Politique

Les transports rentrent dans la bataille : grèves reconductibles SNCF, Ratp et aérien

Publié le 30 mai 2016

À plusieurs reprises depuis le 9 mars, les cheminot-es se sont mis en grève contre le décret socle et la loi travail. L’intersyndicale CGT-SUD-Unsa et les comités de mobilisation appellent désormais à la grève reconductible à la SNCF à partir du 31 mai au soir, un appel tant attendu par de nombreu-ses cheminot-es, secteur mobilisé depuis le 9 mars. Ils et elles sont rejoint par d’autres secteurs de transports : la Ratp en grève reconductible à partir du 2 juin, et le secteur aérien du 3 au 5 juin. Mois qui se révèle d’autant plus stratégique pour le secteur des transports, avec les touristes qui commencent à affluer et l’Euro qui va bientôt débuter.

Manon Véret-Gay

Les cheminots de la SNCF sont appelés à partir en grève reconductible par la CGT, SUD et l’Unsa, après plus de deux mois de « grèves saute-mouton ». La CFDT a, quant à elle, retiré son préavis suite aux dernières négociations du 28 mai, jugeant qu’un « point d’équilibre est atteint ». Certains cheminots se sont posés sur le préavis de SUD et sont donc déjà grévistes en reconductible depuis le 18 mai. Ils mobilisent leurs collègues pour rassembler le plus de cheminots dans la grève qui débutera le 31. Résultat : moins d’un RER D sur quatre circulera (indice S0), ainsi que peu de RER C (indice S1). En effet, de nombreux cheminots ont récemment posé leur Déclaration d’Intention d’Interruption du travail (DII) pour le 31. Par exemple, à Gare du Nord, 100 DII ont été déposées sur 130 cheminots soumis à DII. Or celles et ceux soumis à DII sont les conducteurs, contrôleurs, etc., c’est-à-dire les services des plus stratégiques pour que la grève soit visible et effective. À la Ratp, la mobilisation est plus récente. En avril par exemple, des étudiant-e-s de Paris 8 ont organisé régulièrement des diffusions de tracts en soutien des travailleurs de la Ratp à Saint-Denis. Aujourd’hui, la CGT Ratp appelle à la grève reconductible à partir du 2 juin. Ces deux secteurs pourront avoir un impact conséquent sur les jours à venir, non seulement avec la période touristique qui commence, mais aussi avec l’Euro qui approche : 2,5 millions de personnes sont attendues.

Dans l’aérien, le mouvement de grève est aussi relativement nouveau, avec des grèves à l’effectivité croissante les derniers jours de mobilisation nationale. Le 18 mai, 20 % des vols ont été ainsi supprimés à l’aéroport d’Orly. Plusieurs syndicats de l’aviation civile ont appelé les travailleurs de l’aérien (au sol et en vol) à se mettre en grève du 3 au 5 juin. Mais déjà, un syndicat de pilotes a appelé à une grève plus longue. Le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) a voté le principe d’une grève longue à 68 %. C’est le syndicat majoritaire à Air France. En plus d’avoir un impact comme les cheminots et les travailleurs de la Ratp, le secteur de l’aérien qui se met en grève peut apporter une plus grande visibilité du mouvement à l’étranger. Par ailleurs, sur 2,5 millions de personnes attendues pour l’Euro, la moitié vient de l’étranger. Emmanuel Mistrali, porte-parole du SNPL Air France, a même dit qu’il « y aura forcément des actions en juin ».

Les travailleurs des transports grévistes pèsent dans le rapport de force qui se crée actuellement avec le gouvernement. C’est tout d’abord bloquer l’économie, pour faire payer la direction en tapant là où ça fait mal : dans son porte-monnaie. Mais c’est aussi en se tournant vers les usagers qui eux subiront les problèmes de sécurité et les problèmes d’affluence, à travers les plans d’austérité de la direction. Cela donne également une visibilité importante à la mobilisation contre la loi travail, qui prend une ampleur considérable depuis ces derniers jours. Un grand public est touché par cette grève, public encore élargi avec le secteur aérien qui permet d’atteindre l’étranger. La saison touristique démarre, le tournoi de l’Euro arrive, et la France est l’un des pays les plus visités au monde. Ce mois de juin peut être l’opportunité pour les travailleuses et les travailleurs des transports de montrer tout le poids qu’ils et elles ont dans l’économie française, et donc être dans la bataille avec tous les autres secteurs mobilisés contre la loi travail.