Société

De la violence dont les grands médias ne parlent pas...

Loi Travail. Un manifestant blessé gravement, le silence des responsables politiques

Publié le 16 juin 2016

Crédits Photo : KZH

Billie Tremblon

Mardi 14 juin lors de la manifestation contre la Loi Travail, un manifestant a été grièvement blessé après avoir reçu un projectile dans le dos. Un trou de cinq centimètres dans la nuque. Une enquête del’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été ouverte, mais pour le préfet Michel Cadot, "apparemment il n’y avait pas la moindre présence des forces de l’ordre à proximité". Valls, Hollande, l’ensemble de la classe politique, sourde à la pression de la rue, aveugle aux violences policières, reste silencieuse.

Une manifestation nationale du 14 juin qui réunit un million de personnes à Paris. Mais dans les conversations médiatiques et gouvernementales, pas un mot sur l’ampleur de la manifestation. Au cœur de l’actualité, les responsables politiques, les médias s’indignent des dégradations sur les façades de l’hôpital pour enfants Necker et de la violence des « casseurs ». Pour ce qui est des blessés et des interpellations, les chiffres annoncent des blessés tant du côté des manifestants, que des policiers. 11 manifestants blessés pour 28 policiers...Pourtant, les chiffres semblent beaucoup plus lourds du côté des manifestants. A l’hôpital Cochin, situé dans le 14e arrondissement, en milieu d’après-midi, une trentaine de manifestants auraient étépris en charge, selon BuzzFeed News.Des têtes en sang, des coups de matraques, des manifestants asphyxiés, bousculés, des arrestations musclées, et des blessés graves aussi.

Vers 15h10, au croisement entre le boulevard du Montparnasse et le boulevard Raspail, au milieu des affrontements entre plusieurs centaines de manifestants et les forces de police, un homme s’écroule dans la rue. Des témoins racontent que cet homme d’une quarantaine d’années a reçu une bombe lacrymogène dans le dos. Sur une vidéo du journaliste indépendant Nnoman, des manifestants, des membres de la « Street medic », viennent immédiatement l’entourer pour le protéger et procéder aux premiers soins.

On voit alors les policiers qui tentent de disperser les manifestants en utilisant des grenades lacrymogènes et en les frappant avec des matraques alors même que le blessé est à terre. "On ne les caresse pas", crient-ils. Un deuxième homme s’écroule, il saigne de la tête…

Lors de cette manifestation, 1500 grenades lacrymogènes ont été utilisées et 175 grenades de désencerclement. Des grenades qui meurtrissent des dizaines de manifestants, sans parler des centaines d’autres asphyxiés par les gazages. Peut-on rappeler les dangers d’une exposition répétée aux gaz lacrymogènes ?

Face à toutes ces violences, ces blessés, la préfecture de Police elle ne parle que d’un cas en « état d’urgence relative » et non d’un blessé grave. Les manifestants très inquiets de l’état du blessé ont cru pendant plusieurs heures qu’il était dans le coma ou tétraplégique. Aux dernières informations,il ne souffrirait « pas de tétraplégie, pas de lésion nerveuse, [aurait] une vertèbre cassée, besoin greffe de chair et de peau. »

Le Préfet de Police a confirmé ces informations sans indiquer qu’un tir de grenade aurait provoquée cette blessure. Selon lui, le blessé a été touché « par un projectile que je ne peux pas qualifier, qui a touché la colonne vertébrale sans atteindre la moelle épinière ».

Mais, c’est sans compter sur ces images qui viennent contredire les propos du préfet de police et rendre visible, une nouvelle fois, les violences policières. En effet, plusieurs vidéos viennent confirmer les faits, à l’exemple de celle-ci prise par un manifestant présent sur place et qui nous a été envoyée.

Ou de celle là, prise par Thibaud Le Floch, journaliste à LCP, qui a bien voulu témoigner et confier ses images à Médiapart (plutôt qu’à sa rédaction qui n’en aurait pas fait aussi bon usage ? On peut s’interroger).

Contre l’instrumentalisation des images par les responsables politiques et les médias dominants, les manifestants étaient nombreux dans la rue ce 14 juin et ils ne reculeront ni devant les violences policières, ni devant les amalgames. Ils mènent leur campagne médiatique, nous saurons contre-attaquer.

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