Débats

Science-fiction ? Pas uniquement…

Les prolos, Olivier Mazerolle et Léon Trotski

Publié le 1er juin 2016

Le mouvement ouvrier est de retour. Imprégnés jusqu’à la moelle par l’idéologie qu’ils véhiculent et qui invisibilise les travailleurs, la bourgeoisie et ses médias réagissent, face aux manifs, aux grèves et aux piquets de ces derniers jours comme si les Martiens avaient débarqué sur les Champs-Élysées. Ébahis, stupéfaits et horrifiés. Le système politique français et la superstructure hexagonale penchent tellement sur la droite que patrons, politiciens et journalistes sont restés bouche-bée, non seulement face au retour en force de la classe ouvrière (à laquelle personne ne s’attendait), mais plus encore dans la mesure où leur principale activité de ces derniers mois consistait à disserter, jusqu’à la nausée, des différentes combinaisons politiciennes en vue des élections de 2017.

Juan Chingo

Olivier Mazerolle représente à lui seul toute cette détresse et ces craintes. Journaliste politique vedette, d’abord de France 2 puis de BFM, sa dernière colonne dans La Provence est plus qu’intéressante. Le titre se veut énigmatique : « Bien l’bonjour de Léon ». C’est bien du compagnon de Lénine, de l’un des principaux dirigeants de la révolution bolchévique, dont on fêtera, en 2017, le centième anniversaire, dont parle Mazerolle.

Quand c’était l’bon temps, en 36 et en 68

Mazerolle regrette la bonne vieille CGT, bien monolithique, du temps où cette dernière suivait à la lettre les directives de Maurice Thorez et de Moscou, à l’époque où le secrétaire général du PCF rappelait, pour mettre fin aux journées de mai-juin 36, qu’il faut « savoir terminer une grève ».

Ce rôle, la CGT l’a assumé à maintes reprises, lorsqu’elle était conduite par des leaders staliniens qui siégeaient à la direction du PCF. Cela vaut pour 1936 comme pour 1968, lorsque la CGTU et la CGT ont troqué la perspective d’une révolution pour quelques réformes qui ont permis au capitalisme français de sauver sa peau, avec les Accords de Matignon, dans un premier temps, puis avec les Accords de Grenelle. Pour reprendre les mots de Mazerolle, « en mai 68, la CGT avait rompu avec les errances étudiantes, ce qui lui avait permis, malgré la victoire électorale de la droite, de se maintenir en interlocuteur incontournable ».

Incapable de donner une explication cohérente au cours actuel de la direction de la CGT qui, contrairement à ce qu’affirme Mazerolle, reste absolument fidèle à la perspective de la conciliation de classes, notre journaliste souligne, en guise d’éclaircissement, que cette époque est néanmoins « révolue. Finie la prudence bureaucratique stalinienne hostile aux coups de poker, et revoilà Léon Trotski, avec sa doctrine de la révolution permanente, partout et toujours, jusqu’à la victoire du socialisme ».

Gare aux gauchistes

Ce réveil du mouvement ouvrier pourrait être amené à durer, y compris sous un hypothétique gouvernement de droite qui succéderait à Hollande en 2017. Compte-tenu de la surenchère ultra-libérale dont se font les porte-paroles les candidats de droite à la primaire, Mazerolle les met en garde et leur demande de ne pas tirer profit des mésaventures de la gauche : « La loi bourgeoise interdit les blocages. La loi sociale les exige. L’idéologie trotskiste est minoritaire. Mais en cherchant à mettre la main sur des secteurs stratégiques, énergie, transports, elle se donne les moyens du combat. La majorité sortie des urnes lui est indifférente. Voilà pourquoi la droite devrait se préoccuper de ne pas faire sombrer le gouvernent Valls dans cette bataille au couteau. Le triomphe des méthodes trotskistes pourrait annoncer sa propre impuissance en cas de retour au pouvoir  ».

Du delirium tremens ? Sans doute. Mais Mazerolle a raison sur un point : le développement du trotskisme, c’est-à-dire du marxisme révolutionnaire de notre époque caractérisée par les crises, les guerres et les révolutions, est étroitement lié au sort de la classe ouvrière. Si cette dernière commence à relever la tête, le trotskisme devrait passer à l’offensive en laissant derrière lui la recherche des raccourcis opportunistes ainsi que la passivité défaitiste, des travers qui ont caractérisé l’extrême gauche hexagonale dans son développement à la suite de la défaite de la poussée 1968-1980 et dont les années les plus sombres ont été le mitterrandisme. Les partis et les courants qui viennent de cette tradition révolutionnaire seront-ils en mesure d’entendre le message ? Espérons-le !