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Les tirailleurs sénégalais : un supplément d’armes

Alimaj Tacsam

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Photo : 16 juin 1917. Soldats sénégalais près du front de l’Ouest en Alsace. Paul Castelnau, galerie Bilderwelt / Getty Images

Les tirailleurs sénégalais : un supplément d’armes

Alimaj Tacsam

En 1903, Auguste et Louis Lumière brevettent l’Autochrome, photoshop à l’ancienne, pour réaliser des clichés en couleurs. Cette technique industrielle va coloriser les images de la Grande Guerre, y compris celles des « Forces Noires » combattant sur le front.

Le 6 novembre 2018, à Reims, Emmanuel Macron a inauguré avec le président malien Ibrahim Boubacar Keita un monument en hommage à la mémoire de « l’Armée Noire » qui a combattu pour la République pendant la Grande Guerre. Au cours de cette dernière ce sont 161.250 les Africains qui sont recrutés au service de la France coloniale, dont 50.000 entre 1915 et 1916, pour contrebalancer les pertes subies par les troupes « métropolitaines ».

Photo : 22 juin 1917. Soldats sénégalais Bambara à Balschwiller, Alsace. Paul Castelnau, galerie Bilderwelt / Getty Images

Photo : 22 juin 1917. Soldats sénégalais Bambara à Balschwiller, Alsace. Paul Castelnau, galerie Bilderwelt / Getty Images

Connus sous le nom de « tirailleurs sénégalais », terme qui désigne l’infanterie originaire de l’Afrique Occidentale Française de l’Empire colonial, ces soldats indigènes, encadrés par des officiers blancs, proviennent en réalité de plusieurs zones de la région subsaharienne comprises entre le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée, le Mali, le Burkina, le Niger et la Mauritanie actuels. A côté des tirailleurs malgaches et indochinois, le corps des tirailleurs sénégalais forme le deuxième pilier de « La Coloniale », la première composante de cette Armée coloniale française étant constituée de l’infanterie et de l’artillerie « métropolitaines » déployées dans les colonies. Le corps des tirailleurs, lui, est créé bien avant 1914, en 1857, par un décret de Napoléon III. Jusqu’en 1960 les tirailleurs indigènes participeront à toutes les offensives coloniales menées par la France en Afrique, en Indochine, au Maroc et en Algérie, notamment, ainsi qu’aux deux Guerres mondiales.

Des 102 bataillons qui constituent les Troupes coloniales au début de la Grande Guerre, un quart est constitué par la « Force Noire » qui est mobilisée sur plusieurs fronts lors du conflit, que ce soit en « Orient », aux Dardanelles et à Salonique, entre autres, ou en France.

Le 16 avril 1917, 15.000 tirailleurs sénégalais sont lancés en première ligne à l’assaut du Chemin des Dames. C’est une véritable boucherie. 1.400 tirailleurs sont tués le premier jour. Au total, plus du tiers des troupes Noires initialement engagées meurent au cours de la bataille.

Photo : 1917. Soldats africains sur le front de l’Ouest. Fernand Cuville, galerie Bilderwelt / Getty Images

Souvent très jeunes, les soldats africains sont recrutés au sein des communautés par les chefs de village sollicités par l’administration coloniale. Mais comme l’explique Eric Deroo, historien et cinéaste, spécialiste de l’histoire et des représentations sociales, coloniales et militaires, le recrutement ne se fait pas sans obstacles et « des régions entières se soulèvent (…), fuient dans les territoires, en particulier dans les territoires anglais par exemple du Gold Coast [Ghana]. Et à partir de là, [la France] aura le plus grand mal à recruter ».

30.000. C’est le nombre de ces « Tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux (…) Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort », que Léopold Sédar Senghor salue dans son poème éponyme de 1948, qui perdent la vie pour la République pendant la Grande Guerre.

Photo : 16 juin 1917. Soldats sénégalais près du front de l’Ouest en Alsace. Paul Castelnau, galerie Bilderwelt / Getty Images

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