Jeunesse

Entre service militaire et travail forcé

Les socialistes votent le service civique obligatoire

Publié le 29 juin 2016

Alors qu’une partie importante de la jeunesse est en lutte contre la loi « travaille » depuis 4 mois, les députés socialistes voient dans cette avant-garde un danger majeur et cherchent à la confondre avec des terroristes. Ils ont voté mardi 28 juin un amendement visant à enfermer un peu plus la jeunesse par un service civique obligatoire pour tous les jeunes de 18 à 25 ans de 9 mois comprenant trois mois de « classe Républicaine ». Ainsi, même si la mesure n’est pas encore entérinée, il s’agit bien d’un saut des députés socialistes pour tenter de restaurer leur autorité sur une jeunesse qui a bien compris que le seul avenir que lui réserve ce « monde », c’est bien la précarité et le chômage de masse.

George Waters

C’est une trentaine de députés socialistes qui ont proposé cet amendement à la loi « Egalité et Citoyenneté » visant à rendre obligatoire le service civique pour une durée de 9 mois, bien que le gouvernement n’y soit pas favorable. L’amendement, maintenant adopté, prévoit la création d’un service civique divisé en deux temps : le premier serait une « classe Républicaine » à la fin de l’année scolaire pour celles et ceux qui ont eu 18 ans. Le second, consisterait à un élargissement du service civique qui durerait six mois, tel qu’il existe aujourd’hui, avec la possibilité de le « couper » en deux (deux fois trois mois).

C’est l’occasion pour l’Etat de remettre dans le rang cette jeunesse qui « se radicalise », comme le pointait un rapport du député de l’Essonne Malek Boutih en juillet dernier. Alors que l’avant-garde de la jeunesse mobilisée contre la loi travail a subit une répression monstre, l’Etat est bien obligé de faire le constat que son école « républicaine » ne suffit pas ou ne suffit plus pour créer des générations dociles et exploitables, respectant l’Etat et leurs patrons sans broncher.

Il s’agit d’abord d’habituer toute une génération à obéir à l’Etat, et de rappeler l’Histoire et la vision officielle du monde. L’amendement précise en effet qu’il s’agit, durant la « classe républicaine » d’apprendre les « fondamentaux de la République : découverte des humanités et des symboles de la Nation (Histoire, Mémoire, droits universels, dignité humaine…)  » : une occasion de plus pour ceux qui nous dirigent de nous préparer au plus jeune âge à respecter leur monde, par le consentement quand cela est possible, sinon par la force, précisant que ce temps sera un « temps de mixité sociale et culturelle » : il s’agit encore une fois de viser certaines populations, qu’il ne fait pourtant que diviser de par son racisme d’Etat, dont la déchéance de nationalité n’est qu’un exemple.

L’exposé sommaire du Parlement souligne d’ailleurs qui est véritablement visé par ces mesures de contrôle : « Le principe du volontariat peut en effet en restreindre l’accès seulement aux plus aisés […]. Trop peu de jeunes habitants dans des quartiers populaires connaissent le service civique. Pourtant, notre pays recèle un potentiel d’initiatives et de générosité hors du commun, dans les territoires, les entreprises, les associations. En écho à cet esprit de résistance et d’innovation, nous devons créer les cadres favorables à l’émergence d’une nouvelle citoyenneté.  » Il s’agit bien de faire rentrer dans le rang les populations qui sont déjà les plus précaires, les obliger à travailler dans des administrations ou des entreprises pour 500 à 600€ : nous ne sommes pas loin du travail forcé.

Il s’agit ensuite d’habituer tous ces jeunes au précariat, à l’emploi sous-payé et peu considéré : pour la majorité de ces jeunes « engagés dans des missions d’intérêt général », ce sera en réalité un emploi déguisé qu’ils auront à assumer, dans les administrations ou les entreprises. Nous le pointions déjà quand Hollande promettait plus de services civiques contre le terrorisme1. En effet, les amendements du Front de Gauche visant à limiter le temps de travail en service civique ont été rejetés par les socialistes, arguant qu’il fallait de la « souplesse ». Ces emplois déguisés reproduisent de surcroit les principes d’exploitation dans les entreprises : les mêmes dynamiques de recrutement sont à l’œuvre, les mêmes dynamiques d’exploitation. A quand le travail non payé obligatoire ?

Solidaires Etudiant.e.s a lancé une pétition contre le service civique obligatoire.