Politique

Une émission à l’image d’une politique-spectable

Philippe Poutou : leurs « ambitions intimes » et les nôtres

Publié le 13 octobre 2016

Philippe Poutou

Ces derniers jours, une émission télé a beaucoup fait parler d’elle, « Ambition intime », classée dans le (nouveau) genre de télé-réalité politique. Le principe est d’inviter des candidats à la présidentielle et de les faire parler d’eux, de leur vie privée, de leurs émotions, dans un cadre qui rappelle un peu leur chez-soi. Tout un programme. 

Je ne l’ai pas regardée, et, autant le dire de suite, n’ayant pas été invité, il ne s’agit pas d’étaler ici ma frustration. Car pour être tout à fait clair, s’il y avait eu invitation, nous l’aurions déclinée. Cette émission est à l’image d’une vie politique-spectacle, pitoyable, abêtissante, où s’étalent les ambitions et les prétentions tout à fait personnelles. C’est d’ailleurs annoncé tel quel : ici, pas question de parler d’idées ou de programme, surtout pas de politique, mais bien de la personne, de l’humanité enfouie, visiblement très bien enfouie, de chacun. C’est la personnalisation poussée au bout. Cela ne donne vraiment pas envie, on les voit déjà bien assez squatter tous les médias.

Alors même si l’audience de la première émission diffusée est importante (plus de 3 millions de téléspectateurs !), ce traitement médiatique ne peut que renforcer le discrédit du système politique. L’étalage des psychologies de politiciens qui rêvent de pouvoir, de leur hypocrisie, de leurs bons sentiments et de leur démagogie, tout cela au service de leur campagne, de leur chasse aux voix, cela ne peut forcément que contribuer à écœurer toujours plus les gens.

Car au-delà du côté « show-biz » de la vie politique, il y a la réalité d’une caste, celle des politiciens entièrement au service des plus riches et qui se moquent bien des gens d’en bas. Leur défilé des ambitions personnelles (et intimes) souligne encore plus l’urgence de renverser tout cela, l’urgence pour notre camp social de se représenter lui-même, de prendre la parole et nos affaires en main, l’urgence de faire de la politique nous-mêmes pour défendre nos vies.