^

Politique

Flexisécurité, flexiprécarité

Loi Avenir professionnel : le CDI Intérimaire généralisé, la précarité institutionnalisée

Parmi les lourds projets que compte la loi Avenir professionnel aka Pénicaud II qui devrait être ré-examinée par l’Assemblée nationale ce mercredi, il y a le CDI Intérimaire, qui n’a de CDI que le nom, et qui est en passe d’être institutionnalisé et généralisé.

Crédit photo : xavierarnau

Le CDI Intérimaire, mis en place sous Hollande était né d’un accord de branche par la suite étendu par arrêté du Ministère du Travail. C’est en 2015, avec la loi Rebsamen qu’il s’était « popularisé », mais à titre expérimental, ayant une possible date d’expiration en décembre 2018. Pour ne pas perdre cet outil de précarisation des travailleurs très avantageux pour le patronat, Muriel Pénicaud l’a ajouté à sa loi Avenir Professionnel. Loi approuvée par l’Assemblée mardi dernier et rejetée par le Sénat mais qui doit refaire la navette pour que les députés donnent le dernier mot, en procédure accélérée.

Après avoir appris que le CDI-I figurait dans le projet de loi Avenir professionnel, Prism’emploi, le patronat de l’intérim avait ainsi déclaré dans un communiqué : « Il s’agit d’un palier important pour le développement de ce contrat qui garantit une sécurité d’emploi aux salariés intérimaires tout en contribuant à l’emploi durable ».

Le « CDI-I » est ainsi, depuis quatre années, la nouvelle poule aux œufs d’or pour le patronat. Les salariés qui sont embauchés par l’agence d’intérim peuvent effectuer des missions en étant payés au SMIC, durant le laps de temps s’écoulant entre chacune d’elle. Si durant les missions, ce sont les mêmes tarifs qui s’appliquent aux intérimaires « classiques », la prime de précarité de fin de mission, elle, saute complètement.

Ce qu’il y a de « CDI » dans le « CDI-I » ? Rien. Mis à part l’assurance – mais à quelles conditions ? – d’avoir un emploi. Et même plus d’un dans ce cas-là. Ce sont aussi évidemment les évolutions de carrière, et donc les augmentations, ainsi que les primes d’ancienneté qui disparaissent du tableau. Le versant « flexibilité », en revanche, est bien assuré puisque l’intérimaire à durée indéterminé est obligé d’accepter les offres d’emploi que lui impose l’agence d’intérim lorsque celles-ci sont dans son domaine de compétence ou d’expertise (3 types d’emplois déterminés avec l’agence à la signature du contrat).

Un avantage que voudrait mettre en avant le gouvernement est la question des congés payés, qui n’ont rien d’un avantage puisque le travailleur cotise pour se les payer. Des congés qui tendent à être d’autant plus imposés dans le cadre du CDI-I, la marge de manœuvre pour choisir quand les poser devenant ainsi extrêmement faible. Sans compter le mépris, l’instabilité et les conditions de travail très dures, avec un rythme qui change constamment.

Ce CDI Intérimaire n’est pas sans rappeler le CDI-projet porté par la ministre du Travail : dans les deux cas, il s’agit de contrats précaires, au niveau du travail comme des rémunérations, qui institutionnalisent cette précarité sans aucune contreparties financières. De la flexibilité en veux-tu en voilà – ou plutôt, en veux-tu ou pas, il n’y a que ça – qui voudrait en plus se payer le luxe d’apparaître comme une « réponse » à la précarité.

Sur le papier et dans les statistiques, quoi de mieux que de pouvoir classer de nouvelles franges de travailleurs précaires, plus de 36 000 CDI Intérimaires ayant été signés en quatre ans, dans la case « emplois stables », et de livrer les travailleurs à un taux d’exploitation toujours plus élevé. Du tout bénéf’ : possible coup de comm’ pour le gouvernement, et main d’œuvre très bon marché et ultra adaptable pour le patronat, avec des contrats les exonérant de plus en plus des charges. En somme une arnaque énorme portée aux nues par un discours vantant le « mieux que rien », le « plus stable que l’intérim », le tout par un gouvernement et un patronat qui cherchent à nous faire croire qu’il n’existe pas d’alternative.




Mots-clés

Code du Travail   /    Muriel Penicaud   /    Précarité   /    Politique