Politique

Black-out médiatique sur la répression policière

Loi travail : quand les médias parlent de violence, ce n’est jamais celle de l’État

Publié le 14 avril 2016

« Heurts », « violences », « débordements », « casseurs »,.... Du Figaro, à Ouest-France, en passant par le Parisien, le Monde, France Info ou Libération, quand les médias traitent de la mobilisation contre la loi travail du 14 avril, c’est pour se gargariser de la soi-disant violence des manifestants. Pas un mot sur l’incroyable dispositif policier ni sur ses provocations, pas un mot sur l’arrosage de lacrymos, ni sur les arrestations arbitraires des manifestants, en majorité lycéens, donc mineurs... Au moment où le gouvernement veut tout faire pour délégitimer le mouvement et n’hésite plus à utiliser des dispositifs de répression d’une violence extrême, les médias exposent et assument au grand jour, ce que Paul Nizan avait déjà dénoncé, leur rôle de chiens de garde de l’ordre établi.

Yano Lesage

Des provocations policières d’une rare violence

A Toulouse, Paris, Montpellier, Nantes, un dispositif policier extrêmement important a été déployé. A Paris, sur la place de la République, le millier de manifestants a été accueilli par autant de policiers. Une armée de Robocops prêts à en découdre n’ont pas hésité à aller à la provocation, encerclant les manifestants et ouvrant le robinet à gaz lacrymogène, alors même que la manifestation était autorisée. La presse se gargarise des soi-disant « heurts », les présentant comme le produit des manifestants, de « casseurs », sans jamais évoquer le fait que ces heurts ont été largement préparés et provoqués par la police, venus chercher l’affrontement. Sur cet vidéo de BFM TV, surtitré « Loi travail : affrontements entre manifestants et CRS à Paris », on voit une jeune manifestante se faire frapper violemment par un CRS ; mais où est la violence des manifestants ? Davantage dans la tête du gouvernement et dans les édito des médias que dans la rue à proprement parler. L’opération est bien menée : quand Hollande envoie ses troupes pour réprimer, les médias récoltent les miettes et s’en donnent à cœur joie, détournant la violence de l’État en violence des manifestants.

Les proviseurs agressés VS les arrestations et tabassage de lycéens par les CRS

Autre opération de com’ bien orchestrée, la parole donnée aux proviseurs des lycées. Les unes des quotidiens n’ont jamais aussi bien couvert la mobilisation des lycées que pour délégitimer le mouvement et donner la parole aux proviseurs. Au premier chef, le proviseur de la cité scolaire Voltaire dans le 11ème arrondissement a vu sa tête s’étaler dans tous les journaux : ce dernier affirme qu’il aurait reçu un coup de coude d’un élève alors qu’il tentait d’empêcher le blocage des portes du lycée. Ah mais attendez, il se dit, bien évidemment, pour la liberté d’expression et le droit de manifester. C’est le principe du blocage qui le dérange.... Cherchez l’erreur. Car quand on sait que le blocus est pourtant le seul outil à disposition des lycéens pour se mobiliser, on a le droit de demander une explication. Alors quoi M. Le Proviseur, vous qui étiez si prompt à chanter les louanges de la liberté d’expression lors des attentats de Charlie Hebdo, prêt à dénoncer l’élève récalcitrant qui oseraient refuser la minute de silence en hommage à cette liberté démocratique, vous êtes pour l’autorisation des heures banalisées et pour la mise en place d’Assemblée Générale dans les lycées ? On en doute. En attendant, le blocus est le seul outil à disposition pour permettre aux lycéens de faire entendre leurs voix et d’aller manifester. Notre droit à nous, c’est de bloquer !

A en croire la presse, les lycéens s’acharneraient sur les membres de la direction : coups de pied dans le dos, caillassage, agression... Ces bons proviseurs, au service des élèves, prêts à tout pour les accompagner sur le chemin de leur émancipation et de citoyen en devenir... ? Ce n’est pas vraiment l’image qu’ils dégagent lorsqu’ils appellent les gendarmes mobiles à grand renfort devant les lycées. Et qu’ils collaborent effectivement avec la police pour réprimer les élèves. Encore une fois, le proviseur du lycée Voltaire a de quoi donner l’exemple, prenant des photographies des élèves – une potentielle fiche S à l’horizon ? - , et n’hésitant pas à porter plainte, avec l’appuie du rectorat contre ces derniers. Apportant de fait un soutien à cette police qui tabassent et enferment les lycéens. On pense au lycéen de Bergson, tabassé par les gendarmes devant son établissement. Ou à l’interpellation de Ryan, lycéen à Voltaire également, mis en garde à vue 24h et en examen pour avoir bloquer son lycée. Des chefs d’accusation pour violence que ce désormais fameux proviseur n’a pas contesté contrairement à la communauté des professeurs et les parents d’élèves se sont d’ailleurs insurgé contre ce deux poids deux mesure de la justice.

Alors, de quelle violence parle-t-on là ? La violence des flics et de certaines directions d’établissements qui n’hésitent pas à se mettre de leur côté, elle est totalement tue par les médias. Du bon côté de la barricade, on sait que cette désinformation n’est que le relais de la parole gouvernementale pour casser la bonne opinion dont profite le mouvement contre la loi travail. Et c’est de ce côté-là, qu’on continuera à dénoncer la vraie violence, celle qui vient de l’État et qu’il utilise pour nous faire taire.