^

Société

Souffrance au travail

Lidl porte plainte suite à la diffusion du reportage de Cash Investigation

Le groupe franco-allemand, suite à un comité d’entreprise exceptionnel à Strasbourg, décide donc de porter plainte contre X pour « transmission de documents confidentiels ». En effet, l’agressivité des méthodes managériales comme les cadences infernales révélées au grand public par la diffusion du reportage le 26 septembre dernier ont conduit les dirigeants de Lidl à lancer une chasse aux sorcières dans l’entreprise.

Crédit photo : distrisup-formation.com

« Travail, ton univers impitoyable »

« Si je viens et que le magasin est mal tenu, je te promets que toi et moi on se verra toutes les semaines. (…) Ça va être à feu et à sang (…). Je te mettrai six jours de mise à pied à longueur de temps, tu vas mourir  ». Ces mots, ce sont ceux d’un directeur régional de Lidl à un responsable de magasin dont les journalistes de France 2 ont pu se procurer l’enregistrement. La violence des propos, si elle est jugée anecdotique par les dirigeants du groupe, reflète en réalité des méthodes de management agressives, mettant les salariés sous pression. L’enquête a ainsi montré que depuis le virage de Lidl pour quitter le hard-discount, l’organisation du travail au sein des enseignes comme des entrepôts de stockage ont été profondément remaniés. Ainsi, les salariés des magasins subissent de fortes pressions psychologiques, comme ces caissières qui ne pouvaient pas aller aux toilettes, contraintes de rester debout pour scanner les articles des clients : au-delà de la pression psychologique, la charge physique est aussi considérable.

En effet, les préparateurs de commandes dans les entrepôts déplacent plusieurs tonnes de colis par jour avec, pour seul interlocuteur, une sorte de GPS à commande vocale qui donne les instructions et auquel on ne peut répondre que par une série de mots bien précis. Un simple « bonjour » à un collègue et le logiciel s’emballe, le mot ne faisant pas partie de la liste ce ceux qu’il reconnaît. Ces tonnes de colis, associées aux injonctions de productivité par les supérieurs, conduisent de nombreux salariés à des arrêts maladies, usés par les cadences. Une pression tellement insupportable qu’en mai 2015, elle a poussé Yannick Sansonetti au suicide. Et c’est sur son lieu de travail que cet agent de maîtrise s’est donné la mort alors qu’il cumulait la charge de travail de trois personnes et qu’il avait déjà alerté ses supérieurs de cette situation intenable. En vain…

Panique chez Lidl

Les révélations de Cash Investigation ont donc mis les dirigeants du groupe en difficulté. En témoigne la réaction de Denis Maroldt, co-gérant de Lidl-France, lorsqu’Elise Lucet lui a fait écouter l’enregistrement audio mentionné plus haut. Gêné, Denis Maroldt n’a trouvé de meilleure réponse que d’affirmer que ces propos sont hors contexte tout en avouant, contraint par la journaliste, que l’homme responsable de ces propos était toujours en poste dans le groupe.

La diffusion de ce reportage a donc obligé la direction du groupe à mener une véritable opération de communication, en minimisant et relativisant les faits pointés. Denis Maroldt s’est empressé de déclarer par la suite au Figaro que « le reportage ne reflète pas [les] pratiques [de Lidl]. Ce qui est montré dans le reportage, ce sont des situations isolées. Au contraire, nous sommes convaincus que le succès de l’entreprise va de pair avec l’amélioration des conditions sociales et de travail des salariés. On est conscients qu’il y a des efforts à faire pour améliorer les conditions de travail des salariés dans l’entreprise  ». Ces déclarations de bonnes intentions se sont d’ailleurs accompagnées de la diffusion en interne du groupe d’un communiqué tentant de décrédibiliser l’enquête en précisant que ce « magazine télévisé [est] réputé pour ses méthodes polémiques ».

Mais qu’on ne s’y trompe pas, de telles déclarations ne sont que de tristes tentatives pour tenter de faire bonne figure et minimiser ce que le reportage dénonce. S’il paraît difficile pour Lidl de s’attaquer autrement à l’équipe de journalistes qu’en minimisant les faits relevés par l’enquête, c’est au sein de ses propres rangs que le groupe part en guerre : la plainte contre X pour « transmission de documents confidentiels » promet son lot de pressions aux salariés, et notamment à ceux qui ont osé parlé. C’est hélas bien souvent lorsque les caméras s’éloignent que la dictature patronale ressort du bois et tente de dévorer les brebis galeuses.




Mots-clés

Grande distribution   /    souffrance au travail   /    Précarité   /    Patrons-voyous   /    Société