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Politique

Du « pragmatisme » au « réalisme »

Loi Asile Immigration : ce que ce texte veut dire

Cette semaine, à l'Assemblée, les députés discutent du projet de loi Asile et immigration présenté par Gérard Collomb et dont les éléments sont connus depuis plusieurs semaines : allongement de la durée de rétention à 90 jours (contre 45 aujourd'hui), raccourcissement du délai de recours en cas de refus de la demande d'asile (attaque contre le droit à la défense), enfermement des mineurs en Centre de Rétention. Un projet de loi conçu pour favoriser et accélérer l'éloignement des personnes migrantes au mépris de tous les droits humains.

[Crédit photo : Alexis Sciard]

Un texte très répressif et très à droite, mais que LR et le FN, qui décidément sont comme cul et chemise, cherchent à présenter comme trop bienveillant à l’égard des migrants. Le débat est houleux cette semaine, alimenté par les fantasmes des uns – un plan caché de régularisation, qui inquiète les députés Les Républicains – et sent décidément le pourri, tant on pourrait s’attendre à un minimum de décence sur un tel sujet.

Alors en visionnant les débats, on constate que Collomb et sa sous-ministre Gourault, savent très bien parler de rétention administrative et que les chiffres ne les effraient pas : les 90 jours de rétention, les 15 jours de délai, les pourcentages d’entrées, de sorties, de régularisation, autant d’agréments pour un débat concernant le sort de personnes qui ont été contraintes de quitter leur pays, victimes de guerre ou de misère. Après le « Pragmatisme » de Macron, qui fait fond sur la « fin des idéologies » qu’on nous ressasse depuis une trentaine d’années, voilà désormais qu’entre en scène le « Réalisme » de Macron, sous l’aspect d’un vieux personnage presque liquide (Collomb) et d’une « second couteau » (Gourault) qui en a un entre les dents.

Mais on a beau se couvrir les yeux, on ne peut s’empêcher de remarquer que la part faite à l’idéologie est plutôt belle dans cette histoire : déjà, le simple fait de parler d’une « crise des migrants » participe d’un discours idéologique et mensonger, tant l’histoire des migrations dément cette vision du phénomène. Ensuite, la question des droits des personnes migrantes et de leur dignité, est le résultat d’une construction idéologique, qui consiste à déshumaniser une partie des êtres humains en raison de leur statut aux yeux de la loi et de leur parcours. Enfin, rappelons, s’il en est besoin, qu’il y a énormément de choses concrètes qui ont la liberté de transiter facilement tout autour de la planète – pour la nommer, après Marx, on dira « la marchandise » – quand cette liberté est ôtée à des personnes en raison de leur pays d’origine ou des causes de leur exil.

A l’Assemblée, en tout cas, malgré les effets de surface des débats, c’est la course à l’échalote pour savoir qui sera le plus répressif, puisque tous les députés LREM et LR s’accordent sur le fait que les migrants « posent problème » - lequel « problème » s’est progressivement fabriqué au fil des ans, à chaque fois qu’un gouvernement lorgnait sur le discours du FN pour en récupérer l’électorat. Et démonstration est faite encore une fois qu’on peut faire du « tout-répressif » avec du « tout-idéologique ».




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