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Genres et Sexualités

Femmes, travail et université

Les travailleuses, premières victimes de la fusion des universités toulousaines

Depuis plus d'une semaine, la mobilisation contre le projet de fusion des universités se met en place à Toulouse. Le projet consiste à fusionner les universités du Mirail (Jean Jaurès), Paul Sabatier, l'INSA et l'INP en un « Grand Établissement ». Un des objectifs est de réaliser des économies d'échelle, en fusionnant les différents sites notamment au niveau administratif. Outre les conséquences néfastes pour les étudiants, ce projet aurait aussi des conséquences pour nombre de travailleurs de l'université. En première ligne, les personnels BIATSS (Bibliothèque, Ingénieurs, Administratifs, Techniciens, Social, Santé). Or ces travailleurs sont majoritairement des travailleuses. Crispine Scavola

Selon les derniers bilans sociaux des universités toulousaines, 61,5 % des BIATSS de l’Université Paul Sabatier et 67 % des BIATSS de l’Université du Mirail sont des femmes. En ce qui concerne les non-titulaires à temps incomplet ou partiel – enseignants compris –, elles représentent 77 % des effectifs. À l’heure actuelle, les femmes sont donc déjà les plus précaires parmi les personnels.

Les premiers postes supprimés dans le processus de fusion seraient ceux des personnels BIATSS. Pour celles et ceux parmi le personnel qui ne perdraient pas leur poste, les conditions de travail s’en trouveraient nécessairement dégradées : en effectif réduit les travailleurs et travailleuses de l’université auraient à réaliser un travail plus conséquent (plus d’étudiants à gérer, etc). Cette logique, déjà amorcée depuis plusieurs années, avait notamment été dénoncée par les personnels du département de Psychologie du Mirail qui faisaient grève en début d’année scolaire. Ceux-ci se retrouvaient en effet à 24 personnels administratifs pour gérer plus de 5 000 étudiants !

Selon un article du Monde Diplomatique qui décrit les conséquences de la fusion de l’université d’Aix-Marseille, la fusion est loin d’avoir simplifié le travail à l’université, contrairement à ce que prétendent ceux qui voudraient nous l’imposer à Toulouse. Un doctorant-enseignant vacataire raconte que l’université lui doit 3 600 euros de salaire en retard. Plusieurs employés administratifs témoignent de la dégradation de leurs conditions de travail : la multiplication des couches administratives ralentit la circulation de l’information, ce qui augmente la pression pour traiter les dossiers à temps ; les employés ont parfois dû changer de fonction, sans formation préalable... Les résultats d’un questionnaire distribué par la CGT aux salariés d’Aix-Marseille sont éloquents : « 70 % considèrent que leurs conditions de travail se sont dégradées depuis la fusion et s’estiment mal reconnus dans l’établissement ; 68 % déplorent que le travail se fasse dorénavant dans l’urgence, et près de la moitié jugent les directives souvent contradictoires ».

Or les femmes, majoritaires parmi les BIATSS à Toulouse comme ailleurs, seraient les premières victimes des conséquences de la fusion. En effet, la réduction voire la suppression des filières considérées non rentables et la réduction des effectifs BIATSS découlant de la logique de rentabilisation engendrent deux conséquences : voir son poste supprimé ou ses conditions de travail dégradées.

Il n’est pas anodin que l’université du Mirail soit au cœur du processus des universités toulousaines : en effet, celle-ci est la moins « rentable » de toutes les universités de Toulouse. Les sciences humaines et sociales, les lettres, les arts... sont des filières qui n’ont que très peu d’intérêt pour les représentants d’entreprises qui siègeraient dans le Conseil d’administration issu de la fusion (comme EDF au CA de l’université d’Aix-Marseille). Ainsi, le Mirail serait l’université la plus touchée par cette logique. Dans ces filières jugées non rentables, les femmes sont largement majoritaires, à l’inverse des études de science « dure » (à Paul Sabatier, elles sont 41 % en sciences et 37 % dans les IUT en première année, écart qui ne fait que s’accroître à mesure du cursus). D’après une enquête de l’OVE (Observatoire de la Vie Etudiante), 68 % des étudiants du Mirail sont des étudiantes. De fait, à ce niveau également, les femmes seraient les premières concernées par les suppressions de filières, les augmentations des frais d’inscription, la sélection accrue...

La lutte contre la fusion des universités toulousaines a déjà permis de mobiliser plusieurs centaines d’étudiants et personnels, en AG et aux rassemblements devant les différents conseils d’administration. Au-delà de la défense de l’université actuelle se pose également la question de l’université que l’on veut. La question des femmes qui travaillent et étudient à l’université doit être intégrée à cette réflexion et portée par toutes et tous.

Pour faire entendre les voix des femmes travailleuses et étudiantes du Mirail et d’ailleurs, la date du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, est une échéance centrale. Une manifestation et une journée de grève sont appelées, auxquelles doivent se joindre les travailleurs, travailleuses, étudiants et étudiantes du Mirail pour revendiquer des conditions d’études et de travail décentes. A l’inverse de la logique de fusion des universités, il est nécessaire de défendre une université qui porte un regard critique sur la société et qui prenne en charge les revendications des plus précaires, dont la majorité sont des femmes !




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