^

Monde

Attentat en plein centre de la capitale

Londres à nouveau sous le choc. Mêmes criminels, mêmes responsables

C’est à nouveau le cœur de Londres qui a été frappé, samedi soir. Pour la troisième fois en trois mois, la capitale britannique a été la cible d’une attaque revendiquée, dès le lendemain, dimanche, par l’État Islamique. Alors que de nouvelles élections législatives doivent se tenir jeudi, la Première ministre conservatrice Theresa May est sous le feu des critiques.

Crédit Photo : AFP/Odd Andersen

Après l’attentat du pont de Westminster, ayant fait quatre morts, et celui de Manchester, lors du concert d’Ariana Grande, ayant fait vingt-deux victimes, celui de samedi soir, sur London Bridge et dans le quartier de Borough Market, en plein centre de Londres, a fait, au minimum, sept morts et trente-six blessés. Il porte à trois le nombre d’attentats de matrice djihadiste perpétrés sur le sol anglais ces dernières semaines. Le mode opératoire des terroristes, cette fois-ci originaires des quartiers Est de la capitale, véritables ghettos à immigrés, est identique : l’artisanal le dispute au barbare, puisque c’est à nouveau des civils innocents qui sont pris pour cible à coups de voiture-bélier et à l’arme blanche. Dans la foulée, sans qu’il n’y ait de lien organique avéré entre les terroristes et Daech, Amaq, l’agence de presse de l’État Islamique a revendiqué le massacre.


Compassion à deux vitesses

C’est à nouveau l’effroi qui saisit l’opinion publique britannique et européenne. À l’opposé, c’est avec une bonne dose d’hypocrisie et de cynisme que les décideurs ont présenté leurs condoléances, eux qui ont généralement une compassion à géométrie variable. On les a en effet bien moins entendus à la suite de l’attentat au camion piégé qui a fait au bas mot quatre-vingt-dix victimes à Kaboul, il y a une semaine. Une vie afghane vaut toujours moins que celle d’un Européen, et quand bien même les premières victimes de la barbarie islamiste sont les peuples et les classes populaires d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie, pris en étau entre, d’un côté, les forces obscurantistes et, de l’autre, les troupes d’occupation stationnées en Afghanistan ou l’aviation de coalition qui bombarde au quotidien l’Irak et la Syrie.


Theresa May fragilisée

En Grande-Bretagne, la polémique est décuplée par l’échéance électorale du 8 juin, convoquée à l’origine par la Première ministre Theresa May pour être en position de force pour négocier le Brexit dans une configuration politique plus favorable, ce qui s’annonce désormais compromis. Avec cette succession d’attaque, les conservateurs se retrouvent en perte de vitesse dans les sondages.

Le contenu du débat en cours Outre-Manche est, quant à lui, effroyable. D’un côté, May en appelle à un renforcement de l’appareil répressif, qui, objectivement, n’est d’aucune utilité pour démanteler les réseaux de candidats au djihad qui opèrent de façon artisanale et s’en prennent à des « cibles molles » pour perpétrer leurs massacres et être, a posteriori, « franchisés » par Daech. Sans se soucier d’aucun bilan, les conservateurs en appellent néanmoins à l’instauration de nouvelles mesures permettant aux policiers de faire feu sur les suspects (« shoot to kill », « tirer pour abattare ») et au renforcement de la législation en matière de délits d’opinion, une réforme liberticide que l’ex-Premier ministre David Cameron et Theresa May, alors ministre de l’Intérieur, n’avaient pu faire adopter au cours de la législature précédente en raison de l’opposition de leurs alliés libéraux-démocrates.


Corbyn va-t-en-guerre

Jeremy Corbyn, leader de l’opposition travailliste, connu pour ses positionnements anti-guerre et qui avait voté contre la participation de la Grande-Bretagne à l’invasion de l’Irak en 2003 sous Tony Blair a mis de côté ses positions anti-guerre pour se poser en meilleur défenseur des Britanniques. Il fait porter ses critiques sur les responsabilités des conservateurs pour avoir réduit le nombre de policiers, dont le nombre a été réduit de 20000 en raison des coupes budgétaires de ces dernières années, ce qui aurait laissé le champ libre, selon lui, aux islamistes. Il en appelle également à un renforcement de la surveillance, du renseignement et des services de sécurité censés lutter contre les « terroristes », tout en pointant les liens troubles entre Londres et Riyad, la monarchie saoudienne étant la principale pourvoyeuse en devises pour les djihadistes selon le leader travailliste.


Aux origines du crime

Mais la source première du terrorisme, c’est non seulement le passif colonial de Londres au Proche et Moyen-Orient mais également la politique impérialiste britannique actuelle, notamment depuis 2001, avec l’invasion de l’Afghanistan, puis après 2003, avec la seconde Guerre du Golfe.

La menace terroriste islamiste qui cible les populations innocentes de la région mais également d’Europe, c’est l’impérialisme qui en a fait le lit. Cela remonte à 1979, avec le financement –bien occidental, quant à lui- de l’insurrection anti-soviétique des moudjahidines d’Afghanistan, auquel Paris a pris sa part, puis à la façon dont l’ingérence occidentale au Proche et Moyen-Orient a créé un terreau favorable au développement des monstres qu’ont contribué à créer les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés.

Les dirigeants européens sont parfaitement conscients de la faillite, d’une part, de la politique militaire afghane et anti-Daech, incapable de rétablir le vieil ordre impérialiste dans une région allant des rives de la Méditerranée aux contreforts de l’Himalaya. Ils sont également parfaitement conscients du caractère illusoire du tout-sécuritaire pour lutter contre des attentats en Europe que rien ne semble pouvoir arrêter. Qu’importe : les attentats sont aussi une façon pour justifier le tournant ultra-autoritaire des démocraties européennes tout comme un moyen pour essayer de consolider un bloc réactionnaire en interne, sur fond d’extrême-droitisation du champ politique.

Jean-Yves Le Drian, nouveau ministre des Affaires Étrangères après avoir été à la Défense sous Hollande, a profité de sa visite au chevet des blessés (français, bien entendu), pour annoncer la création d’un « Centre National Antiterroriste », énième officine policière dépendant de l’Exécutif. L’attentat de Londres a de même été l’occasion pour annoncer que, bientôt, les correspondances privées sur internet pourront être très officiellement violées, au nom de « l’usage abusif des messageries sécurisées », un vieux cheval de bataille de Macron qui avait déjà fait son apparition dans son programme avant d’être retiré.

D’un côté, donc, les politiques impérialistes nous condamnent à subir, nous aussi, des attentats dont le rythme devient de plus en plus régulier, et, de l’autre, ces mêmes attentats servent de prétexte pour attenter contre les droits démocratiques fondamentaux et renforcer l’État policier. Encore une fois, donc, c’est leurs guerres et nos morts. C’est cette spirale infernale qu’il nous faut briser.




Mots-clés

Attentat à Londres   /    Royaume-Uni   /    Attentat   /    Daesh   /    Monde