène médiatique dominante. Ils voient maintenant qu’ils ont la possibilité de se faire écouter :Alliance et SGP FO ont déjà soumis leurs nombreuses revendications au ministère de l’Intérieur.

Le syndicat Alliance porte trois revendications dans leur dernier communiqué datant du 14 juin :« réforme des règles de légitime défense, restauration des peines planchers et préservation de l’anonymat des policiers ». Depuis, il défend également la gratuité des transports publics régionaux pour les agents de police sur l’ensemble du territoire. Le 17 juin, il annonce que cette gratuité va être effective en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) : « ce n’est qu’un début ». Autrement dit, les fonctionnaires de police obtiennent des privilèges lorsque les travailleurs se battent pour le retrait d’une loi visant à les réduire à la précarité. Le gouvernement n’est visiblement qu’à l’écoute de certains.

SGP Police-FO a, de même, soumis le 14 juin au Ministère des propositions sur « l’anonymisation sur tous les actes de procédure ». Seulement trois jours après, Hollande a annoncé qu’il prendrait des mesures pour assurer cet anonymat. Le syndicat, faisant face à un premier pas vers l’adoption de ses propositions, a réaffirmé dans son communiqué du 17 juin vouloir « des patrouilles à trois, minimum », ainsi que « domicilier les véhicules personnels [des policiers] sur leurs lieux d’affectation » et « la protection de leur droit à l’image ». La police déjà surprotégée par l’État demande clairement encore plus de mesures de sécurité à son égard. Si l’état d’urgence est synonyme d’état policier depuis son début, l’avancée des mesures de protection de la police mène pas à pasvers le renforcement d’un état policier permanent.

« Protection et reconnaissance restent les maîtres-mots », pour la SGP police-FO, « dont le Ministère n’a malheureusement pas encore pris toute la mesure. » Ce syndicat, avec d’autres tels qu’Alliance, semblent déterminés. Non seulement syndicats de police et gouvernement partagent une politique sécuritaire forte, mais Alliance et SGP police sont les deux syndicats les plus puissants chez les policiers. Ils ont donc plus de possibilités de se faire entendre. Ils ont déjà été entendus sur le port d’arme hors service, ils se donnent désormais les moyens de continuer l’offensive.