Politique

Calais : La chasse aux migrants continue !

Lundi, Cazeneuve se prépare à évacuer la « jungle » dans la violence

Publié le 7 octobre 2016

Dans le sillage des politiques étatiques de plus en plus autoritaires et répressives, la chasse aux migrants impulsée par le gouvernement français semble s’intensifier. En effet, après la multiplication des expulsions, des rafles parisiennes - la dernière en date étant celle de mercredi à Jaurès -, le processus de démantèlement de la jungle, qui s’est jusqu’à présent opérée de manière progressive, s’accélère.

Lili B

C’est avec « la plus grande détermination » que notre cher ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve poursuit sa mission de démantèlement de la « jungle ». Le ministère de l’intérieur a en effet envoyé ses ordres à toutes les directions zonales des CRS, leur indiquant que le démantèlement devra s’effectuer entre le 17 et le 27 octobre prochain, laissant 10 jours aux CRS pour chasser de manière définitive les plus de 7 000 migrants qui y vivent.

Un dispositif policier démesuré

 
D’après les informations que LCI s’est procurée, et que Cazeneuve n’a d’ailleurs pas souhaité confirmer ou infirmer, ce sont en tout 19 compagnies de CRS qui seront sollicitées lors de cette mission de démantèlement, ce qui équivaut à plus d’un millier d’hommes. S’ajoute à cela les effectifs de la police locale, réunissant des policiers du commissariat de Calais, de la brigade anti-criminalité ainsi que des renforts de la sûreté départementale. Leur mission : le démantèlement en lui-même, mais également toutes les « opérations de transport, d’escorte des migrants et de sécurisation de l’ensemble de la zone mais sur un périmètre très large », car il faut, bien évidemment, « surtout s’assurer que la jungle ou des mini-jungles ne se remettent pas en place ailleurs ». Cet aspect de la mission, consistant à « empêcher la réinstallation de groupes de migrants dans la région » est primordial pour notre gouvernement, qui criminalise les migrants et les considère comme indésirables. Ainsi, tous les moyens sont bons pour les chasser, ce qui explique le dispositif policier démesuré déployé lors de cette mission, un dispositif qui ne présage rien de bon quant à la manière dont ce démantèlement va se dérouler ! La répression de la manifestation de Calais le 1er octobre, frappant les migrants et leurs soutiens, a montré à quel point l’exécutif comptait être intransigeant et violent envers celles et ceux qui fuient des guerres qui ne sont pas les leurs ainsi qu’envers leurs soutiens.

Le démantèlement du camp n’est pas une solution !

 
Pas plus que la construction du grand mur de quatre mètres de haut prévu à Calais, le démantèlement du camps n’est pas une solution !
À travers le démantèlement de la « jungle », le gouvernement souhaite éliminer la présence importante de migrants à Calais. Il serait pourtant naïf de croire que celui-ci éliminera leur présence étant donné que Calais reste la première porte de passage pour la Grande-Bretagne. Suite à la fermeture de la « jungle », il est fort probable qu’une situation similaire à celle de 2004 après la fermeture du camp de Sangatte émerge : les migrants reviendront à Calais dans le but et l’espoir de rejoindre l’Angleterre, et vivront dans des conditions encore plus précaires. En effet, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le gouvernement, le démantèlement du camp de Calais ne va probablement pas leur offrir de meilleures conditions de vie. Nous ne sommes pas dupes face aux promesses du gouvernement qui veut nous faire croire que l’ensemble des migrants vivant dans la « jungle » seront déplacés dans des centres d’accueils ou d’hébergements ! Comme la majorité des migrants vivant sur le territoire français, nombre d’entre eux vont se retrouver à la rue, dans des conditions de vie économiques et sociales déplorables et exposés à la répression policière, au harcèlement, aux contrôles d’identités, aux centres de rétention, aux violences physiques et verbales…

Ainsi, à l’annonce de ce calendrier, le défenseur des droits Jacques Toubon s’est dit inquiet quant au devenir des migrants suite au démantèlement du camp, considérant que « le dispositif d’accueil des migrants n’est pas opérationnel, notamment pour les mineurs isolés ». Ces craintes s’avèrent légitimes à la vue de la situation actuelle des migrants en France et à la vue du traitement que l’État leur réserve, entre exclusion, répression et violations de droits. Ce même État qui a fait de Calais la zone d’exclusion et de non-droit qu’elle est actuellement. Non seulement celles et ceux qui ont fait de la Syrie, de l’Afghanistan ou de la Somalie des zones de guerres pour leurs intérêts économiques doivent ouvrir les frontières, mais aussi accueillir sur le territoire français celles et ceux qui ont fuit un pays qu’ils n’ont pas détruit.