Politique

Après le 49.3

Loi travail. Multiplication des appels à la reconductible cette semaine

Publié le 16 mai 2016

Après le passage en force du gouvernement avec son 49.3, le mouvement ouvrier compte bien lui donner la réplique. À l’appel notamment de l’intersyndicale, de nombreuses grèves sont attendues cette semaine. Routiers, dockers, marins, à la SNCF et dans les aéroports. Le rejet de la loi travail se greffe à la fois sur des revendications propres à chaque secteur, mais aussi à l’application concrète de la loi travail dans les secteurs concernés. Plusieurs secteurs stratégiques ont posé la question de la reconduction du mouvement.

Damien Bernard

Grève sur les rails

Du côté des cheminots, la CGT-cheminots a appelé à cesser le travail chaque mercredi et jeudi de la semaine, et SUD-Rail tous les jours à partir de mardi et cela jusqu’au 11 juillet, soit le lendemain de la finale de l’Euro de football. Alors même que le décret socle vise à aligner sur le privé le statut des cheminots, pour une privatisation du secteur, les directions syndicales, notamment la CGT, et, dans les faits, SUD également, ont freiné des quatre fers pour lier les revendications sectorielles à la lutte contre la loi travail. Les cheminots rentrent désormais dans la partie, d’autant que ce secteur stratégique a tout à gagner en faisant converger dans un « tous ensemble » loi travail et décret socle. Dans les transports parisiens, la CGT a déposé un préavis de grève pour la journée de mardi allant de lundi 22 h 30 à mercredi 6 heures, afin de permettre aux agents de rejoindre mardi la manifestation parisienne pour le retrait du projet de loi travail.

Dans le secteur pétrolier

Blocage des produits pétroliers dans les raffineries à l’appel de la CGT du pétrole, du mardi 17 au jeudi 19 mai. La CGT appelle également à un blocage progressif des raffineries pétrolières. Des assemblées générales sont prévues vendredi et pourraient décider de l’arrêt des huit raffineries françaises. Cela pourra notamment prendre la forme de l’arrêt des expéditions par route, fer ou oléoduc, des transferts et importations de brut, des travaux, ainsi que le blocage de dépôts. La Fédération nationale des industries chimiques de la CGT lance une grève reconductible dans le secteur pétrolier en France à compter du 20 mai. La raffinerie Total de Gonfreville-L’Orcher, près du Havre, ne sera pas en reste : les organisations syndicales CGT-FO de l’UES Raffinage Pétrochimie du groupe Total vont entreprendre, dans la nuit de lundi 16 au mardi 17 mai, une grève de 72 heures.

Sur les routes

Les routiers appellent à une grève reconductible dans la nuit de lundi 16 et mardi 17 mai. Les routiers devraient commencer à se mobiliser à partir de 22 heures. Ce mouvement devrait toucher le Nord, Nantes, Caen, Marseille et surtout Bordeaux. Si la loi travail s’applique dans le secteur routier, les chauffeurs routiers vont notamment avoir des impacts chiffrés quant au maintien de la rémunération des heures supplémentaires. Pour un salarié routier débutant et percevant 10 euros brut/heure, la perte de revenu qu’engendrerait la baisse de rémunération des heures supplémentaires serait de 312 euros (pour 160 heures de travail par mois) à 2 250 euros (pour 220 heures de travail) par an. Les syndicats FO et la CGT prévoient aussi de bloquer les accès des ports du Havre et de Nantes-Saint-Nazaire.

Les ports

Dockers et marins lacent une grève reconductible dans les ports à l’appel de la Fédération nationale des syndicats maritimes CGT à partir de mardi 17 mai. Ils sont invités à mener des « actions fortes » en opposition au projet de loi travail et « en réponse à l’utilisation du 49-3 ». Rouen, et surtout Le Havre, devraient tourner au ralenti, voire être complètement bloqués très tôt mardi matin. Dans la vallée de la Seine, les bacs ont d’ores et déjà entamé un mouvement de grève depuis lundi matin. Aucun franchissement du fleuve n’est donc envisageable par leur biais. Au Havre, les transporteurs ainsi que les dockers du port ont l’intention d’immobiliser l’activité portuaire tout au long de la journée, et prévoient des barrages aux principales entrées de la ville.

Dans les airs

Contrôleurs aériens, personnels administratifs, ingénieurs, techniciens sont appelés à la grève par l’Usac-CGT le jeudi 19 mai. Tous les corps de métier des aéroports sont appelés à rejoindre le mouvement. Le syndicat FO a pour sa part déposé un préavis de grève à durée indéterminée. À Paris Aéroport, qui exploite des plateformes aéroportuaires de Paris-Orly et Paris-Charles-de Gaulle, une grève de 24 heures reconductible dès mardi 17 mai est également lancée. Des débrayages sont attendus dès mardi dans les aéroports de Paris (Roissy et Orly). Les trois syndicats (CGT, FO et Unsa) réclament le retrait du projet de loi travail, en plus de revendications propres. Du côté du SNPL, les pilotes d’Air France étudient l’éventualité d’une grève de plus de six jours pour contester, notamment, la baisse prochaine de leur rémunération. Les personnels des voies navigables de France sont appelés à une grève reconductible à partir du 14 juin pour obtenir des moyens et des effectifs supplémentaires.