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Lettre à mes camarades de France sur le décès d’un ouvrier révolutionnaire argentin

Publié le 12 septembre 2016

Nous avons appris ce weekend la triste nouvelle du décès du camarade Oscar « Chiche » Hernandez, dirigeant ouvrier du Parti des Travailleurs Socialiste d’Argentine. Chiche a milité pratiquement toute sa vie. Pendant 40 ans il a été ouvrier métallurgique. Il a milité politiquement dans le Mouvement vers le Socialisme (MAS) argentin, puis dans les années 1990 il a commencé à militer au sein du PTS.

Philippe Alcoy

Beaucoup de camarades argentins l’on connu alors qu’il était délégué syndical d’une grande usine métallurgique de San Nicolas près de Rosario (dans la province de Santa Fé au Nord de Buenos Aires).

Chiche incarnait, non pas l’image d’un militant invincible et parfait, mais de celui qui ose, toute sa vie durant, militer dans toutes les circonstances. Et les circonstances qu’il a connu ont été remplies d’adversité. Chiche a commencé à militer très jeune, avec ses parents, sous la dictature. Il a traversé les terribles années 1980 et 1990 face à une offensive néolibérale implacable en Argentine. Quand il a commencé à militer avec le PTS, ce parti ne comptait alors que très peu d’ouvriers et était totalement conspué par le reste de la gauche trotskyste.

Mais c’était un PTS qui avait la ferme volonté de se construire au sein de la classe ouvrière. Et cela malgré le chômage de masse et les attaques des gouvernements soutenus par le patronat et par l’impérialisme. Et cela malgré l’offensive idéologique de la bourgeoisie au niveau mondial où parler de « socialisme » était devenu risible. Malgré le fait que les principales luttes dans le pays étaient menées par un autre secteur de notre classe : les chômeurs qui, isolés et sans se lier à la classe ouvrière employée, n’avaient pas la force sociale de frapper directement au portefeuille du patronat.

C’est cette volonté du PTS, cette conviction et endurance militante, révolutionnaire, qui a posé les bases pour le développement ultérieur de son implantation (importante mais encore trop petite par rapport à notre ambition) au sein de la classe ouvrière en Argentine. Aujourd’hui c’est plus « facile » pour un ouvrier ou une ouvrière consciente de militer dans le PTS. Pour des ouvriers comme Chiche ou d’autre dirigeants ouvriers historiques du parti, c’était une autre histoire.

La situation actuelle à travers la planète est terrible pour notre classe. Les organisations syndicales, en plus de s’être affaiblies, sont pour la plupart cooptées et dirigées par des bureaucraties. Celles-ci sont au mieux profondément réformistes, au pire, complètement vouées à la cause patronale. Les groupes marxistes révolutionnaires sont également affaiblis et pour une partie en crise. Gagnés par le scepticisme beaucoup se sont adaptés « à la misère du possible ».

Le capitalisme est en train d’avilir les rapports humains à des niveaux jamais atteints. La crise économique non seulement aggrave cette situation et la misère des masses mais, comme corollaire, elle est en train de faire resurgir et se développer des courants politiques profondément réactionnaires.

Pourtant, il y a des réponses des classes populaires, comme les 4 mois de mobilisation contre la Loi Travail en France l’ont démontré. D’autres résistances ont eu lieu ailleurs aussi : comme le grand processus des « révolutions arabes », même si celui-ci se trouve dans un moment de reflux profond, les grèves générales en Grèce ; ou encore le mouvement Black Lives Matter aux USA. Et tant d’autres. Certes, ces mouvements ne défendent pas vraiment (au moins pour le moment) un projet pour le dépassement du capitalisme, mais ils portent le germe de l’avenir, des futures résistances, mouvements et victoires.

C’est dans ce contexte que l’intervention des révolutionnaires et la construction de partis révolutionnaires, de classe, communistes, deviennent de plus en plus déterminants, que chaque militant révolutionnaire est précieux. Chiche a milité dans une période très difficile, de « réaction » profonde où militer signifiait risquer sa vie, relevait d’un autre niveau d’attaque et de répression que les « plans d’austérité » ou l’état d’urgence en France. Mais il faut rester attentif car le capitalisme sait très bien déployer ses ailes destructrices et semer la barbarie et la sauvagerie à travers la planète. Il l’a déjà démontré et le démontre chaque jour.

Chiche incarnait la conviction que notre victoire est non seulement possible mais nécessaire, que cela doit nous donner les forces de continuer, de nous améliorer, de nous préparer. Le décès de Chiche est une nouvelle très triste. Mais une fois qu’on a entendu son message et sa conviction de se battre pour construire un monde dans lequel cela vaille le coup de vivre, on ne peut plus l’oublier. Rien ne dure éternellement, rien n’est pour toujours. « Toujours » est une imposture. Même « la fin de l’Histoire » aura une fin ! Chiche restera dans les mémoires et les cœurs de tous ceux qu’ils l’ont connu.

Comme on dit en Argentine : Compañero Chiche Hernandez, PRESENTE !