^

Politique

Coup de com’ ou coup de grippe

Les vacances de Monsieur Macron : un président à bout de souffle ?

En général, quand on se repose, c’est soit après, soit avant l’effort. Si Macron a décidé en urgence de prendre quatre jours de vacances, ce n’est pas pour motif de villégiature en Normandie ou ailleurs. C’est à la fois pour récupérer des chocs qu’il a dû encaisser depuis la rentrée, mais aussi pour recharger les accus en vue des mauvais coups sur les droits à la sécurité sociale et à la retraites qu’il prépare contre les travailleurs et la population.

Un Bonaparte affaibli

Ses proches le disent, si le président a avancé le Conseil des ministres du mercredi au mardi pour pouvoir prendre la tangente plus tôt, c’est que, selon eux, « il a besoin de récupérer ». Toute la séquence post élections présidentielles nous avait pourtant montré un Macron quasi enragé de « réformes », avançant son plan d’austérité à marche forcée et se pensant invincible. Malgré des épisodes forts de la lutte des classes, dont la bagarre des cheminots a représenté le point le plus élevé avant les vacances d’été, il avait, jusqu’ici, réussi à passer en force.

Mais, à la rentrée, le vent a tourné. Jupiter, après avoir bu quelques tasses, a dû descendre de l’Olympe. L’affaire Benalla, la défection de Nicolas Hulot, le départ de Collomb, ministre de l’intérieur, les critiques montantes jusque dans son propre camp et la chute constante dans les sondages, jusqu’à des seuils que certains qualifient « d’irréversibles », ont tiré provisoirement le Bonaparte au petit pied de son rêve de toute puissance. De quoi le faire baisser d’un ton.

Ce fut, fin septembre, le moment du « mea culpa ». Il l’a joué humble : « Aidez-moi », a-t-il lancé, en direct des Antilles « j’ai besoin de vous, journalistes, population, élus ». Ce qui a fait dire au journal Le Monde : Devenu arrogant aux yeux des Français et impopulaire, le président de la République a décidé de changer ». Cette cure d’humilité contre nature l’a d’ailleurs probablement bien plus fatigué que de conduire le bulldozer qui, à coup d’ordonnances et de répression, ratatinait tout sur son passage.

Un opiniâtre qui s’obstine

D’ailleurs le naturel est revenu au galop. A peine avait-il, loin de l’agitation du pouvoir central, battu sa coulpe, appelé à l’aide et gratté pendant deux jours la corde sensible de l’empathie que Macron, recevant le JDD dans un petit salon de la résidence préfectorale de Saint-Claude en Guadeloupe, se lançait dans un plaidoyer énergique pour réaffirmer sa « vision » à long terme et sa détermination à « réformer ».

Il n’est pas impossible que le dernier épisode à suspens de la nomination du nouveau ministre de l’intérieur, preuve criante du désarroi de l’exécutif et de la fragilité de la base de recrutement politique de LREM, ait à nouveau quelque peu usé l’énergie du chef de l’exécutif et amené son entourage à douter un peu plus de son caractère invincible. Ils se sont en tout cas inquiétés des signes d’usure au pouvoir qu’il pouvait donner.

Pourtant à la veille de la Toussaint, comme à la fin septembre, Macron n’a pas l’intention de changer de braquet politique, pour la bonne et simple raison que c’est la seule perspective qui lui permette de conserver le soutien d’un patronat dont il tente de défendre jusqu’au bout les intérêts. Les quatre jours de vacances devraient être, pour le président, l’occasion de refaire ses provisions d’énergie pour poursuivre et aggraver ce qu’il a entrepris depuis son élection.

Décidé à repartir du bon pied, il entreprend, la semaine prochaine, un marathon dans le Grand Est et les Hauts-de-France pour visiter les champs de bataille de « la grande guerre ». Le 11 novembre verra la présence conjointe de Trump et Netanyahou à ses côtés. De quoi, pense-t-il sans doute, réaffirmer une stature nationale et internationale capables de le faire gravir quelques marches sur l’escalier de l’Olympe qu’il a descendu si rapidement.

Une victoire collective à construire

Finalement, les « difficultés » qu’a rencontrées Macron, sont dues essentiellement à la crise que traverse le système politique français et l’ensemble de ses partis, après l’effondrement des partis traditionnels de gauche (PS) et de droite (LR). La place par défaut occupée par Macron et sa formation LREM va de pair avec une base sociale étroite et fluctuante et un personnel politique peu nombreux et volatile. La chute rapide dans les sondages, les départs de ministres, la difficulté à trouver un nouveau gouvernement en sont autant de signes. Mais bien qu’ils aient pu épuiser le chef de l’exécutif et bon nombre de ses équipiers, ces phénomènes n’entraînent pas mécaniquement sa chute et il se montre tout à fait capable de résilience.

Si Macron n’est que « fatigué » et pas K.O. et que quatre jours pourraient suffire à le requinquer, c’est que les seuls coups qui pourraient le mettre à genoux, lui et ses « réformes mortifères », seraient ceux portés par la lutte des classes et un mouvement social puissant.

En fait, le moment le plus critique pour Macron a été celui de l’opiniâtre mouvement de grève des cheminots. C’est principalement l’incapacité d’aboutir à une stratégie commune des syndicats, appuyée sur la grève reconductible et la convergence vers la grève générale qui lui a, encore une fois, sauvé la mise. Mais, même si elle n’a pas été un raz de marée, la manifestation du 9 octobre a montré que la combativité des travailleurs du secteur public, mais aussi du secteur privé et des étudiants restait intacte.

Macron se refait une santé et fourbit ses armes. La question est posée dans le camp des travailleurs : comment remobiliser nos forces, comment cumuler les énergies, quelles armes choisir ? Sans réponse à ces questions, il n’y aura pas de K.O. au sommet de l’État.




Mots-clés

Edito   /    Emmanuel Macron   /    Politique