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Amiens

Les travailleurs craquent : trois suicides en un mois à Valeo Amiens

Le site Valeo Amiens, fleuron industriel picard en équipementier automobile, emploie 1020 salariés. Trois employés, dont un syndiqué à la CGT, se sont suicidés au cours du mois d’avril.

Crédits photo : © Valeo S.A.

Les 2, 24 et 27 avril, trois employés du site Valeo Amiens se sont donné la mort à leur domicile. La direction, qui a exprimé ses vœux de soutien à la famille, a certifié qu’il s’agirait de « drames d’ordre privé ».

La CGT, prudente sur les causes, cherche à susciter des réactions. En effet, comment séparer ces suicides des conditions de travail de ces salariés à Valeo ? Comment fermer les yeux sur la réalité de conditions de travail dégradées d’entreprises qui, pour faire de meilleurs rendements augmentent les cadences, réduisent les pauses ?

Parce que travailler à Valeo Amiens, comme dans d’autres grandes entreprises françaises et d’ailleurs, est devenu invivable. Les travailleurs, en raison de leurs conditions de travail et de vie, meurent plus jeunes que la moyenne. Franck Merelle, responsable CGT du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) Valeo-Amiens rappelle les décès réguliers des retraités empoisonnés à l’amiante.

Ils meurent plus jeunes aussi parce que certains en viennent à écourter leurs jours, impuissants face à la dégradation de leur vie professionnelle et personnelle, l’une impactant toujours l’autre. Les collègues témoignent du quotidien à Valeo. Ils parlent de la pression mise en place par la direction, des tensions que cela créait entre les collègues, de la concurrence, des collègues en déprime et de la direction qui n’y fait rien, des pauses déjeuners qui rétrécissent à vue d’œil, et des 250 CDD. Et dans tout ça, Valeo Amiens se porte bien, fait du chiffre en employant régulièrement des salariés qui souvent ne restent que quelques mois.

L’entreprise marche. Et dans le même temps, le taux de chômage en Picardie, lui, augmente. Alors chacun cherche un emploi, et quand Valeo Amiens fait son bonhomme de chemin, d’autres entreprises voisines préparent, elles, des licenciements, comme à Whirlpool. C’est ça qui pend au nez des travailleurs : le licenciement, le chômage et la peur de se retrouver sans rien. Alors il faut accepter les cadences infernales, jusqu’à ne plus tenir moralement et physiquement.

À Whirlpool, les travailleurs se sont mis en grève pour résister, pour s’opposer aux licenciements. À Valeo Amiens aussi, ils ont connu plusieurs grèves. Et c’est seulement par la grève, l’arrêt des machines et de la production que les salariés peuvent instaurer un rapport de force et reprendre en main leur travail, exiger pour eux-mêmes, pour leurs familles, pour leurs collègues, pour l’ensemble des travailleurs, des meilleures conditions de travail et le droit à la vie ; et non par les urnes, non par les promesses électorales formulées aujourd’hui de part et d’autre.