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Politique

Etat d'urgence

Loi anti-terroriste : En Marche refuse de réquisitionner les entreprises qui financent Daech

C’est dans une Assemblée Nationale clairsemée que se sont déroulés les débats sur la nouvelle loi anti-terroriste destinée à faire entrer les dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun. Dans ce débat, un amendement proposé par la France Insoumise, devant permettre de réquisitionner les entreprises qui financent le terrorisme a été refusé par En Marche et le gouvernement.

Dans tous ses détails, la nouvelle loi anti-terroriste s’annonce comme un recul historique des libertés démocratiques en France. Ainsi, les assignations à résidence et la fermeture des lieux de culte seront facilitées, les contrôles d’identité au faciès facilités, une surveillance accrue sur les communications vont permettre à l’État de légitimer la répression qu’il organise contre les quartiers populaires et les militants politiques et syndicaux. Pour justifier toutes ces mesures répressives, le gouvernement utilise l’argument d’une menace terroriste qui ne ferait qu’augmenter et qui justifierait le déploiement d’un arsenal répressif qui est tout aussi utilisé contre les manifestations, comme on l’a vu durant la COP21 ou bien durant le mouvement contre la loi travail en 2016.

Mais cette volonté de « lutter contre le terrorisme » a des limites. En effet, alors que le géant du ciment Lafarge-Holcim a reconnu avoir financé Daech à hauteur de 20 000€ par mois, et que le Canard Enchaîné a récemment révélé que le gouvernement était au courant, le groupe parlementaire La France Insoumise avait déposé un amendement qui devait permettre à l’État de réquisitionner les entreprises qui financent les organisations comme Daech, comme l’a expliqué Bastien Lachaud, député de Seine Saint Denis :
« Nous souhaitons qu’il soit possible par cet amendement,pour l’État, de réquisitionner de telles entreprises [comme Lafarge, impliqué dans le financement de Daech] pour faire cesser immédiatement le financement d’actes terroristes par une entreprise française, contre notre territoire et nos citoyens. Cet amendement doit permettre à l’État d’agir rapidement et faire cesser quelque chose qui est insupportable : la collusion d’une entreprise française avec l’ennemi. Cela a déjà été fait dans l’histoire, cela a été fait en 1945, il n’y a pas de raison de continuer aujourd’hui. »

Des arguments que le rapporteur du texte, issu d’En Marche, et le gouvernement, ont balayé d’un revers de main, prétextant que ces faits pouvaient d’ores et déjà être réprimés par le Code pénal. Face à ce mépris, Bastien Lachaud a rappelé l’hypocrisie du gouvernement sur cette question : « Les faits datent de 2014, on est en 2017 ; aucune mesure n’a été prise contre cette entreprise à part l’ouverture d’une enquête judiciaire. Quand il faut agir rapidement pour fermer un lieu de culte, [alors que] quand il s’agit de financer à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d’euros, on peut prendre notre temps et laisser continuer. De la même manière, vous me dites que ces dispositions sont satisfaites dans le droit commun ; de la même manière la fermeture des lieux de culte était satisfaite dans le droit commun mais vous vouliez pouvoir agir plus vite et plus rapidement. Nous vous demandons la même fermeté avec les entreprises qui financent les actes terroristes. »

Le refus de cet amendement révèle de façon évidente les volonté véritables du gouvernement avec cette loi anti-terroriste : loin de vouloir lutter contre Daech et Al Qaida, financé par des groupes comme Lafarge mais aussi par les pétromonarchies du Golfe alliées de la France, cette loi va avant tout permettre de réprimer plus facilement les mouvements sociaux et les grèves, tout en augmentant la pression sur les quartiers populaires par une islamophobie de plus en plus explicite.




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