Politique

Une attaque qui ne doit pas passer

Loi Travail. Le 23 juin, imposons notre droit de manifester

Publié le 21 juin 2016

Philippe Alcoy

Actualisation le 22 juin à 10h : Ce mercredi matin, la préfecture de police de Paris a confirmé l’interdiction de manifester contre la loi travail ce jeudi. C’est la première fois sous la 5e République, depuis la guerre d’Algérie et le massacre de Charonne le 8 février 1962, qu’une manifestation intersyndicale est interdite par le gouvernement.

A l’heure où nous écrivons, rien n’est encore décidé par rapport à la manifestation parisienne du 23 juin contre la Loi Travail. La préfecture (le gouvernement) campe sur sa position de demander aux organisations syndicales un rassemblement statique à Nation ; l’intersyndicale persiste à vouloir organiser une manifestation, même si elle a proposé plusieurs parcours alternatifs. Mais ce qui est en jeu, dans le fond, ce n’est pas simplement cette manifestation ponctuelle mais la résistance face à un coup de force du gouvernement contre la jeunesse et le mouvement ouvrier pour faire passer sa loi pro-patronat.

Aux arguments sur le « risque » de débordements et pour la sécurité des personnes et des biens pour interdire la manifestation s’est ajouté maintenant l’argument de la « fatigue » des policiers. Ainsi les déclarations du premier ministre Bernard Cazeneuve affirmant que « les policiers sont fatigués et ont besoin de retrouver des forces » ont été rejointes par celles du syndicat de police Alliance. Expliquant la « fatigue » des officiers de police, celui-ci va même plus loin, allant jusqu’à exiger « le report de cette manifestation, comme d’ailleurs de tout rassemblement statique » et cela jusqu’à ce que « les forces de l’ordre ne seront plus utilisées sur tous les fronts » (lutte contre le terrorisme, sécurité de l’Euro, répression contre les migrants,répression contre les manifestants).

Dans le camp de ceux qui s’opposent à l’interdiction il y a eu quelques « surprises » également. Par exemple Laurent Berger, leader de la CFDT et favorable à la contre-réforme gouvernementale, déclare avoir deux raisons pour s’opposer à l’interdiction de manifester : « La première, qui est la raison de fond, qui tient à ma conviction, c’est qu’il faut donner la possibilité à chacun de manifester dans de bonnes conditions, à condition évidemment qu’en termes de sécurité, ce soit tenable » ; puis « La deuxième raison c’est que je n’ai pas tellement envie qu’on victimise la CGT ».

Et que dire alors des déclarations de Nicolas Sarkozy(ni plus ni moins) : « [Il] n’est pas raisonnable qu’un gouvernement républicain décide d’interdire [les manifestations] ». Ces propos de Sarkozy, qui cherche à tout prix à se démarquer du gouvernement actuel, ont pris à contre-pied les membres de son propre parti qui avaient déclaré lundi que le gouvernement devait interdire la manifestation contre la Loi El Khomri.

Se mobiliser massivement ce jeudi

Sans aucun doute, les calculs politiciens de Sarkozy et de l’appareil de la CFDT, qui se trouvent pleinement dans le camp du gouvernement, répondent au fait qu’ils ont compris que la manœuvre du gouvernement était en dehors du rapport de forces réel.

Pour la jeunesse et le mouvement ouvrier il est central de se mobiliser massivement ce jeudi, avec ou sans autorisation de la préfecture de Paris. Il s’agit d’une grave attaque contre les droits démocratiques fondamentaux de la part d’un gouvernement qui cherche à mettre fin au plus vite à la mobilisation contre la Loi Travail mais aussi à réaffirmer l’autorité de l’Etat.

En effet, alors que la cote de popularité du président et du premier ministre ne fait que baisser ; que pendant plus de trois mois, en plein état d’urgence, des centaines de milliers de jeunes et des travailleurs se sont mobilisés, ont fait grève, bloqué des dépôts pétrolier, des ports, des routes, des incinérateurs, ont occupé des places, entre autres, il est impératif pour le patronat et le gouvernement de « montrer qui commande ». Le gouvernement pensait qu’interdire la manifestation parisienne du 23 était un bon moyen. Or, cela apparaît aujourd’hui comme une manœuvre très risquée. Interdire une manifestation appelée par l’un des premiers syndicats de France est une mesure qui n’avait été prise que pendant la guerre d’Algérie.

Mais cela est dangereux pour le gouvernement aussi parce qu’il est de plus en plus décrédibilisé dans un contexte où 70% des personnes en France continuent à s’opposer à ce projet et que 60% comprennent les manifestants (une pétition lancée contre l’interdiction de manifester a déjà recueilli plus de 130.000 signatures).

Ce qui est en jeu actuellement, aussi bien pour le patronat et le gouvernement que pour la jeunesse et le mouvement ouvrier, va bien au-delà de la Loi El Khomri et de la manifestation du 23. Il en va de savoir si les travailleurs, les travailleuses et la jeunesse vont permettre que ce gouvernement antipopulaire pose un précédent en interdisant une manifestation syndicale. Il faut répondre très clairement et dire « NON » ! Et la meilleure façon de le faire c’est en descendant massivement dans la rue ! L’obligation d’obtenir une autorisation pour manifester a été imposée en 1935 par un gouvernement autoritaire et antipopulaire pour entraver le développement des mobilisations ouvrières face à la crise économique et à la montée de l’extrême droite. A nous d’imposer une nouvelle tradition de liberté absolue de manifester sans avoir à demander à nos exploiteurs la permission de défendre nos droits !